Débat d’urgence sur la Syrie à Ottawa: Bob Rae n’exclut pas l’option militaire

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Le porte-parole libéral Bob Rae lors du débat d'urgence sur la Syrie (Photo: capture d'écran ParlVU)
Le porte-parole libéral Bob Rae lors du débat d’urgence sur la Syrie (Photo: capture d’écran ParlVU)

Au débat d’urgence sur la Syrie qui s’est tenu le mardi 7 mai en soirée à la Chambre des Communes à sa demande, l’ex-chef du parti libéral, devenu porte-parole de son parti en matière d’Affaires étrangères, Bob Rae, a déclaré qu’il ne fallait pas exclure l’option militaire.

«La menace d’une propagation du conflit de la Syrie dans la région avoisinante est maintenant plus lourde que jamais», a déclaré le porte-parole libéral, Bob Rae, ajoutant «Ces derniers jours, Israël a lancé plusieurs frappes aériennes pour empêcher le transfert d’armes iraniennes par le régime syrien au groupe terroriste Hezbollah, et il y a des inquiétudes très concrètes au sujet de la prolifération et de l’utilisation d’armes chimiques. Par ailleurs, la situation humanitaire s’aggrave de jour en jour alors que le nombre de réfugiés et de personnes déplacées augmente.»

Pour Bob Rae, compte tenu de la situation de la Syrie au Moyen-Orient , il n’y a pas de solution militaire facile, mais, même s’il privilégie la recherche d’une solution politique, il souligne que, en l’absence de la pression que ferait peser sur son régime la possibilité d’une intervention militaire, le régime Assad s’en tire à bon compte.

Le porte-parole libéral a insisté pour dire que l’instabilité touche maintenant toute la région, le Liban, Israël, la Jordanie, ce qui explique aussi, selon lui, qu’Israël ait été obligé d’intervenir pour que des armes de destruction ne tombent pas aux mains du groupe extrémiste chiite libanais Hezbollah.

«La complexité ne doit pas être une excuse à l’inaction» (Bob Rae)

Bob Rae a reconnu qu’il y a en Syrie une crise humanitaire, mais insisté pour dire qu’il s’agit aussi d’une crise militaire et que, si on n’y répond pas, le Moyen-Orient et le monde en subiront les conséquences.

Pour Bob Rae, même s’il est une puissance moyenne, le Canada est respecté et il a plusieurs amis. Il a donc l’obligation de prendre tous les moyens pour faire cesser les massacres en Syrie, à commencer par s’assurer que les responsables de ces morts soient traduits devant la Cour pénale internationale.

Pour lui, il importe d’examiner toutes les possibilités afin d’en arriver à tracer «une ligne rouge» pour éviter que le régime syrien croie pouvoir s’en tirer à bon compte.

Sans offrir de solutions miracles, Bob Rae a donc fait valoir que le Canada devait s’engager plus activement et ne pas se contenter d’analyser de loin et, qu’ainsi, le Canada retrouvera sa position dans le monde.

Le porte-parole libéral, reconnaissant que la Syrie ne doit pas non plus devenir le terrain de jeu des extrémistes venus d’Irak, de Tchétchénie ou d’Iran, ne s’est pas montré prêt à armer les rebelles.

Baid: «Une crise très complexe»

Se disant «peu surpris que la crise ne soit pas résolue, vu sa complexité», le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a tenu pour sa part à dire que le Canada avait pris des mesures réelles, particulièrement pour venir en aide aux réfugiés.

Il a rappelé que des milliers de personnes par nuit traversent la frontière pour se réfugier en Jordanie et que, si le camp de réfugiés de Zaatari était une ville, cette «ville» serait la 4e en importance de la Jordanie.

La Jordanie a accepté 400 000 réfugiés et ce chiffre pourrait bientôt atteindre un demi-million, le cinquième de la population jordanienne.

Pour le ministre canadien des Affaires étrangères, la crise syrienne est la pire crise du siècle, la situation ne fait que se détériorer, et la seule façon de mettre fin aux souffrances du peuple syrien est de trouver une solution politique.

Le ministre Baird a déclaré que «plus les opposants sont armés, plus le régime syrien est agressif», ajoutant que, «s’il suffisait simplement de plus d’armes et de grenades, le conflit serait déjà terminé».

Encore trop de questions

Rappelant que même les sanctions de la communauté internationale n’avaient pas fait changer le régime syrien de cap, le ministre a aussi déclaré que, depuis 1 an, il avait souvent parlé à des gens qui connaissaient personnellement Bachar Al-Assad et que tous s’accordaient pour dire que le président syrien lutterait jusqu’au bout.

Pour John Baird, l’heure est encore à la recherche de réponse: avant toute intervention, il importe d’avoir plus de clarté et de précisions sur des questions comme les armes chimiques, la composition de l’opposition (qui n’est pas un groupe homogène et au sein de laquelle il y a des groupes extrémistes) et le danger que les groupes minoritaires soient massacrés après la chute du régime Assad.

Maria Mourani: «N’armez pas les salafistes!»

Pour sa part, le porte-parole du NPD en matière de politique étrangère, Paul Dewar, a mis l’accent sur l’aspect humanitaire de la crise et, comme son collègue libéral avant lui, a suggéré que le Canada mette à contribution la communauté syro-canadienne dans la recherche de solutions.

Quant à la députée bloquiste d’Ahuntsic, Maria Mourani, ce débat fut pour elle l’occasion d’un cri du coeur.

La députée québécoise d’origine libanaise, à qui le conflit syrien rappelle des souvenirs douloureux, a supplié le gouvernement canadien de ne surtout pas armer des salafistes, se référant à la présence de groupes extrémistes de cette allégeance au sein de l’opposition, mais d’agir plutôt pour la paix.

La députée québécoise a pressé le gouvernement conservateur d’accélérer le processus de réunification des familles, insistant particulièrement sur le cas de ces parents Syro-canadiens dont les enfants sont nés en Syrie.

Maria Mourani a également demandé au gouvernement conservateur de venir en aide aux minorités persécutées en Syrie, notamment les Chrétiens, les Kurdes et les Assyriens.

Pendant ce temps à Moscou

Pendant ce temps à Moscou, la Russie et les États-Unis se sont entendus pour inciter le régime syrien et les rebelles à trouver une solution politique au conflit, et pour encourager l’organisation «au plus vite» d’une conférence internationale sur la Syrie.

Au cours de sa première visite en Russie en tant que secrétaire d’Etat américain, John Kerry s’est entretenu plusieurs heures avec le président Vladimir Poutine, puis avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

«Nous nous sommes mis d’accord pour que la Russie et les États-Unis encouragent la gouvernement syrien et les groupes d’opposition à trouver une solution politique», a déclaré M. Lavrov, au cours d’une conférence de presse commune avec son homologue américain.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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