RDC: pour arrêter les combats, Kinshasa veut négocier et l’ONU se déployer

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Des Casques bleus de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) ( Photo: Archives/Sylvain Liechti /ONU)
Des Casques bleus de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) (Photo: Archives/Sylvain Liechti /ONU)

Au lendemain de la visite du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, les combats ont repris entre l’armée et les rebelles du M23 aux abords de Goma, en République démocratique du Congo (RDC). Les autorités se disent prêtes à reprendre les négociations alors qu’une nouvelle Brigade d’intervention de l’ONU sera opérationnelle d’ici «un à deux mois».

«Le gouvernement congolais est prêt à poursuivre les pourparlers de Kampala avec le M23 afin d’obtenir leur désarmement par la voie pacifique», a assuré le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende, ce vendredi.

Car après plusieurs mois de trêve, les affrontements entre les Forces armées congolaises (FARDC) et les rebelles du M23 ont repris, ce lundi, dans la zone de Mutaho, à une dizaine de kilomètres au nord de Goma.

Dans cette région proche de la frontière rwandaise, la visite, ce jeudi, du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a permis un cessez-le-feu temporaire. Jusqu’à que de nouveaux heurts éclatent, ce vendredi.

Une Brigade d’intervention des Nations Unies au profil offensif

Kinshasa entend ainsi mettre l’insurrection du M23 face à ses responsabilités. «La délégation du gouvernement n’a jamais quitté la table des négociations pour laisser seul les membres du M23. C’est la délégation du M23 qui a quitté les pourparlers de Kampala en exigeant la signature d’un cessez-le-feu pendant que nous n’avons pas déclaré la guerre», a martelé M. Mende.

Le mouvement rebelle avait en effet retiré, le 26 avril dernier, dix de ses douze négociateurs des pourparlers tenus en Ouganda. Un nouveau coup d’arrêt majeur au cœur de longues négociations, pour l’heure inabouties.

Au cœur de cette impasse, les Nations Unies ont ainsi décidé, en mars dernier, de déployer une nouvelle brigade d’intervention chargée de renforcer la mission actuelle en RDC (MONUSCO). Alors que les premières troupes sont récemment arrivées sur place, cette brigade de 3 000 hommes aura pour mission de «neutraliser les groupes armés» opérant dans l’est du pays. Elle sera opérationnelle d’ici «un à deux mois», comme l’a affirmé Ban Ki-Moon, ce jeudi.

L’accord d’Addis Abeba comme cadre à la paix des Grands Lacs

La Haute Représentante de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a, pour sa part, appelé à un «déploiement rapide» de cette brigade. Elle a ainsi exhorté «les parties concernées à la retenue et au strict respect des engagements pris dans le cadre de la conférence internationale pour la région des Grands Lacs et de l’Accord-cadre de paix, de sécurité et de coopération pour la RDC conclu à Addis Abeba en février 2013».

Ce dernier prévoit que les différents signataires protègent la souveraineté territoriale et préservent la paix et la stabilité de la RDC en s’abstenant, notamment, de soutenir tout groupe armé.

En visite, ce vendredi, à Kigali, Ban Ki-Moon a ainsi demandé au chef d’État rwandais, Paul Kagame, «d’user de son charisme politique pour la paix, sécurité et le développement dans la région des Grands Lacs».

Cet accord «est la meilleure chance de paix depuis de nombreuses années», a ainsi déclaré le secrétaire général des Nations Unies pour qui le Rwanda a un rôle «essentiel» à jouer pour garantir la paix dans l’est de la RDC. Soupçonnant les autorités rwandaises d’épauler l’insurrection en RDC, Ban Ki-Moon a appelé «tous les dirigeants [de la région, ndlr]à jouer leur rôle».

Les ONG humanitaires demandent la protection des civils

Mais au cœur de cette instabilité actuelle, les différentes ONG humanitaires tentent de poursuivre leur action malgré la poursuite des combats. Une situation périlleuse qui a amené le Comité internationale de la Croix-Rouge (CICR) à lancer, ce vendredi, un appel aux belligérants pour épargner les nombreux civils présents.

«Dans ces quartiers situés à proximité des combats vivent des milliers de personnes, parmi lesquelles des déplacés originaires d’autres localités de la province, qui sont venus s’y réfugier à la suite de précédents affrontements», a déclaré la responsable du CICR au Nord-Kivu, Rachel Bernhard.

«Aujourd’hui, habitants et déplacés se retrouvent à nouveau pris entre deux feux, au péril de leur vie», a-t-elle ajouté.

De son côté, Human Rights Watch a exhorté «les différentes parties à faire tout leur effort pour s’assurer qu’il n’y ait pas de victimes civiles lors des combats». Pour autant, une petite fillette de 2 ans a notamment péri, ce mercredi, suite à un tir d’obus d’artillerie sur un faubourg de Goma.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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