Le Darfour à nouveau secoué par des violences sectaires meurtrières

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Une femme et des enfants soudanais à Fanga Suk dans le Jebel Marra, au sud du Darfour (Photo: Olivier Chassot, ONU)
Une femme et des enfants soudanais à Fanga Suk dans le Jebel Marra, au sud du Darfour (Photo: Archives/Olivier Chassot, ONU)

Dans le sud de la région soudanaise du Darfour, de violents affrontements entre deux tribus rivales auraient coûté la vie à plus de 130 personnes  entre jeudi et vendredi. Symbole d’une décennie d’instabilité, un différend territorial serait à l’origine de ces heurts meurtriers.

«Les combats durent depuis hier [jeudi, ndlr] soir et nous avons enregistré 37 morts dans nos rangs», a affirmé un chef de la tribu arabe des Beni Halba, cité par l’AFP sous le couvert de l’anonymat. Il a également ajouté que 100 membres de la tribu rivale des Gimir avaient été tués lors de ces affrontements.

À Edd al Fursan, située à environ 100 kilomètres au sud-ouest de la capitale du Darfour-Sud Nyala, le chef des Beni Halba a évoqué un différend territorial comme l’origine de ces récents heurts. «Ce sont nos terres et ces gens vivent dessus», a-t-il déclaré.

La tenue de ces affrontements a, par la suite, été confirmée par les Nations Unies. S’appuyant sur la Commission de l’aide humanitaire du gouvernement soudanais, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) a évoqué de «nouveaux combats inter-tribaux entre les Gimir et les Beni Halba qui se disputent la propriété de terres» au Darfour-Sud.

Le 16 avril dernier, les Nations Unies avaient déjà appelé à un accès humanitaire immédiat aux civils soudanais dans les zones touchées par les violents affrontements faisant rage dans la région. «Les vies de milliers de déplacés, qui attendent toujours de l’aide humanitaire, sont en jeu ici», a déclaré le Représentant spécial conjoint de l’Union Africaine (UA) et de l’ONU pour le Darfour, Mohammed Ibn Chambas.

Il a également exhorté «toutes les parties à protéger les civils et à respecter le droit international des droits de l’homme et le droit humanitaire» alors que les forces armées soudanaises et les rebelles de l’Armée de libération du Soudan (ALS) restent aux prises dans la région. Selon la Commission de l’aide humanitaire du gouvernement soudanais, environ 36 000 personnes se seraient réfugiées à proximité des bases de la Mission conjointe des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD), près des villages de Labado et Muhajeria.

L’effondrement d’une mine d’or illégale tue une centaine de personnes

Dans le même temps, le Nord-Darfour a été touché en début de semaine par l’effondrement d’une mine d’or illégale, à proximité de la localité de Jebel Amir, plus de 200 kilomètres au nord-ouest d’El-Facher, la capitale régionale. «Selon un décompte réalisé par les employés de cette mine, le nombre de personne à l’intérieur est de plus de 100», a affirmé un mineur qui était présent sur les lieux. Avant d’ajouter que «neuf secouristes ont disparu quand la terre s’est écroulée autour d’eux jeudi».

Au cœur de cette région, l’or est devenu au fil des mois une priorité économique pour le gouvernement de Khartoum. Pour faire face à la récente indépendance du voisin sud-soudanais et à la perte de ressources en or noir, les autorités soudanaises ont fait de ces mines illégales une ressource-clé pour redynamiser le pays. Début 2013, une source humanitaire avait estimé que près de 70 000 personnes étaient employées dans ces mines à Jebel Amir.

En janvier et février dernier, plusieurs centaines de personnes avaient péri dans des affrontements entre différentes tribus rivales dans cette région au sous-sol aurifère. Plus de 500 membres de la tribu Beni Hussein avaient été tués au cours de sept semaines de combats contre une autre tribu arabe, les Rezeigat, à Jebel Amir, selon un parlementaire issu de cette tribu. L’ONG Amnesty international avait alors évoqué un nouveau conflit territorial comme origine des affrontements meurtriers.

Secoué depuis 2003 par une violente guerre civile, le Darfour peine à lutter contre l’instabilité et l’insécurité. Plusieurs accords de paix entre les forces rebelles et les autorités soudanaises ont été signés au cours de la dernière décennie. Mais aucun d’eux n’a semblé pouvoir pérenniser la pacification exigée par la communauté internationale, les rivalités tribales minant depuis de nombreuses années la sécurité régionale.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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