RDC: l’ONU dénonce les violences sexuelles perpétrées par l’armée et les rebelles

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En 2012, des enfants congolais réfugiés sur le site du Lac Vert, près de Goma, dans le Nord-Kivu., lors des combats entre les rebelles du M-23 et l'armée congolaise (Photo: Imane Gana Cherif, OCHA)
En 2012, des enfants congolais réfugiés sur le site du Lac Vert, près de Goma, dans le Nord-Kivu., lors des combats entre les rebelles du M-23 et l’armée congolaise (Photo: Archives/Imane Gana Cherif, OCHA)

Dans un rapport rendu public ce mardi, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’Homme en République démocratique du Congo (BCNUDH) affirme que plusieurs dizaines de cas de violence sexuelle ont été documentés en novembre dernier dans l’est du pays,. Les combattants rebelles du M23 mais aussi les Forces armées congolaises (FARDC) sont visés.

135 cas de violence sexuelle attribués aux éléments des FARDC, au moins 59 aux rebelles du M23. Le nouveau rapport du BCNUDH est éloquent. S’appuyant sur les évènements survenus entre le 15 novembre et le 2 décembre 2012, l’enquête des Nations Unies s’est attachée à démontrer les différentes atteintes aux droits de l’Homme perpétrées lors de l’avancée rebelle et le retrait des troupes gouvernementales dans l’est du pays.

À mesure de sa progression dans le pays, la rébellion du M23 est parvenue à prendre le contrôle des villes de Goma et de Sake, les 20 et 22 novembre derniers, dans la région du Nord-Kivu. Les membres de la FARDC se sont alors repliés du côté de Minova, dans la province du Sud-Kivu. Au cours de ce retrait, plusieurs violations ont été perpétrées «principalement au moment où les unités de cette armée quittaient les lignes de front pour se regrouper dans la ville de Minova», mentionne le rapport.

«C’est dans ce contexte qu’au moins 102 femmes et 33 filles ont été victimes de viols et d’autres actes de violence sexuelle perpétrés par des militaires des FARDC. Ces militaires ont également été responsables de l’exécution arbitraire d’au moins deux personnes, de violations du droit à l’intégrité physique d’au moins 24 civils, de plusieurs cas de travail forcé et du pillage généralisé de villages», ajoute-t-il.

59 cas de violence sexuelle lors de l’occupation de Goma et de Sake

Les rebelles du M23 sont accusés d’avoir perpétré 59 cas de violence sexuelle lors de l’occupation des villes de Goma et Sake, dans le Nord-Kivu, en novembre dernier (Photo: Archives/Phil Moore/AFP)

Les rebelles du M23 sont accusés, pour leur part, d’avoir perpétré des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire au moment-même de leur occupation à Goma et Sake. Le BCNUDH a ainsi évoqué «au moins 59 cas de violence sexuelle, dont 58 viols commis par des combattants du M23 à Goma et dans ses environs. Au moins 11 civils ont été exécutés arbitrairement et au moins deux autres ont été victimes d’une tentative d’exécution arbitraire par des combattants du M23».

Le rapport mentionne également «plusieurs cas de recrutement et d’utilisation d’enfants, de travail forcé, de traitement inhumain, cruel ou dégradant, et de pillage par les forces du M23 durant la même période».

«Les auteurs de ces crimes doivent savoir qu’ils seront poursuivis. La population congolaise a enduré un niveau intolérable de violence ces dernières années»,  a commenté la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, dans un communiqué. «Les violences sexuelles décrites dans le présent rapport sont particulièrement effroyables, tant par leur ampleur que par leur caractère systématique», a-t-elle poursuivi.

Mise sur pied en décembre dernier, une enquête judiciaire soutenue par la Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO) a permis, en mars dernier, la suspension de 12 officiers supérieurs pour leur implication dans les incidents de Minova.

L’armée congolaise «manque de discipline»

Le rapport du BCNUDH dénonce le « manque de discipline » de la part des membres de la FARDC (Photo: Archives/Imane Gana Cherif/OCHA)

S’il a réitéré le soutien de l’ONU vis-à-vis de cette enquête, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la RDC, Roger Meece, a assuré qu’«il faut qu’elle se poursuive de manière indépendante et crédible et que justice soit rendue». Il demande ainsi «une vérification systématique des antécédents des combattants et de leurs commandants dans le domaine du respect des droits de l’homme pour que l’armée congolaise puisse pleinement assurer la protection des civils».

Car selon le rapport des Nations Unies, les forces congolaises «[manquent]de discipline». Il évoque également leur «incapacité à protéger les civils». Cela pourrait être dû «en partie [à] l’intégration récurrente d’anciens rebelles dans l’armée nationale sans formation adéquate et [à] l’inexistence de mécanisme de contrôle approprié».

Une vision que partage Navi Pillay, soucieuse de l’image laissée aux populations congolaises. «Les efforts déployés récemment par les autorités de la RDC pour enquêter sur les violations commises dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu sont une étape importante dans le cadre de la reddition de comptes obligatoire. Mais il reste encore beaucoup à faire pour rendre justice aux victimes et pour rétablir la confiance de la population civile dans le système judiciaire congolais», a déclaré la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

Le rapport pointe ainsi du doigt de graves violations du droit humanitaire. Face aux actes déplorables tant des rebelles que des forces gouvernementales, les Nations Unies en appelle «de toute urgence» aux autorités congolaises et internationales pour qu’elles agissent en conséquent afin d’éviter toute impunité et toute nouvelle agression.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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