INTERVIEW | Capitaine de vaisseau Luc Cassivi, directeur du service canadien des sous-marins

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Le sous-marin canadien NCSM Victoria à Honolulu, lors de l'exercice RIMPAC 2012 (Photo: Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le sous-marin canadien NCSM Victoria à Honolulu, lors de l’exercice RIMPAC 2012 (Photo: Archives/45eNord.ca)
Le capitaine de vaisseau Luc Cassivi (Photo: DND-MDN)
Le capitaine de vaisseau Luc Cassivi (Photo: MDN)

En mars 2012, 45eNord.ca avait interviewé le capitaine de vaisseau Luc Cassivi pour faire le point sur l’état de la flotte canadienne des sous-marins et de l’utilité de posséder de tels engins. Un peu plus d’un an plus tard, nous refaisons le point avec lui.

45eNord.ca: Capitaine Cassivi, pouvez-vous nous dire où en est la flotte des sous-marins du Canada?

Luc Cassivi: Nous avons actuellement deux sous-marins en opérations: le Victoria et le Windsor qui sont actuellement en mer, dans des opérations soit d’entrainement ou de support à la souveraineté et surveillance côtière au Canada. C’est une grande amélioration par rapport à la dernière fois où on s’est parlé.

Nous sommes maintenant dans la phase terminale de la période de grand carénage du Chicoutimi, qui devrait retourner en mer avant la fin de l’année pour faire leurs essais et retourner aux opérations normales. Le Corner Brook, notre quatrième, va rentrer une fois que le Chicoutimi aura été délivré, puis ils vont commencer leur période de grand carénage pour un autre deux ans.

On va arrivé à la fin de l’année à ce que l’on appelait un steady state, en ayant trois sous-marins qui sont dans leur cycle opérationnel et un sous-marin qui est en période de maintenance prolongé. Le cycle opérationnel d’un sous-marin est de six à sept ans, et dans cette période là, il y a des périodes d’opérations, de maintenances, parce que les systèmes ont des cycles de maintenance périodique et il faut aussi que l’équipage prenne du congé, qu’ils s’occupent de leur entrainement. Ça ne veut donc pas dire qu’il y aura trois sous-marins continuellement en mer, mais que les trois sont disponibles pour des opérations.

Le Windsor a rencontré quelques problèmes avec une de ses génératrices dans sa phase de test. Qu’advient-il de ce sous-marin maintenant?

On a fait une analyse des risques opérationnels et on a dit qu’on pouvait continuer avec les opérations avec certaines restrictions au niveau de l’endurance et ça était mis en pratique. Maintenant, l’équipe continue ses essais et l’entrainement et contribue aux opérations de surveillance côtière pour la période d’opérations présente. L’équipe est en train d’aligner les pièces de rechange et aussi la disponibilité de notre synchro lift pour cet appareil qu’on a dans notre arsenal à Halifax. Tout devrait être fini d’ici à la fin de l’été et à ce moment là les pièces de rechange disponible et cette infrastructure critique disponible pour nous , on va amalgamer une coupes d’événements de maintenances ensemble et supporter en même temps le remplacement de la génératrice pour minimiser l’impact sur la période opérationnelle du sous-marin.

Une fois tout ceci réalisé, quel va être le processus de confirmation de « l’opérationnabilité » du sous-marin, que les torpilles fonctionnent bien, etc. ? 

Il y a un paquet de choses qui ont déjà été faites sur le Victoria.

On va l’intégrer avec les exercices d’entrainement de la flotte. Une fois que la réparation aura été faite, on a d’autres tests qu’il va falloir faire. On va faire une certification de tirs de torpilles, qui est le processus normal, mais ne sera pas la même aventure très publique qu’avec le Victoria.

On va passer par le processus pour certifier l’équipage, l’équipement, et durant ce processus là ils vont tirer un certain nombre de torpilles de configuration d’exercice, c’est à dire qu’au lieu d’avoir des explosifs dans la torpille, on enlève le module explosif, puis on met un module électronique qui va enregistrer un paquet d’informations qui vont nous permettre d’analyser la performance de l’équipe, de la torpille.

