Les rebelles kurdes du PKK amorcent leur retrait de Turquie

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Comme annoncé le 25 avril dernier, les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont amorcé leur retrait de Turquie (Photo: Archives/Wikimedia Commons)
Comme annoncé le 25 avril dernier, les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont amorcé leur retrait de Turquie (Photo: Archives/Wikimedia Commons)

Dans le cadre d’un processus de paix avec Ankara, les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont entamé leur retrait de Turquie vers le nord de l’Irak. Une nouvelle étape vers la fin d’une insurrection vieille de 29 ans.

Après avoir annoncé, ce mardi, que le retrait des troupes du PKK commencerait, comme prévu, ce mercredi, la branche armée du mouvement rebelle, le HPG, a tenu à mettre en garde les autorités turques contre toute «provocation» qui pourrait mettre à mal cette opération. «Les opérations de reconnaissance incessantes de drones aériens retardent le processus de retrait», a affirmé le PKK.

S’inquiétant de mouvements des forces armées turques dans le sud-est du pays, son théâtre d’action, l’organisation, considérée comme terroriste en Turquie et dans d’autres pays, a ajouté que ces actes «n’affectent pas seulement le retrait mais préparent le terrain pour des provocations et des affrontements». Car dans le passé, le PKK a dû affronter à plusieurs reprises la répression de l’armée turque lors de trêves déclarées unilatéralement.

Une perspective qui laisse les dirigeants kurdes sur leur garde. Selahattin Demirtas, coprésident de la principale formation pro-kurde de Turquie, le Parti pour la paix et la démocratie (BDP), a ainsi confié à l’AFP sa crainte de voir des «forces obscures» endiguer le retrait des rebelles du pays.

«Nous ne nous attendons pas à une attaque de l’armée mais des forces obscures, des militants paramilitaires, qui ne sont pas sous le contrôle des forces gouvernementales, peuvent tenter de saboter l’opération», a-t-il déclaré. Confirmant le lancement du retrait, il a ajouté que «les combattants doivent sans doute profiter de la nuit pour se replier». Le PKK a annoncé que ses premières troupes devraient parvenir sur le sol irakien «en l’espace d’une semaine». Le nombre de rebelles kurdes actuellement en Turquie est estimé à 2 000, 2 500 combattants étant également présents dans les bases arrière du mouvement sur le sol irakien.

Du côté d’Ankara, on assure que le retrait est étroitement surveillé pour ne pas qu’il soit compromis. «Ce qui compte pour nous, c’est le résultat, nous avons l’impression que nous sommes proches du but», a ainsi confié le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement turc, Bülent Arinç, devant des journalistes. Pour le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, la paix est semble-t-il devenu la priorité, «même si ça doit me coûter ma carrière politique», a-t-il assuré. «Je suis prêt à boire du poison pour y parvenir», a-t-il martelé depuis plusieurs mois.

Le chef historique du PKK ordonne un cessez-le-feu puis un retrait des troupes

À l’initiative, le 21 mars dernier, du chef emblématique du PKK, Abdullah Öcalan, emprisonné à vie, le parti kurde a tenu à respecter un cessez-le-feu avant d’évoquer un retrait de ses troupes pour ce jour. Une information confirmée, le 25 avril dernier, par le numéro deux du mouvement, Murat Karayilan.

Dictant les directives à prendre pour son parti depuis son île-prison d’Imrali, près d’Istanbul, Abdullah Öcalan a progressivement modifié les revendications de son organisation. Si, au lancement de l’insurrection, en 1984, l’indépendance des territoires à majorité kurde constituait la volonté affichée des rebelles, ces derniers réclament aujourd’hui une plus vaste autonomie régionale dans un système fédéral turc. Entre 12 et 15 millions de kurdes vivent actuellement en Turquie, constituant ainsi près de 20% de la population totale.

Mais, en Turquie, cette volonté de rapprochement vers un processus de paix de la part d’Ankara inquiète. De nombreux observateurs y voient une stratégie politique de la part du gouvernement actuel. «Si tout ceci est fait pour de petits calculs, des bénéfices électoraux ou la présidence, le processus de paix n’avancera pas d’un pouce», a ainsi écrit Oguz Ender Birinci, rédacteur en chef du quotidien pro-kurde Ozgur Gundem.

Du côté des opposants au pouvoir, la nouvelle d’un accord entre Ankara et le PKK n’a pas été perçue d’un bon œil. Si l’opinion publique apparait divisée sur la question, l’opposition ne cache pas son mécontentement. «Ils ont tué, pillé, menacé, mis la Turquie à feu et à sang, maintenant ils s’en vont librement avec leurs armes», a titré le quotidien d’opposition Sözcü.

Simple stratégie politique ou réelle volonté de pacification, le comportement du gouvernement islamo-conservateur turc est au cœur de la controverse. Entre la méfiance des responsables kurdes et la contestation de l’opposition, Recep Tayyip Erdogan et les siens doivent désormais faire face à un défi de taille pour assurer une relative stabilité dans une région trop souvent bousculée.


Le PKK confirme son retrait de Turquie – 7 mai 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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