En plein conflit syrien, l’armée libanaise pourrait se retrouver paralysée

0
Un hélicoptère UH-1H de l'armée libanaise, à Beyrouth (Photo: Archives/Wikimedia Commons)
Un hélicoptère UH-1H de l’armée libanaise, à Beyrouth (Photo: Archives/Wikimedia Commons)

Après le départ à la retraite de trois des six membres du Conseil militaire, l’armée libanaise pourrait bien se retrouver paralysée si aucune solution n’est rapidement trouvée. Une perspective inquiétante alors que le conflit syrien semble de plus en plus impliquer Israël et le Liban.

En l’absence d’un Conseil militaire, l’armée est «complètement paralysée à tous les niveaux», souligne Al-Akhbar. Dans son édition de vendredi, le quotidien libanais évoque ainsi l’incapacité actuelle du Conseil militaire de se réunir. Pôle majeur des décisions militaires, le Conseil ne compte plus en son sein que trois membres actifs après le départ à la retraite début mai de trois de ses six membres.

Or, l’article 28 de la loi sur la défense nationale mentionne que le Conseil militaire ne peut se réunir qu’en la présence d’au moins cinq de ses membres. Pour l’heure, seul le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, le chef d’état-major, le général Walid Salman, et le secrétaire général du Conseil supérieur de défense, le général Mohammad Kheir, peuvent siéger au Conseil militaire. «Pour l’instant, il n’y a pas de plans précis pour leurs remplaçants», souligne Al-Akhbar. Avant d’ajouter qu’«en l’absence du Conseil militaire, la loi ne prévoit pas une autorité autre, même temporairement, pour mener les affaires de l’armée».

Selon le quotidien libanais Al-Akhbar, le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwaji (à gauche) pourrait demander au gouvernement libanais à
Selon le quotidien libanais Al-Akhbar, le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwaji (à gauche) pourrait demander au gouvernement libanais à « assumer le rôle et les prérogatives du Conseil militaire » pour éviter toute paralysie de l’armée libanaise (Photo: Archives/EPA)

Une perspective qui pourrait pousser le général Kahwagi à demander à «assumer le rôle et les prérogatives du Conseil militaire» pour éviter que l’institution militaire ne reste paralysée. Le commandant en chef de l’armée libanaise a ainsi envoyé une lettre au ministre démissionnaire de la Défense Fayez Ghosn, ce dernier l’ayant transmise au gouvernement.

Dans ce document, M. Kahwagi souligne que le gouvernement démissionnaire de l’ex-Premier ministre Najib Mikati ne pouvait procéder à la nomination de trois nouveaux membres au Conseil militaire. S’il n’a pas explicitement demandé que lui soient transmises les prérogatives militaires, le général a appelé les autorités à prendre les mesures nécessaires pour que le Conseil militaire puisse à nouveau se réunir.

Le Hezbollah libanais annonce qu’il va recevoir des armes de Damas

Car la situation reste préoccupante au Proche-Orient. Ce jeudi, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a assuré que «la Syrie va donner à la résistance de nouvelles armes qui sont capables de changer l’équilibre des forces dans la région». En réponse aux raids israéliens menés, le week-end dernier, dans la région de Damas, le régime de Bachar Al-Assad pourrait ainsi armer l’organisation libanaise en guise de représailles contre l’État hébreu.

«Les Israéliens savent que la Syrie est la source de la force de la résistance libanaise et palestinienne. L’objectif des raids israéliens sur Damas est de dire à la Syrie que si elle continue à soutenir le Hezbollah, le régime syrien tombera et qu’il y aura une guerre. Israël veut éliminer la Syrie du conflit arabo-israélien», a ainsi détaillé Hassan Nasrallah.

Ce vendredi, le président libanais Michel Sleiman a appelé le Hezbollah à défendre les intérêts nationaux uniquement aux côtés des autorités du pays. «Une stratégie de défense doit stipuler que les armes de la résistance doivent être mises à la disposition de l’armée pour défendre le pays contre toute agression israélienne contre son territoire uniquement et suivant une décision nationale», a martelé le chef d’État libanais, dans des propos rapportés par le journal libanais L’Orient-Le Jour.

Fidèle à sa neutralité affichée vis-à-vis du conflit syrien, Michel Sleiman entend ainsi recouvrir la stabilité de son pays, affaibli notamment sur le plan politique. La récente démission du gouvernement Mikati a mis en lumière les difficultés du pays à surmonter une crise sociale et politique profonde. Les inquiétudes actuelles sur le plan militaire viennent ainsi renforcer la crainte d’un débordement du conflit au sein des frontières libanaises. D’autant plus que le Hezbollah est officiellement engagé aux côtés du régime syrien pour contrer l’avancée rebelle.

Selon des responsables israéliens, le transfert d’armes en provenance de Téhéran et à destination de l’organisation libanaise constituait la principale cible des récents raids menés par l’État hébreu. Jérusalem tenterait ainsi d’éviter tout renforcement militaire du Hezbollah. Un responsable israélien a averti, ce dimanche, que «chaque fois que des informations parviendront à Israël sur un transfert de missiles ou d’armements de Syrie au Liban, ils seront attaqués». Pas de quoi laisser présager un apaisement imminent.


Le Hezbollah affirme que la Syrie va lui livrer des armes sophistiquées – 9 mai 2013 (Vidéo: Euronews)

À lire aussi:

Armes chimiques: la Syrie se dit «toujours prête» à accueillir la mission de l’ONU >>

Raids israéliens en Syrie: face aux accusations, Jérusalem se défend de prendre part au conflit >>

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.