Alors c’est comme cela qu’on fait. Un exercice comme on a fait avec le Victoria est suffisant pour la classe.

On aura donc d’ici la fin de l’année trois sous-marins sur quatre qui seront disponibles, mais à quoi vont-ils servir? 

Les missions vont dépendre des désirs du gouvernement du Canada, quel effet ils veulent amener dans différentes situations. C’est d’ailleurs ce que l’on fait présentement avec le NCSM Toronto qui est en déploiement par exemple.

Ce n’est pas nous qui décidons où on mets nos plateformes et quels effets on amène. C’est le gouvernement qui décide vis à vis de leur politique étrangère et leur position vis à vis d’une situation qui se développe, et c’est là qu’ils décident si on envoie des avions, des navires ou des sous-marins.

On peut faire un grand nombre de missions en support des objectifs nationaux, que ce soit surveillance, reconnaissance ou que ce soit de délivrer des éléments des forces spéciales ou faire une préparation pour l’arrivée d’une force maritime de plus grand nombre. Il y a un grand nombre de missions que l’on peut faire, que ce soit au niveau de la lutte contre le trafic de narcotiques dans la région des Caraïbes ou que ce soit supporter n’importe quelle mission maritime à travers le monde. Ça dépend de la politique nationale du moment.

En quoi posséder ces sous-marins représente un avantage pour les Forces canadiennes et le Canada?

C’est important pour nous d’avoir cette force disponible pour notre souveraineté et ça nous permet vraiment d’avoir le contrôle total de notre espace maritime.

Au niveau international ça permet au gouvernement, en plus de garder disponibles des connaissances assez importantes au niveau des opérations dans le contexte du champ de bataille naval, d’amener de l’influence où c’est important dans l’intérêt du Canada, vis à vis de la sécurité maritime et de notre politique étrangère du temps.

On fait parti d’un réseau de pays qui prennent une responsabilité commune vis a vis de la sécurité de notre monde, et ça nous permet de contribuer avec nos alliés pour gérer des situations qui peuvent être très dangereuses.

Quel est votre rôle? En quoi consiste votre job de directeur du service des sous-marins?

J’ai un certain nombre de rôles.

Pour commencer, je suis l’autorité d’opérations sous-marine. Je gère avec mon équipe toutes les opérations sous-marine qu’on fait avec les sous-marins canadiens. Je m’assure par exemple qu’ils ne sont pas dans les mêmes zones maritimes qu’un autre sous-marin allié. C’est un peu la même chose que ce que font les contrôleurs aériens pour les avions, mais pour les sous-marins, parce que il y a énormément de sous-marins qui opèrent à travers le monde et on veut s’assurer qu’on ne met pas deux sous-marins alliés dans la même zone de transit.

On fait de la planification et la gestion de toutes les opérations sous-marine qu’on fait au niveau national ou avec nos alliés et aussi d’une façon plus importante un de mes rôles c’est de m’assurer qu’on génère et qu’on entraîne et développe les sous-mariniers et les chefs pour les prochaines générations. Alors l’entrainement et le développement pour le commandement est l’environnement dans lequel je m’occupe beaucoup des choses et aussi de gérer le système de sécurité, pour s’assurer, quand on envoie un sous-marin en mer, sa condition technique et la condition du personnel et de l’entrainement qui a été fait, qu’on soit satisfait et que l’équipe est prête à exécuter sa mission. C’est un environnement assez complexe, alors on veut s’assurer qu’ils soient bien équipés et que l’équipage soit préparé adéquatement. C’est ce qui me garde occupé, mais ça ne représente qu’un tiers de mes responsabilités.

Qu’est ce qu’on fait nos sous-mariniers en attendant d’être de nouveau dans nos sous-marins? 

