Guatemala: l’annulation du jugement de l’ex-dictateur Rios Montt préoccupe les juges canadiens

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L'ex-dictateur guatémaltèque Efrain Ríos Montt a vu son jugement annulé, ce mardi, après le recours de ses avocats pour vice de procédure (Photo: Archives/Amnesty International USA)
L’ex-dictateur guatémaltèque Efrain Ríos Montt a vu son jugement annulé, ce mardi, après le recours de ses avocats pour vice de procédure (Photo: Archives/Amnesty International USA)

Reconnu coupable de génocide et condamné à 80 ans de prison, le 10 mai dernier, l’ancien dictateur guatémaltèque Efrain Rios Montt a vu son jugement annulé, ce mardi, suite au recours de ses avocats pour vice de procédure. Une décision qui a provoqué l’indignation de l’ONG Avocats sans frontières Canada (ASFC), actuel soutien aux parties civiles du procès.

«La décision de la majorité [des juges]de la Cour constitutionnelle, qui se concentre sur des éléments procéduraux techniques sans constater de réelle violation des droits fondamentaux de la défense, apparaît difficilement conciliable avec les intérêts de la justice», a assuré le directeur de l’ASFC, Pascal Paradis, dans un communiqué.

La Cour constitutionnelle du Guatemala a en effet décidé, ce mardi, d’annuler la condamnation de M. Rios Montt. Le tribunal qui l’a préalablement condamné, le 10 mai dernier, avait refusé d’examiner une requête en récusation présentée par l’avocat de la défense, Francisco Garcia. La Cour a ainsi décidé de renvoyer l’accusé devant ce même tribunal, à une date non définie.

Mais en attendant, cette décision annule toutes les étapes après l’interruption temporaire du procès le 19 avril pour vice de procédure, ainsi que la condamnation prononcée le 10 mai, sans pour autant mettre en cause la justification du procès et les témoignages.

A la lecture du jugement alors historique, la juge Jazmín Barrios avait prononcé, le 10 mai dernier, une peine de 80 ans de prison ferme à l’encontre de l’ancien chef d’État du Guatemala. «L’accusé est responsable d’avoir commis le crime de génocide et […] est condamné jusqu’à 50 ans ferme, et l’accusé est responsable de crimes contre l’humanité commis contre la vie et l’intégrité de la population civile et […] se voit imposé la peine de 30 ans de prison ferme», avait-elle alors annoncé.

«Les victimes attendent que justice soit faite depuis 30 ans»

Il était ainsi devenu le premier président sud-américain à être condamné pour génocide. Mais à 86 ans, l’accusé devra à nouveau comparaitre. Au grand dam de ses opposants.

Parmi eux, des dizaines d’avocats et de juristes canadiens affiliés à l’ASFC ont soutenu les associations guatémaltèques de défense des droits de l’homme, parties civiles au procès, dans la préparation de la preuve, des arguments juridiques et de la procédure. «Les victimes attendent que justice soit faite depuis 30 ans», a ajouté l’ASFC, ce mardi.

Protégé par son immunité parlementaire, Efrain Ríos Montt a échappé à la justice pendant plus de trente ans, avant de quitter le parlement en 2012. Assigné à résidence depuis un an, il est accusé d’être responsable du massacre de 1 771 indiens mayas de l’ethnie des Ixiles. Des actes qui auraient été commis au cours de sa présidence, entre 1982 et 1983, dans le département de Quiché.

Mais depuis le début du procès, les débats ont connu une série d’incidents de procédure provoqués par la défense qui a réussi à paralyser l’instruction. Quelque 150 témoins et experts ont néanmoins commencé à révéler les détails macabres d’actes perpétrés contre la population d’origine maya. Selon les Nations Unies, il s’agit de la période la plus critique de la guerre civile qui a duré 36 ans et fait 200 000 morts et 45 000 disparus au Guatemala.

Sous les ordres du dictateur Rios Montt, l’armée aurait ainsi mené une politique de la «terre brûlée» contre les peuples autochtones, les accusant de soutenir les forces rebelles et la guérilla marxiste. Selon des associations de défense des droits de l’Homme, 250 massacres collectifs ont eu lieu et plus de 25 000 personnes ont été tuées en l’espace de 15 mois, durée de la présidence du dictateur.


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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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