Halte aux machines avec le pouvoir de décider qui doit mourir et qui reste en vie, dit l’ONU!

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Les États-Unis ont mené des dizaines d’attaques de drones contre des terroristes (Photo: Archives/US Air Force)
Les États-Unis ont mené des dizaines d’attaques de drones contre des terroristes (Photo: Archives/US Air Force)

Alors que la mise en service par les Américains d’un drone véritablement autonome et capable de prendre «ses propres décisions» est prévue pour 2019, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns, lance un cri d’alarme et demande un moratoire sur le développement et l’utilisation des « robots létaux autonomes» (RLA) afin de permettre une réflexion internationale sur l’encadrement de ces machines dotées du pouvoir de tuer.

«Si les drones sont systématiquement téléguidés par des êtres humains, auxquels revient la décision d’employer la force létale, les RLA sont, quant à eux, équipés de systèmes informatiques qui leur permettent de choisir leur cible de manière autonome», a rappelé ce jeudi 30 mai Christof Heyns lors de la présentation de son dernier rapport au Conseil des droits de l’Homme à Genève.

Drone américain de reconnaissance et de combat X-47B (Photo: Archives/US Navy/Northrop Grumman)

Le 14 mai dernier, les Américains ont testé leur nouveau drone qui préfigure l’avion de combat véritablement robotisé et non simplement piloté à distance, un avion-robot qui sera capable de prendre des décisions lui-même et d’attaquer l’ennemi sans intervention humaine.

Le 14 mai 2013, l’engin en forme de losange ressemblant à une raie a été lancé à partir du porte-avions George Bush dans l’Atlantique.

Le prototype de drone de reconnaissance et de combat X-47B a en effet pris son envol ce jour-là du porte-avions George Bush dans l’Atlantique et, après avoir accompli avec succès son programme de vol, s’est posé sur la piste du centre de recherche de Patuxent River, dans le Maryland.

Ce drone à réacteur X-47B, conçu par la société américaine Northrop Grumman dans le cadre du concept UCLASS (Unmanned Carrier-Launched Surveillance and Strike) a une autonomie de vol qui dépasse 3 900 km, son altitude maximale avoisine 12 km, il atteint la vitesse transsonique et peut voler pendant environ 6 heures avec 2 tonnes de charge.

Mise en service prévue: d’ici 2019.

Ce drone mise sur l’importance croissante du rôle de programmes de vols autonomes, par opposition au pilotage à distance par un opérateur comme c’est le cas maintenant.

Le Rapporteur spécial Christof Heyns (Photo :Jean-Marc Ferré/ONU)

«Les RLA soulèvent des questions considérables sur la protection de la vie, par temps de guerre et de paix. S’ils devaient être introduits, ce serait alors des machines, et non plus les humains, qui décideraient qui doit mourir et qui reste en vie », a expliqué ;a Genève le Rapporteur de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.

Selon lui, ces machines pourraient rendre plus facile l’entrée en guerre d’un État, tout en rendant problématique le respect du droit humanitaire international, qui s’interroge sur la capacité qu’auront ces «robots létaux» que les RLA à faire la différence entre un combattant et un civil et à éviter les dommages collatéraux.

Mais, le président Barack Obama expliquait jeudi 23 mai la stratégie antiterroriste des États-Unis tout en annonçant une plus grande «transparence» dans l’usage des drones, mais, pour Barack Obama, l’utilisation de drones est de loin préférable, parce que moins dommageable, aux opérations dites «conventionnelles».

Le président Obama lors de son discours du 23 mai sur l’utilisation des drones (Photo: Archives/Maison-Blanche)

Même la plus petite opération «conventionnelle» est susceptible de causer plus de morts, plus de confrontation, et peut mener à une escalade et à un conflit, soulignait le président américain, ajoutant que l’usage de drones est la méthode qui est la moins susceptible de causer des dommages collatéraux.

«Une guerre sans conscience conduit à des carnages mécanisés», a affirmé M. Heyns. «La privation de la vie mérite d’amples délibérations. La décision de permettre à des machines de tuer des hommes mérite d’être mûrement réfléchie au niveau mondial».

«Les RLA purgent les décisions de leur composante humaine. Les États sont attirés par cette technologie parce que les êtres humains, en raison de leurs émotions, sont bien plus lents à décider que les robots», a conclu le Rapporteur de l’ONU.

Mais, justement, beaucoup de spécialistes indiquent que dans le cadre d’une guerre électronique intelligente et réfléchie, les drones pilotés sont inefficaces.

Outre les problèmes de pénétration dans les zones brouillées, le temps de réaction aux changements de situation se réduit et les régimes de manœuvre deviennent plus stricts en territoire «contesté».

Dans ces conditions, la fiabilité opérationnelle d’un engin ne peut être assurée que par la diminution radicale du contrôle à distance au profit des algorithmes autonomes de vol.

«Le déploiement des RLA pourrait rapidement devenir intolérable puisqu’aucun mécanisme de responsabilité pénale ne peut leur être appliqué», a renchéri l’expert de l’ONU, qui demande dans son rapport aux États de mettre en place« un moratoire sur la production, l’assemblage, le transfert, l’acquisition, le déploiement et l’utilisation des RLA, au moins jusqu’à l’établissement d’un cadre international sur l’utilisation de ces machines.»

Mais, jeudi dernier, rappelant que les guerres en Irak et en Afghanistan ont fait des milliers de morts, des milliers de civils ont été tués, le président avait alors déclaré qu’il fallait trouver un moyen de combattre sans que toute l’Amérique soit perpétuellement obligée d’être sur un pied de guerre.

Si elle a à choisir entre les problèmes éthiques liés à l’utilisation de drones autonomes et les affres d’une guerre conventionnelle, l’Amérique, après 13 années de guerre en Afghanistan et en Irak, pourrait ne pas renoncer aux «robots létaux».


Le tout premier vol du X-47B à Patuxent River, dans le Maryland, aux États-Unis, en 2012 (Vidéo: Navair)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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