Les forces afghanes et pakistanaises s’affrontent à la frontière entre les deux pays

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Un soldat pakistanais patrouille le long de la ligne de contrôle (Photo: Archives/UrduDawn)
Un soldat pakistanais patrouille le long de la ligne de contrôle (Photo: Archives/UrduDawn)

De nouveaux affrontements au mortier ont eu lieu, ce lundi, entre les forces pakistanaises et afghanes au cœur des régions tribales séparant les deux pays. En cause, un différend frontalier tenace, récemment ravivé par la construction par le Pakistan de nouvelles installations.

«Le problème de cette construction à la frontière doit être résolu par nos gouvernements. Mais les troupes pakistanaises sont revenues aujourd’hui [lundi, ndlr] sur le site de construction, ce qui a provoqué des combats» pendant deux heures, a affirmé à l’AFP le porte-parole du gouverneur de Nangarhar, Ahmad Zia Abdulzaï.

De son côté, un officier pakistanais, cité sous couvert de l’anonymat, a affirmé que les troupes afghanes avaient lancé les hostilités «en ouvrant le feu au mortier et à l’arme automatique en direction du poste pakistanais de Gursal, dans la zone tribale pakistanaise de Mohmand». «Nos troupes ont alors riposté», a-t-il ajouté.

Ces deux représentants politique et militaire n’ont pas fait état de victime lors de ces heurts. Pour autant, un policier afghan avait trouvé la mort, le 1er mai dernier, lors d’échanges de tirs à la frontière qui sépare les zones tribales pakistanaises de la province afghane de Nangarhar.

Plusieurs manifestations nationalistes avaient alors eu lieu en Afghanistan. Même son de cloche, ce lundi, où plusieurs milliers de personnes sont de nouveaux descendus dans les rues de Kaboul, la capitale afghane, mais aussi à Khost, dans l’est du pays. Selon des journalistes de l’AFP, ils ont brandi des portraits du policier afghan «martyr», tout en scandant «Mort au Pakistan». Ils souhaitaient ainsi dénoncé la construction par le Pakistan d’installations frontalières. Nœud du problème, ces dernières empiéteraient, selon Kaboul, sur le territoire afghan.

La «ligne Durand» au cœur des tensions

L’occasion de relancer un contentieux tenace entre les deux pays à propos du tracé des frontières. Actuellement, l’Afghanistan et le Pakistan sont séparés par la «ligne Durand». Établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l’émir Abdur Rahman Khan et sir Mortimer Durand, elle devait séparer l’Afghanistan de ce qui était alors l’empire des Indes britanniques.

Jusqu’à la fin de la domination britannique en Inde, les Afghans ont accepté à contrecœur ce tracé, en dépit du fait qu’il divisait des tribus pachtounes. Mais, quand les Britanniques ont quitté l’Inde en 1947 et que la partie nord-ouest du territoire est devenue le nouvel état du Pakistan, les Afghans cessé de reconnaître la «ligne Durand» comme frontière. L’Afghanistan a alors affirmé que le Pakistan était un nouvel État, pas un successeur de l’Inde britannique, et que tous les traités sur les frontières antérieures avaient donc expiré.

Une revendication ferme réitérée, ce samedi, par le président afghan Hamid Karzaï. Ce dernier a en effet rappelé son refus de reconnaître le tracé actuel des frontières selon la «ligne Durand». Mais du côté d’Islamabad, on campe également sur ses positions. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a répondu à M.Karzaï, ce lundi, en déplorant «les déclarations comminatoires et provocantes de la part des responsables afghans» à propos du poste frontière de Gursal. La diplomatie pakistanaise a également jugé «close» l’affaire de la «ligne Durand».

Si l’Afghanistan reste secoué par les offensives régulières du régime taliban, le Pakistan apparaît comme un interlocuteur précieux dans le but de régler le conflit afghan. De nombreux insurgés ont en effet trouvé refuge du côté pakistanais de la frontière. Mais alors que les troupes internationales doivent quitter l’Afghanistan l’an prochain, les tensions ravivées entre les deux pays laissent resurgir la crainte d’un embrasement régional.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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