INTERVIEW | Major Mathieu Primeau, chef des plans pour l’exercice Maple Resolve

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Le major Mathieu Primeau (Photo: Archives/MDN)
Le major Mathieu Primeau (Photo: Archives/MDN)

45eNord.ca: Entre Jointex 2013 et Maple Resolve 2013, en quoi ça consiste votre mission?

Mathieu Primeau: Je suis le chef des plans pour l’exercice Maple Resolve. Ma responsabilité est d’orienter la planification de ce qu’on appelle le CMDC, le Centre Canadien d’Entraînement aux Manoeuvres. C’est une unité de 230 personnes environ, et on passe la majorité de l’année à planifier cet événement-là.

Mon rôle personnel est de faire évoluer le plan de façon cohérente en fonction des objectifs qui nous sont donnés. Il y a des objectifs d’entraînement, de ce qu’on doit atteindre, par la chaîne de commandement militaire, de tout partout, qui vient de l’Armée, mais aussi de l’Air force.

Jusqu’à présent on avait les Forces spéciales qui étaient intégrées dans notre exercice, mais ils ont été commis ailleurs à la dernière minute.

Donc, c’est ça le rôle, et lorsque l’exercice approche on a une grande augmentation pour vraiment avoir une équipe de support qui dépasse les 1 000 personnes.

Maple Resolve 2013, cette année, on parle de quoi comme forces en présence?

Il y a des variations au fur et à mesure que l’exercice évolue. Ici, il y a autour de 3 500 soldats qui font parti de l’entraînement, qui sont entraînés pour l’exercice. Pour Jointex, on parle d’environ 1 000.

Quel est le scénario qui a été mis en place pour cet exercice-là?

C’est un scénario très complexe qui simule un territoire qui représente beaucoup d’endroits du monde. Il a été inspiré de la géographie et de l’aspect sociopolitique d’Haïti et de la République dominicaine initialement.

Jusqu’à maintenant, quand on était sur des exercices simulés sur des ordinateurs, on utilisait la géographie de l’Île d’Hispaniolia , qui est l’île d’Haïti et de la République dominicaine, où la République est un pays très stable et Haïti, est un pays instable, mais on n’utilise pas ces mots-là, la République dominicaine , elle est [désignée] East Isle, l’île de l’Est, et Haïti, West Isle, l’île de l’ouest, qui est beaucoup plus instable, qui est le pays où il y a une guerre civile, où il y a des problèmes ethniques, où une majorité qui ne contrôle pas le pays et une minorité ethnique qui le contrôle.

Et c’est quoi, finalement, les défis qui ressortent lorsqu’on fait un scénario aussi complexe que ça? On doit l’amener du plus haut niveau jusqu’à l’infanterie qui doit appliquer ces ordres-là? Quels sont les défis que génère un scénario comme ça?

Le plus gros défi, c’est qu’en ayant perdu l’habilité de contrôle par le dessus de l’exercice , c’est à dire en étant avant le quartier général de division, qui maintenant est remplacé par une autre instance, on doit maintenant créer un environnement réaliste qui permet des opérations menées par, avec l’intelligence.

Donc, il a fallu construire un environnement prone [propice]à la création de renseignements qui vont mener aux opérations. La brigade qui fait l’exercice, la très grande majorité de leurs actions est donc en fonction de choses qu’ils découvrent sur le terrain à travers de leurs interactions avec la population , avec les interrogations des gens qu’ils capturent, des ennemis, et avec leurs observations, que ce soient un véhicule aérien sans pilote, ou à travers tout autre capteur. Si on veut, donc, on a conçu quelque chose de très complexe de ce côté-là , capteurs WIFI ou électroniques, tout ce qu’on a au niveau du renseignement vraiment, pour faire une image cohérente qui mène la première brigade à exécuter ses opérations .

Justement, par rapport à ça aussi, le fait que pour Maple Resolve, on a d’autres éléments qui viennent se rajouter à ça, est-ce que c’est un bonus en matière de réalisme du scénario ou, on pourrait s’en passer, mais on le fait quand même?

C’est une question qui a deux côtés. C’est un défi d’intégrer tout ça dans l’exercice, d’intégrer Jointex, mais c’est un besoin de politique nationale, c’est un objectif stratégique du Canada de déployer ce genre de forces à travers le monde. On n’est pas une république de bananes où on veut envoyer seulement de petits contingents. On doit avoir cette capacité-là, d’ailleurs, cette capacité-là on l’a déployée en 2008, j’y étais moi-même pour le quartier général sud de l’Afghanistan. Alors, c’est la même chose qu’on entraîne.

