RDC: un an après la création du M23, 519 rebelles ont déserté

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Armes à main, les militaires de Fardc concentrés lors du défilé du 30 juin 2010. (photo: Ph. John Bompengo, Radio-Okapi)
Certains rebelles du M-23 ayant fait reddition ont intégré les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) (Photo: Archives/Ph. John Bompengo, Radio-Okapi)

Le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku, a annoncé, ce lundi, que 519 rebelles du M23 se sont rendus à l’armée congolaise depuis mai 2012, date de la création du mouvement. Certains d’entre eux ont même d’ores et déjà intégrés les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) qu’ils combattaient auparavant.

Un an après sa création, le mouvement du M23 poursuit sa rhétorique belliqueuse dans la région du Nord-Kivu. La semaine dernière, l’organisation rebelle a décidé de se retirer des pourparlers de Kampala, en Ouganda. S’il assurait ne pas fermer la porte aux négociations, le mouvement souhaitait ainsi démontrer son profond désaccord avec les autorités congolaises dans la région. Une manière également de rappeler que le déploiement à venir d’une nouvelle force des Nations Unies risque de mettre le feu aux poudres.

En un an d’existence, le M23 s’est forgé une importante réputation au cœur de la région des Grands Lacs. En visite ce vendredi en Ouganda, l’envoyée spéciale des Nations Unies s’est dit «gravement préoccupée par ce qui ressemble à une atmosphère de tensions croissantes et de rhétorique menaçante ces derniers jours en RDC».

Issu du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le mouvement créé en mai 2012 a d’abord dû faire face à la répression du gouvernement congolais. Mais sa faiblesse d’hommes et de moyens a rapidement été écartée. Le 20 novembre dernier, les rebelles ont en effet pris le contrôle de la ville de Goma.

Les Nations Unies n’ont alors pas tardé à mettre en cause les autorités voisines du Rwanda pour justifier cette force de frappe. Dans un texte mis en ligne par le New York Times, en décembre dernier, un groupe d’experts de l’ONU assurait que les informations recueillies les semaines précédentes tendaient à confirmer leur thèse selon laquelle «le gouvernement rwandais, avec l’Ouganda, a créé le M23, et qu’il a équipé, entraîné, conseillé, renforcé et commandé la rébellion».

Le Rwanda au cœur de la tourmente

Des accusations encore d’actualité puisque le Rwanda s’est encore défendu, mercredi dernier, d’avoir aidé, de quelle que façon que ce soit, la rébellion congolaise. Soupçonnées d’avoir renvoyé des rebelles du M23 ayant fui les combats dans le nord de la RDC, en mars dernier, les autorités rwandaises ont ainsi tenu à faire visiter le camp d’internement de ces rebelles afin de prouver leur bonne foi aux yeux de la communauté internationale.

Pour autant, la force de frappe du M23 est mis à mal par une atmosphère de crainte permanente, notamment face au déploiement à venir d’une brigade onusienne. De nombreux rebelles ont ainsi fuit les combats et se sont rendus aux autorités congolaises. Ils sont 519 selon le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku. Une partie de ceux-ci a même intégré les Forces armées congolaises (FARDC). Le porte-parole des FARDC a ainsi déclaré que «ces ex-combattants sont mis à la disposition de la hiérarchie militaire pour une décision finale». De quoi laisser planer quelques doutes sur une possible infiltration du M23.

«Pour permettre qu’il n’y ait pas d’infiltrés au sein de l’armée par ces redditions, nous voudrions que le gouvernement organise des centres de transit d’abord où ces gens doivent être rééduqués, où l’on doit évaluer les dossiers individuels de chaque élément, pour qu’on s’assure effectivement que l’on est en train de mener un processus qui pourra contribuer à la pacification de la province», a affirmé le porte-parole de la société civile du Nord-Kivu, Omar Kavota.

Un plan d’action à venir pour contrer le déploiement d’une brigade de l’ONU

Pour le porte–parole militaire du M23, Vianney Kazarama, le mouvement ne peut empêcher ceux qui veulent s’enfuir de partir. Interrogé sur BBC Afrique, il a tenu à réaffirmer la «détermination» des combattants qui sont restés, minimisant ainsi les récents départs. Il a néanmoins évoqué la nécessité d’une solution politique pour sortir du conflit actuel.

Mais en rapportant des témoignages d’anciens rebelles en reddition, BBC Afrique a également évoqué le cas des ex-membres du M23 toujours convaincus de lutter contre les forces congolaises. Pour autant, ces derniers ont également assuré que leur ancien mouvement avait d’ores et déjà prévu un plan d’action pour faire face au déploiement de la brigade des Nations Unies, qui sera chargée de neutraliser les groupes armés actifs dans l’est de la RDC. Ils ont également ajouté que des instructeurs rwandais sont en train d’assurer la formation des combattants du M23 et de leur montrer comment déstabiliser la région.

Car les négociations de Kampala, entreprises en janvier dernier, n’ont guère avancé, chaque parti restant camper sur ses positions. D’un côté, une insurrection qui entend poursuivre ses activités pour lutter contre les autres groupes armés de la région. De l’autre, un gouvernement qui souhaite voir la dissolution immédiate de l’organisation rebelle. En attendant, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, le 28 mars dernier, une résolution qui renforce la Mission de l’ONU en RDC. Entre reddition et affirmation, le M23 plie quelque peu. Mais il est loin de vouloir rompre.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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