Les drones: préférables aux opérations conventionnelles et aux guerres, déclare Obama

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Le président Barack Obama lors du Discours sur l'État de l'Union en 2011, à l'arrière-plan, le vice-résident Joe Biden et le Speaker de la Chambre des Représentants, John Boehner (Photo: Pete Souza, White House).
Le président Barack Obama lors du Discours sur l’État de l’Union en 2011, à l’arrière-plan, le vice-résident Joe Biden et le Speaker de la Chambre des Représentants, John Boehner (Photo: Archives/Pete Souza/White House).

Le président Barack Obama a expliqué jeudi la stratégie antiterroriste des États-Unis tout en annonçant une plus grande «transparence» dans l’usage des drones et en insistant pour que le Congrès collabore pour en arriver à fermer la prison militaire de Guantanamo.

Dans un discours cet après-midi à l’Université nationale de la Défense, à Washington, le président Obama a expliqué comment il compte réagir aux «nouvelles menaces qui ont émergé en provenance de groupes affiliés à Al-Qaïda, de cellules extrémistes isolées et de terroristes».

Lors de son intervention, il a défendu l’usage des drones, alors que ces opérations clandestines dans plusieurs pays tiers hors de zones de conflit par la centrale du renseignement (CIA) sont de plus en plus critiquées.

Pour Barack Obama, l’utilisation de drones est de loin préférable, parce que moins dommageable, aux opérations dites «conventionnelles».

Des groupes de défense des droits de l’homme affirment que de tels assassinats sont anticonstitutionnels, la loi fondamentale des États-Unis garantissant aux ressortissants américains le droit à bénéficier d’une procédure judiciaire.

Dans son discours, le président a souligné que l’opération de commando au Pakistan qui a permis d’éliminer Ousama Ben Laden témoignait éloquemment de la préparation minutieuse qui a permis d’éviter de faire des victimes chez les civils.

À propos des drones, il a reconnu que cette technologie soulève de nouvelles questions d’imputabilité et de morale.

Mais, a-t-il fait valoir, l’action des États-Unis agir avec efficacité, rappelant que l’Amérique est en guerre contre des terroristes qui, eux, n’hésiteront pas à faire autant de morts qu’ils le peuvent si on ne les empêche pas.

Obama reconnaît la nécessité de garde-fous

Le président a toutefois reconnu que l’usage de ces drones exige de la retenue et de la discipline afin d’éviter les abus.

Les États-Unis préféreront toujours, a-t-il déclaré, arrêter, détenir et poursuivre ces terroristes en justice.

Mais, quand les terroristes posent une menace imminente, qu’il n’y a pas d’autre moyen de contrer la menace et qu’aucun autre gouvernement ne peut le faire, il faut agir, en faisant tout pour éviter de faire des victimes colléatérales chez les civils, mais sachant bien qu’il y aura toujours des risques.

«En tant que Commandant en chef, je dois mettre en balance les conséquences de ces tragédies et le prix de l’inaction», a-t-il expliqué, ajoutant,

«Les terroristes aussi font des victimes civiles, mais bien plus que nous. Ne rien faire n’est pas une option», a renchéri le président.

Même la plus petite opération «conventionnelle» est susceptible de causer plus de morts, plus de confrontation, et peut mener à une escalade et à un conflit.

En ciblant précisément les cibles [à l’aide de drones], nous choisissons la méthode qui est la moins susceptible de causer des dommages collatéraux.

Lors des guerres en Irak et en Afghanistan, des milliers de civils ont été tués, a rappelé le président.

Il a toutefois reconnu que la précision de ces attaques et le secret dont elles sont entourées exigent qu’elles soient soumises à la surveillance du Congrès et il a rappelé que les comités compétents du Congrès avaient été mis au courant de chacune de ces attaques dans le passé.

La Maison-Blanche a d’ailleurs publié, aujourd’hui, une «Fiche d’information sur les normes et procédures pour l’utilisation de la force dans les opérations de contre-terrorisme en dehors des États-Unis et dans les zones de conflit (Fact Sheet: U.S. Policy Standards and Procedures for the Use of Force in Counterterrorism Operations Outside the United States and Areas of Active Hostilities), où la politique de l’administration Obama en matière d’usage de drones est décrite en détails.

L’administration américaine avait reconnu mercredi être responsable de l’attaque de drone en 2011 au Yémen, qui avait tué l’imam radical américano-yéménite Anwar Al-Aulaqi accusé d’avoir été impliqué dans plusieurs attentats dont une tentative déjouée de justesse de faire sauter un avion de ligne américain fin 2009 au-dessus du territoire des États-Unis.

Dans un effort de transparence, la Maison-Blanche a aussi reconnu avoir tué trois autres Américains à l’étranger depuis 2009 dans le cadre des opérations antiterroristes.

Mais le président a déclaré que la nationalité américaine ne pouvait pas plus servir de bouclier à un citoyen des États-Unis qui décide de partir à l’étranger combattre l’Amérique qu’elle ne servirait de bouclier à un tueur, ici, qui se mettrait à tirer sur la foule.

En terminant cette partie de son allocution, le président a déclaré qu’il fallait trouver un moyen de combattre le terrorisme sans que l’Amérique soit perpétuellement obligée d’être sur un pied de guerre et, surtout, sans être entraînée dans une autre guerre dont elle ne veut pas.

Il faut fermer Guantanamo

Après avoir rappelé que ses tentatives de fermer la prison militaire de Guantanamo avaient été torpillées par le Congrès dans le passé en imposant des restrictions sur les transferts de prisonniers, le président a annoncé plusieurs mesures concrètes pour en arriver enfin à fermer la prison où, actuellement, 103 détenus sur 166 sont en grève de la faim.

Cette partie de son allocution a été ponctuée par l’intervention de la militante pacifiste américaine Medea Benjamin, qui ne cessait d’interrompre le président, lui demandant d’une voix stridente quand il comptait fermer Guantanamo, au point où celui-ci a dû faire une pause dans son discours alors qu’il s’apprêtait, justement, à dire quelles mesures il entendait prendre pour…fermer Guantanamo!

Le président a pu finalement reprendre le cours de son allocution et annoncer les mesures menant à la fermeture de la prison militaire située sur l’île de Cuba.

La première mesure annoncée est la levée du moratoire sur le transfert des prisonniers yéménites de façon à pouvoir «étudier ces dossiers cas par cas».

Ensuite, soulignant que, d’une part, l’appareil judiciaire américain s’était montré capable déjà de faire condamner plusieurs terroristes et que, d’autre part, personne ne s’était jamais échappé d’une prison américaine à sécurité maximale, Obama a dit qu’il allait redoubler d’efforts pour que le sort des prisonniers qui peuvent être poursuivis se règle en cour, sur le territoire américain, avec tout ce que cela implique.

Le président américain va d’ailleurs nommer, a-t-il dit lors de son intervention, une personne au sein du ministère de la Défense et au sein du ministère des Affaires étrangères des États-Unis dont la mission sera de trouver un endroit pour accueillir les prisonniers de Guantanamo.

Quant aux personnes trop dangereuses pour être libérées, mais ne pouvant être traduites en justice parce que les éléments de preuve que détiennent les autorités américaines ne seraient pas admissibles en cour, le président s’est dit confiant qu’une fois le processus de fermeture enclenchée, on pourra trouver une solution à ce problème.


Disours du Président Obama, le 23 mai, à L’Université nationale de la Défense, à Washinton, sur le contre terrorisme ( Vidéo: ExpressNews)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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