Nucléaire iranien: Téhéran se dit pacifique, Paris n’y croit pas

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Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, souhaite que les Casques Bleus remplacent la Misma au Mali (Photo: UN Photo/JC McIlwaine)
Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, souhaite accroitre «la pression diplomatique» sur Téhéran (Photo: Archives/UN Photo/JC McIlwaine)

Au lendemain de la publication du nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les réactions n’ont pas tardé à creuser un peu plus le fossé actuel des négociations entre l’Iran et les grandes puissances. La France demande notamment d’accroitre la pression diplomatique sur Téhéran.

Présentant l’installation de 700 nouvelles centrifugeuses en Iran depuis le début de l’année, ce nouveau rapport de l’AIEA «démontre que l’Iran continue de privilégier la voie du défi et du déni», selon Paris. Faisant fi des sanctions imposées par les Nations Unies, Téhéran poursuit sa politique opaque sur le dossier du nucléaire, selon la diplomatie française.

Le document de l’agence onusienne, diffusé ce mercredi, «confirme en effet que l’Iran a poursuivi l’approfondissement de ses activités nucléaires, en violation de multiples résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et du conseil des gouverneurs de l’AIEA». Un constat qui amène la France et ses partenaires internationaux à agir pour retrouver le chemin de négociations constructives.

«Nous discuterons dans les jours qui viennent avec nos partenaires du conseil des gouverneurs de l’AIEA de la réponse à apporter à ces informations. Elle devra permettre d’accroître sur l’Iran une pression diplomatique à la mesure de l’avancée de son programme nucléaire», a déclaré le porte-parole de la diplomatie française, Philippe Lalliot.

L’Iran note «le caractère pacifique» de son programme nucléaire

Mais la lecture de ce rapport n’a, semble-t-il, pas été la même entre Paris et Téhéran. Et pour cause, l’ambassadeur iranien à l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, s’est réjoui de ce document fourni par l’agence onusienne.

«Le rapport montre que l’Iran maîtrise totalement la technologie nucléaire, en particulier l’enrichissement d’uranium», a-t-il souligné depuis Vienne, cité par l’agence Fars. «Il souligne également le caractère pacifique du programme malgré la propagande des médias occidentaux», a-t-il ajouté.

Dans ce rapport, l’AIEA souligne que près de 700 centrifugeuses IR-2m et des enveloppes de centrifugeuses vides ont été installées, depuis le début de l’année, sur le site de Natanz. Pour autant, l’agence onusienne a également fait état d’une augmentation limitée du stock d’uranium enrichi. 324 kg d’uranium enrichi à 20% ont ainsi été produit, dont 140,8 kg ont été convertis en combustible.

«Cela a neutralisé les accusations et la campagne menée par certains pays occidentaux, notamment les États-Unis, contre l’Iran», a affirmé Ali Asghar Soltanieh. Ce dernier a également justifié le non-respect des résolutions des Nations Unies, sous prétexte qu’«elles n’ont pas de bases légales ni juridiques et ne sont pas applicables par conséquent».

Les États-Unis s’indignent contre le non-respect des obligations internationales de Téhéran

Une perspective loin d’être du goût des grandes puissances. «Au cours des 10 dernières années, l’Iran a effrontément ignoré les multiples résolutions du Conseil des gouverneurs [de l’AIEA, ndlr]tout en faisant progresser son programme d’enrichissement en violation flagrante de ses obligations internationales», s’est insurgé le porte-parole du département d’État américain, Patrick Ventrell.

Cette situation laisse peu de chances à une avancée concrète des négociations dans les prochaines semaines. D’autant plus que les élections présidentielles agitent la République islamique d’Iran. De l’aveu de nombreux observateurs, aucun consensus ne pourra ainsi être trouvé avant l’issue du scrutin qui se déroulera le 14 juin prochain.

Pour autant, les acteurs de ce dossier n’entendent pas en rester là. Les États-Unis ont ainsi évoqué leur préoccupation face à cette impasse des négociations. Pour la France, il s’agit désormais d’accroitre «la pression diplomatique». Mais l’Iran reste camper sur ses positions, martelant que son programme nucléaire n’a qu’une visée civile et qu’il ne sert en aucun cas à obtenir l’arme atomique.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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