La «menace» djihadiste reste présente au Mali et dans le Sahel

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Un soldat malien à Kidal, dans l'extrême nord-est du Mali (Photo: Archives/EMA)
Un soldat malien à Kidal, dans l’extrême nord-est du Mali (Photo: Archives/EMA)

Dans un entretien accordé à l’AFP, le président sénégalais Macky Sall a assuré, ce vendredi, que la «menace [djihadiste]reste présente dans le Sahel» même si «elle a été très sérieusement contenue, voire désarticulée». Dans la matinée, deux nouveaux attentats suicides ont ainsi touché le nord du Mali.

«Nous devons rester vigilants et cette vigilance s’impose au Sénégal et à l’ensemble des pays de la sous-région», a déclaré le chef d’État sénégalais Macky Sall. Pointant du doigt l’instabilité actuelle dans la région du Sahel, il a ainsi tenu à souligner le caractère nécessaire de l’intervention, en janvier dernier, des forces françaises et africaines pour contrecarrer les velléités des groupes islamistes dans le nord du Mali.

«Il a vraiment fallu une forte conviction de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest], de l’UA [Union africaine] finalement, mais surtout, il faut rendre hommage à François Hollande [le président français, ndlr]qui a cru et qui s’est battu à nos côtés, celui qui a porté la résolution» des Nations Unies permettant une intervention internationale dans le pays.

Le déploiement des forces françaises a en effet permis de chasser les groupes islamistes armés des grandes villes du nord du pays, comme Gao, Tombouctou ou Kidal. Mais si ces différentes organisations ont subi de lourdes pertes face au déploiement des forces françaises et africaines, des groupes «résiduels» poursuivent leurs actions au moyen d’attaques isolées mais puissantes. Ce vendredi, deux nouveaux attentats suicides ont eu lieu quasi-simultanément dans le nord du pays.

Deux attentats suicides tuent cinq kamikazes et blessent deux soldats maliens

À Gossi, localité située à environ 185 km au sud-ouest de Gao, trois kamikazes sont morts après s’être fait explosés au niveau d’un barrage militaire. Deux militaires maliens ont été blessés dans cet attentat-suicide alors qu’un quatrième kamikaze a succombé à ses blessures, selon une source militaire malienne, citée par l’AFP. Également jointe par l’agence de presse, une source administrative a affirmé que les kamikazes, ayant «la peau noire», venaient de Gao dans un camion de transport.

Dans la ville de Ménaka, située à environ 300 km à l’est de Gao, un kamikaze «à la peau claire» est décédé après avoir forcé l’entrée d’une base militaire nigérienne au volant de son véhicule. «Nous avons fait usage de nos armes, le kamikaze s’est fait exploser. Il est mort, mais nous n’avons pas de victimes dans nos rangs», a confié une source militaire nigérienne à l’AFP. Avant d’ajouter que les soldats nigériens étaient «en état d’alerte».

«Ces actions asymétriques vont continuer à se développer», a souligné le président nigérien Mahamadou Issoufou à l’issue de son entrevue avec son homologue français François Hollande à Paris. Ce dernier avait annoncé, ce mardi, prendre «au sérieux» les nouvelles menaces d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), principale organisation djihadiste traquée par l’armée française dans le nord-Mali.

Dans une vidéo d’une vingtaine de minutes, Abou Obeida Youssef Al-Annabi, chef du Conseil des notables d’AQMI, avait appelé «les musulmans dans le monde entier» à «attaquer les intérêts français partout, car depuis le premier jour de l’agression, ils sont devenus des cibles légitimes», en référence à l’intervention au Mali.

«Les réseaux d’AQMI existent en dehors du Mali. Nous considérons donc qu’il nous faut poursuivre et l’intervention au Mali pendant le temps nécessaire, même s’il y a une réduction de notre présence, et maintenir une vigilance autour du Mali pour continuer à lutter contre le terrorisme», avait répliqué François Hollande.

Les élections maliennes doivent avoir lieu «sur tout le territoire»

Ce vendredi, en compagnie de son homologue nigérien, le président français a réitéré sa volonté de voir se tenir des élections «sur tout le territoire» malien d’ici à la fin du mois de juillet. Il en va de la stabilité et de l’unité du Mali. «Ces élections doivent avoir lieu. Pour le peuple malien lui-même, pour l’exemple que nous devons donner à toute l’Afrique, et pour la légitimité qui doit être celle de l’autorité malienne […] pour poursuivre le dialogue politique», a déclaré François Hollande.

Pour reconstruire un pays meurtri par des mois d’insurrection et de déstabilisation militaire, la démocratie doit désormais permettre aux populations maliennes de se réconcilier face aux menaces islamistes. Même dans les régions actuellement touchées par des attaques djihadistes comme celles de Gao ou de Kidal. «Aucune fraction du Mali ne doit être privée de la possibilité d’organiser le scrutin», a ajouté le président Hollande.


Conférence de presse conjointe du président français François Hollande et de son homologue nigérien Mahamadou Issoufou – 10 mai 2013 (Vidéo: Présidence française)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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