C’est à différents niveaux avec différents objectifs. Les objectifs de l’Armée sont beaucoup plus organisés, nos priorités sont claires et on a éprouvé une méthode parce qu’on fait ça depuis longtemps au niveau de l’Armée de terre, et, au niveau de Maple Resolve. L’exercice avait un autre nom, mais ça fait quand même depuis 2006 qu’on roule deux exercices par année, on est vraiment structuré.

On a Jointex qui est nouveau, c’est sûr que c’est tentant de dire que c’est compliqué et qu’on n’a pas besoin d’avoir cet exercice, mais d’un autre côté, pour marquer notre capacité de déployer, c’est un avantage.

Vu qu’on ajoute ce côté plus réaliste au scénario, est-ce que c’est parce qu’on voit quelque chose à l’avenir, on pourrait intervenir là ou là? Pourquoi on fait ce genre d’intégration maintenant?

Il n’y a pas vraiment d’agenda spécifique ou de mission à ma connaissance ou à la connaissance de tous les militaires. Il n’y a pas un agenda qui dit on doit faire ça parce qu’on pourrait se déployer dans telles circonstances la prochaine année. Il n’y a pas d’agenda comme ça.

Cependant, c’est la déduction avec ma structure hiérarchique canadienne, qu’on doit être capable de générer au quartier général une décision de cette façon-là. Et pour le faire, il faut l’avoir essayé. Il faut au moins avoir certaines structures. Même si le personnel change, ce n’est pas tant au niveau des individus qu’au niveau des leçons apprises, la compréhension du système et tous les documents, etc., qui est confirmée en faisant çà. L’apprentissage collectif, la méthode pour déployer ce genre d’éléments, c’est complexe. Si on ne le fait pas, si on ne le pratique pas, si on ne fait pas des essais, on n’y arrivera jamais, quand on sera déployé un jour pour vrai, ben… on ne l’aura jamais fait?!

Oui, en 2008, on n’avait pas cette structure-là qui a été déployée, puis on a déployé un quartier général interarmées et interagences, en Afghanistan, puis ça a eu quand même beaucoup de succès, mais à ce moment-là on a réalisé les difficultés d’intégrer tout le personnel pour qu’ils comprennent leurs fonctions dans une période qui est courte.

La préparation pour un déploiement, on avait quand même le luxe d’avoir quatre à six mois d’avance pour l’entraînement, alors que, s’il devait y avoir une opération soudainement, un conflit rapide, ben… le luxe de quatre à six mois d’entraînement est difficile à juger.

Jointex permet, entre autres, de réduire ces périodes-là. C’est difficile de dire de combien, mais [ça donne] au moins des connaissances dans l’institution [les Forces armées]des points qui doivent être intégrés afin de faire ce genre de déploiement.

Est-ce qu’avec les restrictions budgétaires qu’il y a eu cette année, l’exercice a été affecté?

Non, l’exercice est toujours révisé, d’année en année parce qu’on essaie de faire mieux. Lorsqu’on avait besoin d’entraîner quelqu’un, les ressources étaient disponibles. La grosse différence, c’est qu’il y a [maintenant]un exercice au lieu de deux par année, ce qui veut dire que tout le cycle de préparation, la réponse rapide de l’Armée, les Forces canadiennes ont décidé d’adopter un modèle qui déploie une seule unité de la taille d’un battle group, de ce qu’on entraîne ici, soit un peu moins qu’une brigade.

Donc, on déploie une fois par année, ils sont en réponse rapide si on veut, prêts à être déployés pour une période d’un an plutôt que six mois.

Qu’est-ce que ça change? On entraîne le groupe une fois par année et ils doivent être prêts à se déployer une fois par année. Et ce groupe là rotationne, que ce soit Edmonton, Valcartier, etc.

Donc, un entraînement par année. C’est quoi que vous changez? C’est plus au niveau du scénario, au niveau de la stratégie qui est mise en place, au niveau des lieux, c’est quoi qui change d’année en année?

D’année en année, ça va dépendre de l’évaluation des forces et des faiblesses, et puisqu’on n’est plus en Afghanistan, ce n’est plus lié à l’Afghanistan. C’est lié aux préoccupations générales stratégiques, en fonction de ce qui se produit dans le monde et aussi en fonction de l’observation sur le terrain des forces et des faiblesses des soldats, des capacités qui sont dans la liste des priorités pour le Commandant de l’Armée, ou autres, à développer.

Par exemple le renseignement, quelque chose de très important que le Canada travaille depuis longtemps. On a eu beaucoup de succès en Afghanistan et on continue à faire évoluer le modèle. Donc, c’est quelque chose qui fait que, chaque année, l’exercice évolue pour faire un système de renseignement qui est plus détaillé, qui est plus structuré, une meilleure image sur le terrain, un meilleur service. D’autres aspects vont dépendre des capacités.

