Nigéria: frappes aériennes et encerclement pour affaiblir les islamistes de Boko Haram

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Les forces armées nigérianes tentent actuellement d'encercler les islamistes de Boko Haram dans l'est du Nigéria (Photo: Archives/Gabonews)
Les forces armées nigérianes tentent actuellement d’encercler les islamistes de Boko Haram dans l’est du Nigéria (Photo: Archives/Gabonews)

Deux jours après avoir lancé un assaut contre les rebelles islamistes de Boko Haram dans l’est du pays, l’armée nigériane a annoncé, ce vendredi, avoir procédé à des frappes aériennes. Des opérations qui se poursuivent aujourd’hui alors qu’elles auraient déjà fait des dizaines de morts parmi les insurgés.

Face à la domination grandissante du groupe islamiste Boko Haram dans l’est du Nigéria, les autorités ont décidé de réagir par la manière forte. «Des frappes aériennes ont lieu depuis mercredi» et se poursuivent vendredi, a déclaré à l’AFP le brigadier général Chris Olukolade, porte-parole des armées. «Chacun de leur bastion est attaqué», a-t-il précisé avant d’ajouter que, selon lui, «des dizaines d’insurgés ont probablement été tués».

Dans le même temps, plusieurs opérations terrestres se poursuivent afin d’affaiblir l’organisation rebelle. Le président nigérian Goodluck Jonathan a déclaré l’état d’urgence, ce mardi à la télévision nationale, dans trois États du nord-est. Il a alors annoncé que des «mesures extraordinaires» étaient nécessaires pour répondre à l’escalade de violences actuelles menée par les islamistes de Boko Haram. Plusieurs milliers de soldats ont ainsi été déployés dans les États de Borno, Yobe et Adamawa.

Mais cette arrivée progressive des forces armées inquiètent les populations. Et pour cause, depuis 2009 et le début de l’insurrection islamiste, plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont dénoncé à de nombreuses reprises des exécutions sommaires et des violences envers les civils pratiquées par l’armée ou la police nigériane.

Une défiance vis-à-vis des autorités à laquelle le groupe Boko Haram a tenté de tirer profit. Un habitant du village de Krenuwa, dans le district de Marte, dans le nord de Borno, a ainsi confié à l’AFP qu’après le décret de l’état d’urgence, des islamistes armés ont parcouru le district et essayé de mobiliser les populations locales «pour se préparer à affronter les troupes nigérianes». Au cours de son offensive, l’armée a encerclé le village, amenant cet habitant à fuir sa maison, de crainte d’affrontements à venir.

L’armée ferme les frontières pour empêcher la fuite des islamistes

D’autre part, les militaires se sont déployés à proximité de la frontière camerounaise afin d’empêcher toute fuite des rebelles. Une tentative d’encerclement afin de cibler les bastions islamistes au cœur de la région.

À Gamburu Ngala, une ville située à la frontière camerounaise, dans le nord de Borno, des habitants ont rapporté vendredi que des troupes lourdement armées et des chars étaient arrivés mercredi pour fermer des postes-frontières jusque-là non gardés. S’il a confirmé le déploiement de troupes dans cette région, le brigadier général Chris Olukolade n’a pas évoqué la fermeture de ces postes-frontières.

Il s’agit néanmoins de l’opération militaire la plus importante contre Boko Haram depuis 2009. L’armée avait alors envahi Maiduguri, la capitale de l’État de Borno et fief de la secte islamiste. Les soldats y avaient tué plus de 800 personnes, forçant les insurgés à cesser leurs activités pendant une année.

Mais depuis, la situation est devenue déplorable pour les autorités dans l’est du pays, notamment dans l’État de Borno. Lors d’une réunion confidentielle tenue le 7 mai dernier, le gouverneur de Borno a expliqué à des conseillers militaires et des sénateurs venus en délégation que Boko Haram était sur le point de diriger l’État qui lui avait été confié.

«Ce que nous a raconté le gouverneur était effrayant. Il nous a informés de la possibilité que l’État passe sous le contrôle de Boko Haram, qu’ils [les islamistes, ndlr]avaient la possibilité de faire ce qu’ils voulaient», a déclaré le sénateur Abdoul Ahmed Ningi, dans des propos rapportés par l’agence Reuters.

D’après les services de sécurité nigérians, 10 des 27 municipalités de l’État de Borno seraient actuellement aux mains des rebelles de Boko Haram. Selon Reuters, certains parlent même d’une vingtaine de communes passées sous le contrôle des islamistes. Leader présumé de l’organisation et actuel chef du «conseil de la Choura», l’instance dirigeante de la secte extrémiste, Abubakar Shekau serait désormais sur le point d’imposer la charia, loi islamique, au sein de ses municipalités.

Une perspective qui a conduit l’armée à agir pour rétablir son autorité et sa légitimité. Mais au cœur de cette guerre ouverte, les populations de la région vivent depuis quatre ans au gré des régulières attaques rebelles et de la violente répression des forces armées. Sans savoir vers qui se tourner.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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