Le Canada prend les rênes du Conseil de l’Arctique

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Un CC-138 Twin Otter de l'Aviation royale canadienne de la 440e Escadron de transport, basée à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, s'arrête à la station des gardes de Parcs Canada au Fjord Tanquary, au Nunavut, dans le cadre d'Opération Nunalivut le 17 avril 2013. (Photo: Cpl Pierre Letourneau, Section d'imagerie de la 19e Escadre Comox, © 2013 DND-MDN Canada)
Un CC-138 Twin Otter de l’Aviation royale canadienne de la 440e Escadron de transport, basée à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, s’arrête à la station des gardes de Parcs Canada au Fjord Tanquary, au Nunavut, dans le cadre d’Opération Nunalivut le 17 avril 2013. (Photo: Archives/Cpl Pierre Letourneau, Section d’imagerie de la 19e Escadre Comox, © 2013 DND-MDN Canada)

À l’issue d’une réunion ministérielle à Kiruna, en Suède, Leona Aglukkaq, ministre canadienne de la Santé et député du Nunavut, a officiellement pris, ce mercredi, la présidence du Conseil de l’Arctique. L’occasion pour le Canada d’affirmer son objectif de respect et de développement dans la région du Grand Nord.

Comme un juste retour des choses. Dix-sept ans après avoir fortement encouragé la création d’un Conseil de l’Arctique pour gérer les intérêts de la région, le Canada a hérité, ce mercredi, de la traditionnelle présidence tournante. Pendant deux ans, le pays va diriger l’instance principale de l’Arctique, réunissant depuis 1996 huit États membres (États-Unis, Canada, Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède, Russie) ainsi que six communautés autochtones.

Le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt passe le témoin à la ministre canadienne de la Santé Leona Aglukkaq, nouvelle présidente du Conseil de l'Arctique (Photo: Conseil de l'Arctique)
Le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt passe le témoin à la ministre canadienne de la Santé Leona Aglukkaq, nouvelle présidente du Conseil de l’Arctique (Photo: Conseil de l’Arctique)

Plus qu’une symbolique, cette prise de contrôle intervient à une période charnière pour l’ensemble des États et des peuples de la région. Et pour cause, la fonte effrénée des glaces du Nord amène les scientifiques à évoquer l’ouverture de nouvelles routes maritimes dans les prochaines années et décennies.

Une perspective qui a déjà commencé à bouleverser le regard international sur cette région. «La faible étendue sans précédent de la glace de mer pendant l’été amène l’intensification du trafic maritime, du tourisme et de l’exploration pétrolière et gazière dans l’Arctique», constate ainsi l’organisme Sciences à la page dans un rapport daté d’avril 2013.

Face à ces défis tant économiques qu’écologiques, la présidence canadienne entend ainsi mettre l’accent sur les perspectives de développement des peuples autochtones. Pour la ministre Aglukkaq, priorité est faite au «développement pour le peuple du Nord». Elle entend ainsi mettre en place un forum des affaires circumpolaires afin de fournir de nouvelles opportunités aux entreprises. Une mise en commun à l’échelle locale en vue de dessiner les perspectives de rayonnement et de préservation de la région.

La Chine devient observateur du Conseil de l’Arctique

Si l’ouverture des routes maritimes influera sur le commerce international, la présence de réserves de gaz, de pétrole et de métaux précieux a progressivement recentré l’intérêt sur la région.

Sept nouveaux acteurs ont ainsi obtenu, ce mercredi, le statut d’observateur au sein du Conseil de l’Arctique: la Chine, l’Inde, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et l’Union européenne (UE). Le statut de l’UE est néanmoins soumis à des réserves, «tant que les préoccupations des membres du Conseil […] n’auront pas été résolues», a précisé le Conseil dans la déclaration finale d’une réunion ministérielle à Kiruna.

La Russie y voit notamment un déséquilibre à venir en cas d’octroi à Bruxelles du statut d’observateur permanent. Moscou se justifie en assurant que le Danemark, la Suède et la Finlande, déjà membres de l’UE, sont également membres permanents du Conseil de l’Arctique.

Mais devant ces intérêts croissants, les contraintes environnementales constituent un élément clé dans l’utilisation des ressources. «En signant l’accord sur la préparation et l’intervention en cas de pollution marine par les hydrocarbures dans l’Arctique, nous renforçons la coopération en vue de protéger le milieu marin et les moyens de subsistance des populations nordiques», s’est notamment félicitée la ministre Aglukkaq.

Pour autant, de nombreux observateurs internationaux restent, pour l’heure, sceptiques quant à la présidence canadienne à venir. Et pour cause, ils y voient une possible politisation du Conseil de l’Arctique, dans la droite lignée des intérêts nationaux. La volonté affichée d’Ottawa de ne pas ouvrir le Conseil de l’Arctique à de nouveaux membres ou observateurs s’inscrit dans cette même optique.

Un «forum de coopération» pour promouvoir le développement de la région

La ministre canadienne Leona Aglukkaq signe la déclaration de Kiruna, ce mercredi, en compagnie des chefs de la diplomatie des huit Etats arctiques, parmi lesquels l'américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov (Photo: Conseil de l'Arctique)
La ministre canadienne Leona Aglukkaq signe la déclaration de Kiruna, ce mercredi, en compagnie des chefs de la diplomatie des huit Etats arctiques, parmi lesquels l’américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov (Photo: Conseil de l’Arctique)

Craignant pour l’efficacité et la légitimité du Conseil, le Canada entend en effet conserver un noyau dur décisionnel au travers des huit États membres permanents. Mais cette récente ouverture démontre la nécessaire adaptation du Conseil à l’échelle internationale. «Nous avons un consensus et [les observateurs]renforcent le Conseil de l’Arctique car cela implique que le monde accepte que le Conseil de l’Arctique est le forum de coopération pour les questions arctiques», a assuré le chef de la diplomatie suédoise, Carl Bildt, ce mercredi à la radio publique suédoise SR.

D’après les chercheurs américains, les mers de l’océan Arctique abritent 13% des réserves mondiales non découvertes de pétrole et 30% des réserves de gaz. Mais l’Arctique, c’est aussi 40% du territoire terrestre du Canada et quelques 100 000 résidents canadiens. Entre souveraineté nationale et intérêt international, la ministre Aglukkaq et son équipe devront trouver le bon compromis pour pérenniser le développement d’une région en perpétuelle mouvement.

Car, comme le constate Sciences à la page, «l’Arctique est un indicateur environnemental qui réagit au réchauffement climatique trois fois plus vite que la moyenne mondiale». Joël Plouffe, chercheur à l’ENAP, nous confiait pour sa part que «les gens se sont tournés vers l’Arctique pour se demander ce qu’il s’y passait».

Canadian Chairmanship Program by 45eNord

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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