Aussi, on va varier le modèle en fonction des commandants qui viennent aussi.

Aussi, cette année, c’est plus austère. Les troupes sont déployées plus sur le terrain sans avoir de gros camps comme on a souvent vu en Afghanistan. Ils sont derrière leur véhicule, ils couchent par terre, dans des petites tentes ou dans leurs véhicules. Ça les rend beaucoup plus mobiles. C’est quelque chose que l’Armée a décidé qu’elle devait ré-améliorer dans son entraînement.

Finalement, c’est quelque chose que l’on fait dans un théâtre opérationnel.

Tout dépendamment de l’endroit, mais vu qu’on parle d’endroits vraiment critiques, d’un endroit où ce serait un conflit armé d’une intensité assez élevée, c’est certain que c’est cela qu’on ferait. On ne prendrait pas trois mois à se construire un gros camp pour opérer cinq ans. On prendrait trois jours à s’installer et, au maximum, juste les lignes de communication de base , etc., et ensuite on pousse vers l’avant où la mission est requise.

Là dans les prochains jours, c’est quoi qui est prévu,… dans les plans en tout cas?

Les forces de la coalition vont franchir la frontière entre West Isle et East Isle pour permettre de débuter la provision dans un environnement sécuritaire et pas dangereux, et éliminer les forces de résistance, que ce soit un ennemi conventionnel, qu’on appelle un «pair», qui est joué par un autre élément des Forces canadiennes. Puis, aussi, il y a des éléments asymétriques, un peu comme en Afghanistan, des factions qui sont davantage liées au terrorisme ou juste des menaces complètement asymétriques.

Donc, ils doivent sécuriser ça et, à travers ça, il y a toute la complexité d’un environnement réaliste , des contracteurs ou des locaux qui font de la corruption, le transport de drogue, etc. Les organismes non gouvernementaux qui essaient eux aussi d’accomplir leur mission dans cet environnement qui n’est pas sécuritaire.

Donc, c’est de stabiliser tout ça en même temps que détruire l’ennemi, pour permettre au gouvernement de reprendre contrôle de leur pays.

Au niveau des attaques qui ont lieu, les soldats attaquent comment? Est-ce qu’ils attaquent avec des vraies munitions, des balles à blanc, des balles de caoutchouc, des balles de peinture?

On a un système très perfectionné qui permet en tout temps de savoir où est chaque individu et chaque véhicule, sur qui ils tirent, de quelle façon, et qui simulent les dégâts et les décès aussi. Donc, c’est un système que chaque soldat porte, c’est une veste. Chaque véhicule a un élément dessus. Ça fonctionne par GPS, un peu comme un système laser si on veut. Donc, en tout temps, lorsqu’ils sont morts, ils sont morts pour de vrai, c’est très, très réel, très, très immersif comme environnement.

C’est comme ça que ça marche. Si, par exemple, un soldat est blessé, sa veste lui dit quelle est sa blessure qui est générée en fonction d’un certain algorithme qu’on contrôle et il doit ensuite être traité de cette façon-là.

S’il est décédé, il a 24 heures de pause dans l’exercice, ce qui force les commandants a vraiment planifier. Lorsqu’ils ont perdu leurs troupes, ils ne les ont pas pour faire leurs opérations subséquentes.

Les véhicules, c’est la même chose, même s’ils ne sont pas vraiment brisés, on les répare en une période de 7 heures, et, s’ils sont complètement détruits, c’est 24 heures avant qu’ils ne roulent à nouveau.

C’est comme ça que c’est simulé. Tout le monde a ça dans la «boîte», comme on l’appelle. C’est très, très réaliste.

Dernière question, est-ce que vous êtes déjà en train de planifier Maple Resolve de l’an prochain?

Oh, ça fait longtemps qu’on est dessus. Je suis chef des plans pour l’année prochaine, pour le moment.

Faut qu’on commence à orienter les Forces canadiennes à savoir quelles sont leurs priorités d’entraînement en général. Qu’est-ce qu’elles veulent faire au niveau d’un paquet de sujets, par exemple, augmenter notre capacité de réaction à la guerre chimique-bactériologique d’un certain niveau.

Ça, c’est un exemple de ce qu’on regarde comme possibilité d’exercice, comment on va intégrer tout ça.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
#OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

Discussion4 commentaires

  1. Mathieu Primeau

    Ou est ma limo? Sans blague c'est un peu mauvais une retranscription libérale du parlé à l'écrit. Demain la radio de radio-canada….

  2. Sylvain Madore

    Sa prend une réquisition en format mémo, en trois copies signe par le commandant et approuve par le CEM des FC, pis ca seulement si il en a une de disponible, sinon sa vas être une Yaris Hybrid!!