Centrafrique: lapidation et meurtre d’un enfant-soldat dans les rues de Bangui

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Des enfants déplacés par les violences en République centrafricaine participent à une classe en plein air dans un camp (Photo: D. Mbaiorem/HCR)
Des enfants déplacés par les violences en République centrafricaine participent à une classe en plein air dans un camp (Photo: D. Mbaiorem/HCR)

Le recrutement et l’utilisation d’enfants-soldats en Centrafrique continue de plus belle et on apprend cette semaine qu’à Bangui, la capitale, la foule a lapidé deux enfants-soldats recrutés par la Séléka qui tentaient de s’emparer d’un véhicule dans les rues de la capitale, tuant le plus jeune , rapporte le service d’information de l’ONU.

Le 24 avril, le groupe armé rebelle de la Séléka, pourtant au pouvoir en Centrafrique après s’être emparé de la capitale, Bangui, le 24 mars, avait tout de même ordonné au garçon de 17 ans et à un autre jeune homme de 19 ans de voler un véhicule dans la capitale selon les informations que possèdent le Fonds des Nations-Unies pour l’enfance.

Découverts par la foule, les deux jeunes hommes ont alors été lapidés par la foule alors que l’officier de la Séléka qui avait donné l’ordre de voler le véhicule a réussi, lui, à prendre la fuite.

Les deux jeunes avaient été démobilisés du groupe armé rebelle de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) et transférés à Bangui avant d’être recrutés de nouveau par la Séléka lorsque ce groupe avait saisi la ville en mars.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a pour sa part condamné fermement vendredi 10 mai le recrutement et le meurtre du garçon de 17 en République centrafricaine, rapporte le service d’information de l’ONU.

Dans un communiqué de presse, le Représentant de l’UNICEF en République centrafricaine, Souleymane Diabaté, appelle à redoubler d’effort pour lutter contre le recrutement de mineurs dans les groupes armés.

Selon l’agence onusienne, «la crise humanitaire en République centrafricaine continue de se détériorer et cela affecte en particulier les enfants. La majorité des écoles sont fermées ainsi qu’un grand nombre de centres de santé et de nombreux dépôts d’aide humanitaire et de denrées alimentaires ont été pillés»

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) avait déjà affirmé le 12 avril dernier «détenir la preuve évidente de la poursuite du recrutement et de l’utilisation des enfants par les groupes armés en République Centrafricaine» et a mis en garde les chefs de ces groupes, leur rappelant qu’il s’agit là d’une violation grave du droit international.

Réagissant au dernier évènement dans un communiqué de presse cette semaine, la porte-parole de l’UNICEF, Marixie Mercado, a déclaré: « Tous les enfants ont le droit à la protection. Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats est l’une des plus graves violations des droits des enfants selon la résolution 1612 du Conseil de sécurité et ceux qui commettent de telles violations doivent être poursuivis».

Selon l’agence onusienne, le recrutement et l’utilisation d’enfants par les forces et groupes armés ont été monnaie courante des deux côtés lors des dernières confrontations depuis décembre 2012 en Centrafrique, où plus de 2 000 garçons et filles ont été associés à des groupes armés.

La prise de la capitale, Bangui et l’arrivée au des rebelles de la Séléka le 24 mars n’aurait rien changé à la situation et le recrutement et l’utilisation d’enfants-soldats continueraient de plus belle.

Par ailleurs, jeudi 9 mai, d’autres personnes ont encore perdu la vie au cours d’affrontements dans un quartier de Bangui entre des civils et des forces de la Séléka quand un membre de la coalition au pouvoir a mortellement heurté un jeune garçon de 17 ans, que la situation a dégénéré lorsque de d’autres membres de la Séléka sont venus récupérer le véhicule, qu’ils se sont heurtés à la foule en colère et ont ouvert le feu, tuant deux personnes et en blessant deux autres.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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