L’armée nigériane lance un assaut contre les islamistes de Boko Haram

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Depuis 2009, l'insurrection lancée par les islamistes de Boko Haram et sa répression par l'armée ont coûté la vie à 3 600 personnes, selon Human Rights Watch (Photo: Archives/AFP)
Depuis 2009, l’insurrection lancée par les islamistes de Boko Haram et sa répression par l’armée ont coûté la vie à 3 600 personnes, selon Human Rights Watch (Photo: Archives/AFP)

L’armée nigériane a déployé quelque 2 000 soldats dans l’État de Borno, dans le nord-est du pays, lançant ainsi une offensive contre les rebelles islamistes de Boko Haram, selon une source militaire, citée ce jeudi par l’AFP.

«Nos hommes ont mené une offensive contre des camps terroristes dans la réserve de Sambisa», dans l’État de Borno, a confié cette source militaire sous couvert d’anonymat. «Pour l’instant, 2 000 soldats ont été déployés dans l’État de Borno», a-t-elle ajouté.

Une annonce qui intervient deux jours après la déclaration, ce mardi, par le président nigérian Goodluck Jonathan, de l’état d’urgence dans trois États du nord du pays. Il a alors annoncé que des «mesures extraordinaires» étaient nécessaires pour répondre à l’escalade de violences actuelles menée par les islamistes de Boko Haram.

«Les forces armées nigérianes ont commencé les opérations pour débarrasser les régions frontalières de la Nation des bases terroristes», a annoncé l’armée nigériane, dans un communiqué publié ce mercredi. «Ces opérations vont impliquer un déploiement massif d’hommes et de moyens», a-t-elle précisé.

Cités par l’AFP, plusieurs habitants ont rapporté l’arrivée effective des forces nigérianes dans les trois États concernés par l’opération du président nigérian. Un habitant de la ville de Gashua, dans l’État de Yobe, a notamment confié que des forces armées ont traversé la ville, certaines d’entre elles demandant aux banques de fermer leurs portes par mesure de précaution.

La répression des forces de l’ordre souvent pointée du doigt

Dans une vidéo reçue, ce lundi, par l’AFP, Abubakar Shekau, leader présumé de la secte nigériane Boko Haram, a revendiqué la responsabilité de deux récentes attaques ayant coûté la vie à plus de 200 personnes. Mais il a également souligné la violente réplique menée par les forces armées nigérianes.

Depuis 2009 et le début de l’insurrection islamiste, plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont ainsi dénoncé à de nombreuses reprises des exécutions sommaires et des violences envers les civils pratiquées par l’armée ou la police nigériane. L’ONG internationale Human Rights Watch évoque, pour sa part, un bilan de 3 600 victimes entre l’insurrection islamiste et la répression militaire.

Pour autant, le président nigérian a décidé d’agir et de déployer des troupes sur place pour éviter l’instauration d’un État islamique dans le nord du Nigéria. Car la situation est actuellement déplorable pour les autorités nigérianes dans le nord du pays.


Le président nigérian décrète l’état d’urgence – 15 mai 2013 (Vidéo: Euronews)

Boko Haram s’affirme dans l’État de Borno pour instaurer un État islamique

Lors d’une réunion confidentielle tenue le 7 mai dernier, le gouverneur de Borno a expliqué à des conseillers militaires et des sénateurs venus en délégation que Boko Haram était sur le point de diriger l’État qui lui avait été confié.

«Ce que nous a raconté le gouverneur était effrayant. Il nous a informés de la possibilité que l’État passe sous le contrôle de Boko Haram, qu’ils [les islamistes, ndlr]avaient la possibilité de faire ce qu’ils voulaient», a déclaré le sénateur Abdoul Ahmed Ningi, dans des propos rapportés par l’agence Reuters.

D’après les services de sécurité nigérians, 10 des 27 municipalités de l’État de Borno seraient actuellement aux mains des rebelles de Boko Haram. Selon Reuters, certains parlent même d’une vingtaine de communes passées sous le contrôle des islamistes. Chef du «conseil de la Choura», l’instance de direction de l’organisation, Abubakar Shekau serait désormais sur le point de parvenir à imposer la charia, loi islamique, au sein de ses municipalités.

Afin de lutter contre l’extension progressive de la zone d’influence des islamistes, le président nigérian a ainsi décidé d’abandonner toute idée d’amnistie à l’égard des rebelles, évoquée en avril dernier. L’heure est désormais à la reconquête pour recouvrir l’intégrité de son territoire, jusqu’alors morcelé par les revendications des insurgés.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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