Liberté de la presse en 2013: RSF sort ses 39 «prédateurs» de l’information

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Pour dénoncer la situation critique des journalistes à travers le monde, Reporters sans frontières (RSF) a publié son rapport annuel, ce vendredi 3 mai, lors de la journée mondiale de la Liberté de la presse. L’occasion d’alerter l’opinion publique, à travers une campagne visuelle choc, sur les dérives de nombreuses personnalités influentes.

Carte de la liberté de la presse en 2013 (Photo: Reporters sans frontières)

Qu’ils soient chef d’État, homme politique ou religieux, milice ou organisation criminelle qui censurent, emprisonnent, enlèvent, torturent et parfois assassinent les journalistes, aucun n’est épargné dans cette nouvelle édition des «Prédateurs de la liberté de l’information en 2013». Ils sont 39. 39 à figurer dans cette liste aussi sinistre qu’inquiétante.

«Ces prédateurs de la liberté de l’information sont responsables des pires exactions contre les médias et leurs représentants. Leurs actions sont de plus en plus efficaces : 2012 a été une année historiquement violente pour les acteurs de l’information, avec un nombre record de journalistes tués», déplore Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières dans un communiqué de RSF. 18 ont ainsi trouvé la mort en Somalie au cours de la dernière année. Autant en Syrie. «Du 15 mars 2011 au 3 mai 2013, au moins 23 journalistes et 58 citoyens-journalistes ont été tués en Syrie. À ce jour, 7 journalistes sont toujours portés disparus», ajoute le rapport de RSF.

Dans cette fameuse liste, l’ONG internationale a tenu à actualiser ses têtes d’affiche. Cinq nouveaux «prédateurs» font ainsi leur entrée. Parmi eux, le nouveau président chinois Xi Jinping. Car «le changement d’individu ne remet en rien en cause le système liberticide porté à bout de bras par le Parti communiste chinois». Les dérives du Printemps arabe ont également leur place dans cette liste avec les membres et partisans du parti des Frères musulmans au pouvoir en Egypte. Selon l’ONG, ils «se rendent responsables d’actes d’agressions, de pressions et de harcèlement envers les médias indépendants et les journalistes critiques du parti et du président Morsi».

Le front Al-Nosra rejoint Bachar al-Assad parmi les «prédateurs»

La tragédie syrienne est aussi au cœur des attentions puisque l’organisation rebelle Jabhat al-Nosra rejoint le président Bachar al-Assad dans cette liste. Une manière de symboliser «l’évolution du conflit syrien» où des «groupes armés de l’opposition s’avèrent de plus en plus intolérants et suspicieux envers les médias». Enfin, au Pakistan avec les groupes armés Balochistan Liberation Army (BLA), Baluch Liberation Front (BLF) et Musallah Defa, ou encore aux Maldives avec les groupes religieux extrémistes, la liberté de la presse est en grand danger dans ces régions instables.

À l’inverse quatre d’entre eux font office de «bon élève» pour l’année 2012. Notamment l’ancien ministre somalien de l’Information et des Télécommunications, Abdulkadir Hussein Mohamed, ou encore le président birman Thein Sein, qui a permis la libération des journalistes emprisonnés dans son pays. Mais aussi l’organisation basque ETA, qui a annoncé la fin définitive de ses actions armées en 2011. Cependant, RSF «n’oublie naturellement pas les journalistes tués ou agressés par ETA et continue de demander que justice soit faite pour les actes commis».

Les forces de sécurité du Hamas et de l’Autorité palestinienne sortent également de cette liste noire car «le nombre de violations de la liberté de la presse qu’elles ont commises a considérablement diminué au cours des quatre dernières années». «Toutefois, la situation de la liberté de l’information reste préoccupante, en Cisjordanie et à Gaza», souligne le rapport.


Journée mondiale de la liberté de la presse: la Syrie dans le viseur – 3 mai 2013 (Vidéo: Euronews)

Une impunité dérangeante pour les régimes autoritaires

Dénonçant ainsi toute forme d’entrave à la liberté de la presse, RSF entend perpétuer son action qu’elle mène depuis près de 30 ans. Car plusieurs régions dans le monde regorgent, encore et toujours, d’une certaine instabilité politique et sécuritaire pour les populations civiles mais aussi les journalistes. Les théâtres de conflits, en Syrie, en Irak, au Soudan ou encore en Somalie traduisent la tâche des plus délicates que doivent mener les messagers de l’information. «Les dirigeants des régimes dictatoriaux et des pays les plus fermés coulent des jours paisibles tandis que la presse et les acteurs de l’information étouffent ou ont été réduits au silence», s’indigne RSF, en référence notamment au régime nord-coréen de Kim Jong-Un.

À en croire l’ONG, l’impunité règne en effet dans ces régions du globe car la justice est bien trop souvent éloignée de ces considérations. «Soit par manque de volonté politique de réprimer de telles exactions, soit parce que leur appareil judiciaire [des États]est inexistant ou affaibli, soit encore parce que les autorités sont responsables de ces exactions», assure le rapport. RSF appelle également «la communauté internationale à ne plus se cacher derrière les intérêts économiques et géopolitiques» pour faire face à ces dérives autoritaires. Car pour ces régimes, «le silence de la communauté internationale est plus que coupable, il est complice», poursuit le rapport.

Plus que dénoncer, RSF accuse. Tout au long du rapport, l’ONG «formule des actes d’accusation étayés dans l’espoir que ces individus ou ces mouvances soient un jour forcés de rendre des comptes à la justice». Pour ne pas que ces lignes restent sans lendemain, l’organisation souhaite ainsi «mettre en évidence le décalage entre leurs propagandes et la vérité». Un travail de terrain, de longue haleine afin de «démontrer leurs intentions profondes».

Le reporter-photographe français indépendant, Olivier Voisin, grièvement blessé en Syrie jeudi 21 février, a succombé à ses blessures (Photo: site RSF)
Le reporter-photographe français indépendant, Olivier Voisin, grièvement blessé en Syrie jeudi 21 février, a succombé à ses blessures (Photo: site RSF)

À travers une déclaration solennelle, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a tenu lui-aussi à rendre hommage, d’une autre manière, aux journalistes et photographes français Yves Debay et Olivier Voisin, décédés en reportage en Syrie. Mais aussi à toute la communauté journalistique. «En exerçant leur métier, leur devoir d’informer, c’est aussi notre liberté qu’ils défendent. Ils mettent des mots, des images et des sons sur les souffrances, et aussi sur les espoirs de ceux qui, sans eux, seraient condamnés au silence», a-t-il conclu. Une manière de symboliser le caractère parfois bafoué mais toujours indispensable de la liberté de la presse.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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