Lors des dernières années, lorsqu’on avait seulement un sous-marin opérationnel, on avait deux objectifs principaux: entraîner assez de sous-mariniers pour qu’on puisse continuer et maintenir nos opérations, que ce soit au niveau des connaissances techniques et la lutte contre les avaries, et maintenir un certain nombre de capacités opérationnelles pour amener du support à la flotte. Mais vraiment avec un sous-marin on était à la limite de ce qu’on pouvait faire et on a optimisé le nombre de jours en mer pour ce sous-marin là.

Maintenant, depuis cette année, j’ai doublé ma capacité d’entraîner les gens et à la fin de l’année on va l’avoir triplé, ce qui va être une bonne chose pour nous.

Et désormais, en ayant un sous-marin qui vient de l’avant, qu’on est très confortable avec sa situation technique, on est capable de maintenant graduer des opérations un peu plus complexe avec l’équipage et la flotte, qui amène le sous-marin et son équipage a vraiment acquérir des compétences dans le niveau des disciplines de guerre et régénérer à travers la communauté ses compétences là pour être prêts pour des opérations.

Même si on n’a pas encore fini de rendre opérationnel nos sous-marins actuels, est-ce qu’on réfléchit déjà à l’après?

La réponse est définitivement oui. Ce qui se passe en ce moment, c’est qu’on a une enquête, un projet qui vient de se compléter, et un rapport va être disponible très bientôt, sur une étude qui regarde jusqu’à quel point on peut opérer ces sous-marins.

Il faut dire que la vie de ces sous-marins depuis leur naissance a été un peu anormale: ils ont eu quelques années d’opérations sous le drapeau britannique, ils sont restés au port pendant quelques années, on les a réactivés et ramenés en opérations, et là aussi on a eu un départ assez prolongé, et on fais beaucoup de modernisation d’équipement pour leur remise en service.

Cette étude indépendante basée sur ce qu’on a fait, et ce qu’on planifie de faire, et aussi la tolérance de la coque et de certains systèmes, va nous permettre de voir pour combien d’années on peut opérer ces plateformes dans le futur. Cela va nous permettre d’analyser pour savoir quels investissements on doit faire pour atteindre cet objectif là et de pouvoir aligner nos options de remplacement avec le plan d’investissements stratégique des Forces canadiennes, parce qu’on a un budget annuel et il faut planifier bien à l’avance comment qu’on veut synchroniser le remplacement de différentes capacités, que ce soit nos avions, nos navires, nos sous-marins, les véhicules pour l’armée, parce qu’il faut marcher avec un budget relativement stable.

À chaque trois ans on révise ce qu’on appelle le plan d’investissements stratégique qui regarde jusqu’à environ 25 ans dans l’avenir sur quels vont être les grands projets pour qu’on puisse les synchroniser. Ça va nous permettre de vraiment être capable de faire nos analyses. Ces analyses là vont se faire au courant des prochaines années et après ça on pourra dire d’après le plan on va pouvoir opérer ces sous-marins jusqu’en 2030 par exemple, et si on veut remplacer nos sous-marins en 2030, il faut commencer le projet de remplacement en telle année et définir ce qu’on veut dans la prochaine génération, les technologies que l’on veut et synchroniser notre projet et l’amener à maturité. Mais tout ça c’est un processus continuel.

On a une équipe à Ottawa de développement de la force et c’est eux qui ont comme tache de regarder dix à trente ans à l’avance et de faire des préparations pour synchroniser tous ces projets et définir ça va être quoi notre besoin et les développements technologiques dans tous les milieux, pour voir si on aura un produit qui répondra aux exigences de son époque.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

DiscussionUn commentaire

  1. Jean Rouleau

    IL faut avouer que nos sous-marins ne font pas le poids contre les sous -marins comme le U214, et les kilo Russes et norvégiens et Japonais de plus avec la technologie aerobie, font que c'est sous-marin de classe Victoria sont désuet et peut fiables. Je trouves que l'achats de ces sous-marins ont été une erreur et en vie humaine. Il serait important d'après moi que si ont veut défendre notre souveraineté de nos mers que nos marins soit mieux équipés. en navire et en sous-marins