Les reporters du quotidien français Le Monde témoignent de l’usage de gaz toxiques en Syrie

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Un homme équipé d'un masque à gaz et un jeune garçon courent dans une rue d'Alep, dans le nord de la Syrie, en mars 2013 (Photo: Archives/Bulent Kilic/AFP)
Un homme équipé d’un masque à gaz et un jeune garçon courent dans une rue d’Alep, dans le nord de la Syrie, en mars 2013 (Photo: Archives/Bulent Kilic/AFP)

L’armée syrienne a eu recours à des produits chimiques lors d’attaques contre les rebelles sur le front de Jobar, à l’entrée de Damas, rapportent les reporters du quotidien Le Monde.

Rentrés en France, les journalistes ont effectué un reportage de deux mois, d’avril à mai, dans les environs de la capitale syrienne. Dès le 11 avril, les journalistes Jean-Philippe Rémy et Laurent Van Der Sockte témoignent de l’usage de produits toxiques dans la région.

«Dans le secteur ‘Bahra 1’, l’un des plus avancés en direction de la grande place stratégique des Abbasides, l’un des verrous de Damas, les hommes d’Abou Djihad, dit ‘Arguileh’ (narguilé), ont subi leur première attaque de cette nature le soir du jeudi 11 avril. Tous ont d’abord été pris au dépourvu», relate le journaliste Jean-Philippe Rémy dans l’article du Monde publié aujourd’hui. «Ils avaient entendu parler des ‘gaz’ utilisés sur d’autres fronts, dans d’autres régions de Syrie (notamment à Homs et dans la région d’Alep) au cours des mois écoulés, mais que faire, une fois confronté au phénomène ?», poursuit Rémy.

«Pas d’odeur, pas de fumée, pas même un sifflement indiquant l’éjection d’un gaz toxique. Puis sont apparus les symptômes. Les hommes toussent violemment. Les yeux brûlent, les pupilles se rétractent à l’extrême, la vision s’obscurcit. Bientôt, surviennent les difficultés respiratoires, parfois aiguës, les vomissements, les évanouissements», décrit Rémy.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius avait déclaré, le 29 avril, sur les ondes d’Europe 1 que «nous n’avons pas de certitudes. Il y a des indices donnés par les Britanniques, aussi par les Américains. Nous sommes en train de vérifier tout cela». Aujourd’hui, au sortir d’une réunion des ministres européens des affaires étrangères, le ministre français n’a pas évoqué directement les révélations du Monde, mais a fait part de son «inquiétude». «Il semble qu’il existe des présomptions de plus en plus étayées d’usage localisé d’armes chimiques. Elles nécessitent des vérifications très précises, nous le faisons».

Les dirigeants des pays de l’OTAN sont en désaccord sur l’emploi d’armes chimiques en Syrie. La semaine dernière, l’ONU avait à nouveau demandé à Damas de laisser entrer ses experts sur le territoire afin d’enquêter sur la suspicion d’attaques chimiques.

«La gravité des cas, leur multiplication, la tactique d’emploi de telles armes montrent qu’il ne s’agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d’une autre classe, bien plus toxiques», souligne Rémy. Un certain nombre de prélèvements ont été effectués (sur les victimes) et sont en cours d’étude, rapportent les médecins de la région interrogés par les journalistes.

«Les gaz utilisés sur les fronts le sont de manière ponctuelle, évitant des épandages massifs qui constitueraient facilement des preuves irréfutables», écrit Jean-Philippe Rémy. Le régime syrien nie l’utilisation d’armes chimiques et accuse les rebelles de cette pratique.

Étudiante en journalisme à l’Université de Montréal, Sara s’intéresse aux questions de géopolitique.

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