Irak: 460 morts en avril dans un pays meurtri par les violences confessionnelles

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Plus d'un an après le retrait total des troupes américaines, l'Irak continue de vivre dans l'instabilité (Photo: Archives/Pardaphash)
Plus d’un an après le retrait total des troupes américaines, l’Irak continue de vivre dans l’instabilité (Photo: Archives/Pardaphash)

Au moins 460 personnes ont trouvé la mort, en Irak, lors du seul mois d’avril, un chiffre en nette augmentation par rapport aux mois précédents. Preuve de l’instabilité actuelle dans laquelle le pays s’engouffre de jour en jour au rythme des violences confessionnelles entre le pouvoir chiite et les insurgés sunnites.

Ce mercredi, quatre nouvelles attaques ont coûté la vie à au moins 13 personnes. Un premier attentat à la voiture piégée a eu lieu à Al-Husseiniyeh, un quartier de l’est de Bagdad, au cours duquel trois personnes ont été tuées et dix blessées, selon un colonel de la police. À Fallouja, à l’ouest de la capitale, un officier de police et quatre membres des milices Sahwa, luttant aux côtés du pouvoir chiite contre l’organisation extrémiste Al-Qaïda, ont été tués lorsqu’un kamikaze a fait exploser sa ceinture d’explosifs à proximité du commissariat de police, d’après le lieutenant-colonel Khaled Yasser al-Jmaili.

Près de Ramadi, chef-lieu de la province sunnite d’Anbar, dans l’ouest du pays, trois policiers dont un officier ont péri dans un attentat à la voiture piégée, selon le capitaine de police Marwan Doulaïmi et une source médicale. Deux autres policiers ont été tués dans un attentat contre un point de contrôle près de Tikrit, au nord de Bagdad.

Ces dernières attaques viennent s’ajouter au bilan déjà lourd du mois d’avril. Selon des données compilées par l’AFP sur la base des rapports des ministères de la Santé, de l’Intérieur et de la Défense, 460 personnes ont été tuées au cours du mois dernier. Parmi les victimes, 54 étaient des policiers et 53 des soldats. 171 policiers et 76 soldats ont également été blessés alors que près d’un millier de civils ont été touchés lors de ces attaques successives.

Les récentes violences ont éclaté après l’assaut des forces irakiennes à Hawija, au nord de Bagdad,un camp de manifestants sunnites hostiles au Premier ministre chiite Nouri Al-Maliki. Les autorités irakiennes avait alors assuré qu’elles avaient «demandé aux manifestants pacifiques non armés d’évacuer la place» avant l’assaut, ajoutant que l’opération visait «l’armée des Naqchbandis», un groupe rebelle islamiste violemment opposé au gouvernement.

Mais pour les manifestants sunnites, cette violente attaque a été vécu comme un nouvel affront du pouvoir chiite, accusé d’accaparer le pouvoir et de marginaliser la minorité sunnite du pays. Depuis plus d’un an, des milliers d’Irakiens manifestent ainsi dans les régions à majorité sunnite pour réclamer le départ de M. Maliki, membre du parti chiite Dawa.

240 morts entre un assaut de l’armée et des représailles rebelles

La milice des Sahwa, formée en 2006 sous la houlette de chefs tribaux sunnites, a ainsi menacé de reprendre les violentes opérations qui lui avaient permis d‘écraser le réseau extrémiste, notamment dans la province d’Al-Anbar, dans l’ouest du pays, en 2006.

Craignant cette récente instabilité, les autorités de la région autonome du Kurdistan, dans le nord du pays, ont déployé une force de sécurité près de Kirkouk pour parer à d‘éventuelles attaques contre cette ville riche en pétrole et revendiquée tant par les Kurdes que par le pouvoir central à Bagdad.

Avec de nombreux soulèvements et actes de représailles, la recrudescence soudaine des tensions a coûté la vie à au moins 240 personnes lors des affrontements entre forces de l’ordre et insurgés. Alors qu’il parait de plus en plus contesté, au sein même de sa majorité, le chef du gouvernement irakien a tenu à réaffirmer sa position de leader du pays.

Appelant à cesser toutes ces violences, M. Maliki a également affirmé, ce samedi, que l’instabilité irakienne actuelle provenait de l’expansion du conflit syrien. Les heurts entre les différentes confessions ont repris car ils ont «commencé ailleurs dans la région», a-t-il notamment déclaré, en référence à la guerre en Syrie.

Al-Jazeera suspendu d’antenne en Irak

Autre geste fort, les autorités irakiennes ont suspendu, ce dimanche, les licences de dix chaînes de télévision, accusées d’inciter au confessionnalisme. Parmi celles-ci, se trouve la puissante chaine qatarie Al-Jazeera. «Nous avons pris la décision de suspendre les licences de certaines chaînes satellitaires qui ont adopté une ligne incitant à la violence et au confessionnalisme», a déclaré à l’AFP un responsable de l’Autorité des médias et des communications, Moujahed Aboulheil.

De son côté, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Irak, Martin Kobler, a déploré, ce vendredi, que l’Irak se dirige vers un avenir incertain si des mesures concrètes et décisives ne sont pas prises immédiatement pour mettre fin à l’escalade de la violence. «Il relève de la responsabilité historique des dirigeants iraquiens d’assumer le leadership et de prendre des mesures courageuses», a-t-il déclaré dans un communiqué, soulignant que «le pays se trouve à la croisée des chemins». Pour l’heure, la route vers la sécurité et la stabilité est semé d’importantes embûches.


Nouvelles violences confessionnelles en Irak – 29 avril 2013 (Vidéo: Euronews)

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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