Raids israéliens en Syrie: face aux accusations, Jérusalem se défend de prendre part au conflit

0
Des avions de guerre israéliens (Photo: Archives/Jack Guez/AFP)
Des avions de guerre israéliens (Photo: Archives/Jack Guez/AFP)

Après avoir mené une série de raids aériens à proximité de Damas, vendredi et dimanche dernier, Israël a assuré, ce mardi, qu’elle ne «s’impliquait pas dans la guerre civile en Syrie». Principale cible de l’État hébreu, le Hezbollah chiite libanais a rétorqué qu’il s’agissait d’une «agression» contre la Syrie.

«Nous ne nous impliquons pas dans la guerre civile en Syrie, mais nous avons annoncé quels étaient nos intérêts», a déclaré, ce mardi, le ministre israélien de la Défense Moshé Yaalon. «Nous avons fixé des lignes rouges, parmi lesquelles le transfert d’armes perfectionnées à des organisations terroristes comme le Hezbollah et d’autres, ou d’armes chimiques, ou la violation de notre souveraineté le long de la frontière», a-t-il ajouté, dans des propos retransmis par les radios israéliennes lors d’une inspection près de la bande de Gaza.

La tension monte dans la région et la crainte d’un débordement de la tragédie actuelle au-delà des frontières syriennes reste palpable. Ce lundi, le président Bachar Al-Assad a accusé Israël de soutenir les «terroristes» qui tentent d’abattre son régime. Il a également promis qu’il choisirait le moment opportun pour riposter aux frappes israéliennes contre son territoire. Dès dimanche, la télévision d’État syrienne a affirmé que «les missiles [syriens, ndlr] sont prêts pour frapper des cibles précises».

De son côté, Israël reste en état d’alerte pour palier à toute éventualité, notamment en cas de représailles du régime Assad. Selon Jérusalem, les raids menés au cours du week-end ont visé des cargaisons de missiles iraniens stockées en Syrie et destinées aux combattants du Hezbollah, ainsi que des stocks d’armes russes. Autre cible, déjà bombardée en janvier dernier, un centre de recherche scientifique à Jamraya, dans la périphérie de Damas.

Selon un bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, au moins 42 personnes ont péri dans ces raids successifs. Des raids menaçant la stabilité de la région à en croire les autorités iraniennes. Après avoir nié toute présence de ses armes lors des bombardements israéliens, Téhéran a prévenu que ces récentes attaques pourraient provoquer «des événements graves dans la région, desquels les États-Unis et le régime sioniste ne sortiront pas gagnants».

Le Hezbollah dénonce une «agression» d’Israël en Syrie

Même son de cloche du côté de Moscou. Principal allié du régime de Bachar Al-Assad, la Russie a en effet assuré qu’une telle manœuvre de la part d’Israël laissait naître un «risque d’apparition de foyers de tension» dans les pays voisins de la Syrie. Notamment au Liban où le Hezbollah est désormais impliqué aux côtés des forces du régime syrien pour lutter contre la rébellion actuelle.

Principale cible des frappes israéliennes, l’organisation chiite libanaise a tenu à rappeler, ce mardi, que ces raids ennemis entraient dans le cadre d’un complot international contre Bachar Al-Assad. Dans un communiqué, Naïm Kassem, numéro deux du Hezbollah, a déclaré qu’il y a eu «une agression contre la Syrie de la part d’Israël et cela montre que la Syrie est considérée comme un obstacle en travers de la route d’Israël qui lui résiste toujours fermement».

Il a également déploré la position des pays arabes, en grande partie favorables à la rébellion syrienne, vis-à-vis des raids menés par Tsahal, l’armée israélienne. «Où sont les différentes voix de la région et du monde arabe qui prétendent vouloir la libération de la Palestine ? Ce bombardement israélien est comparable aux moyens mis en œuvre par les takfiris [extrémistes, ndlr] pour détruire la Syrie et fait partie intégrante du complot contre elle», a-t-il conclu.

Quatre observateurs philippins enlevés sur le plateau du Golan

Alors que les récentes opérations aériennes menées dans le sud de la Syrie ont relancé les tensions entre l’État hébreu et le régime de Bachar Al-Assad, le plateau du Golan a été le théâtre, ce mardi, d’un nouveau tir d’obus. Autre point d’accroche entre les deux pays, cette région du sud-ouest de la Syrie, occupée en grande partie par Israël, a vu un obus de mortier tiré à partir du territoire syrien explosé dans la partie occupée par l’État hébreu. Une porte-parole de l’armée israélienne a ajouté qu’il n’y a eu ni victime ni dégât à l’issue de ce tir apparemment effectué à la suite de combats entre armée et rebelles syriens.

Quatre observateurs philippins des Nations Unies ont été enlevés, ce mardi, dans cette même région du Golan. Les quatre hommes, membres de la FNUOD [Force des Nations Unies pour l’observation du désengagement sur le Golan, ndlr], ont été capturés «par un groupe armé inconnu». Ils patrouillaient dans la zone-tampon entre Israël et la Syrie, près de la localité d’Al-Jamlah, selon la porte-parole de la mission onusienne, Joséphine Guerrero.

«Des efforts sont en cours pour les libérer», a-t-elle confié à l’AFP. En mars dernier, 21 observateurs philippins de cette même force des Nations Unies avaient déjà été enlevés sur le plateau du Golan par des rebelles syriens. Si l’identité des ravisseurs est, pour l’heure, inconnue, ce nouvel enlèvement démontre, une fois de plus, l’inquiétante instabilité régionale de ces dernières semaines.

Entre menaces et invectives, attaques et représailles, le conflit syrien semble prendre une ampleur de plus en plus importante. À tel point que les rivalités entre Jérusalem et Téhéran rejaillissent au niveau de Damas. Si aucun acteur de la scène régionale ne semble souhaiter un débordement de la guerre syrienne, les récents évènements amènent à la plus grande prudence diplomatique pour éviter toute prolifération dramatique.


Tensions avec la Syrie: Israël en état d’alerte – 7 mai 2013 (Vidéo: BFM TV)

À lire aussi:

Frappes israéliennes contre la Syrie: Ban Ki-moon lance un appel au calme >>

L’agence officielle syrienne Sana dénonce une attaque israélienne >>

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.