Rebelles du M23: le Rwanda montre patte blanche à la communauté internationale

0
Des rebelles du M23 dans l'est de la RDC le 30 novembre 2012 (Photo: Archives/Phil Moore/AFP)
Des rebelles du M23 dans l’est de la RDC le 30 novembre 2012 (Photo: Archives/Phil Moore/AFP)

Soupçonnées d’avoir renvoyé des rebelles du mouvement congolais M23 ayant fui les combats dans le nord de la RDC, en mars dernier, les autorités rwandaises ont tenu, ce mercredi, à faire visiter le camp d’internement de ces rebelles afin de prouver leur bonne foi aux yeux de la communauté internationale.

«Ce ne sont que des pures inventions car comme vous l’avez remarqué vous-mêmes, [les rebelles]sont tous là. Et je peux vous assurer que le Rwanda n’a et n’aura jamais, n’a même jamais eu, l’intention de déstabiliser la sécurité de la région et encore moins de ses voisins». Par ces mots, la ministre rwandaise en charge des Réfugiés, Séraphine Mukantabana, a tenu à éclaircir la position du Rwanda à l’égard du conflit voisin en République démocratique du Congo (RDC), lors d’une présentation à des membres de la presse locale et internationale ainsi que des représentants du corps diplomatique.

Après avoir fui les combats avec une faction rivale dans le Nord-Kivu, région située dans l’est de la RDC, 682 rebelles du M23 ont traversé la frontière dans la nuit du 14 au 15 mars dernier, selon les autorités rwandaises. Accueillis dans le pays pour des raisons humanitaires, ils ont été désarmés et ont entrepris des démarches pour être démobilisés.

L’ancien chef politique du M23, Jean-Marie Runiga, a ainsi affiché sa volonté de voir la communauté internationale se montrer clémente avec les rebelles actuellement en reddition. «Nous demandons la levée des sanctions prises par le Conseil de sécurité contre certains membres du M23 qui sont ici et qui ont décidé de pouvoir renoncer aux mouvements rebelles dont le M23», a-t-il déclaré, dans des propos rapportés par RFI.

«Il n’y a aucun avenir dans ce mouvement armé»

Attestant que la récente reddition à la Cour pénale internationale (CPI) de l’ancien chef rebelle Bosco Ntaganda était une bonne chose, M. Runiga entend ainsi symboliser cette volonté d’ouverture de certains insurgés envers les autorités congolaises. Ce mardi, deux officiers du M23, le colonel Nzala Ngomo et le major Isaac Ngandu, se sont rendus aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à Goma, ville située au Nord-Kivu, à la frontière avec le Rwanda.

«Les gens n’ont plus le moral. Ils n’ont pas de salaire. Ces responsables du M23 nous trompent et font inutilement tuer les militaires. Il n’y a aucun avenir dans ce mouvement armé. Pour ceux qui me suivent en ce moment, je leur dis, que moi je suis bien ici [aux FARDC]. Je n’ai aucun problème. Vous devez quitter [le M23]et venir ici pour que nous construisions ensemble notre pays », a déclaré le colonel Nzala Ngomo devant la presse à Goma.

Pour lutter contre ces redditions actuelles, le mouvement rebelle, scindé depuis plusieurs mois en deux factions rivales, aurait établi depuis quelques semaines une base située à seulement trente mètres de l’entrée principale d’une position des casques bleus de la mission onusienne, du côté de Kiwanja, au Nord-Kivu. Une information dévoilée, ce mardi, par Radio Okapi, organe de presse cogéré par les Nations Unies en RDC. «Selon plusieurs sources, le but est d’empêcher des éléments du M23, qui le voudraient, de déserter et de se rendre à la Monusco», la mission de l’ONU en RDC, a évoqué Radio Okapi.

L’attitude «provocatrice» du M23 dénoncée dans le Nord-Kivu

Pour autant, les responsables du M23 ont démenti ces révélations, assurant que leur position la plus proche est à quelques huit cents mètres de la base des Casques bleus. Radio Okapi a cependant ajouter que «depuis le début du mois d’avril, 87 rebelles du M23 se sont déjà rendus à la Monusco dans le territoire de Rutshuru. Ils ont été regroupés à la section Désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation (DDRRR) de la mission onusienne à Goma».

Radio Okapi a également assuré, ce mercredi, que le M23 a nommé deux nouveaux administrateurs à la tête des territoires de Nyiragongo et Rutchuru, dans le Nord-Kivu. Une manœuvre jugée provocatrice par la société civile du Nord-Kivu. «Nous dénonçons ces nouvelles nominations du M23 qui ne font que renforcer une administration parallèle en province du Nord-Kivu. Et par cet acte nous réalisons que le M23 est en train de cracher sur les efforts de pacification et témoigne de sa détermination de balkaniser et de déstabiliser cette province», a déclaré le porte-parole de la société civile du Nord-Kivu, Omar Kavota.

Après l’arrêt des combats dans l’est de la RDC, les rebelles du M23 et les autorités congolaises avaient entrepris des négociations en janvier dernier du côté de Kampala, en Ouganda. Mais celles-ci n’ont guère avancé, chaque parti restant camper sur ses positions. D’un côté, une insurrection qui entend poursuivre ses activités pour lutter contre les autres groupes armés de la région. De l’autre, un gouvernement qui souhaite voir la dissolution de l’organisation rebelle. La semaine dernière, les membres du M23 ont décidé de quitter Kampala, assurant pour autant ne pas fermer la porte aux négociations.

Le M23 quitte les pourparlers de Kampala – 26 avril 2013 (Vidéo: Alqarra TV)

Le 28 mars dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, pour sa part, une résolution qui renforce la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo en créant pour la première fois une force d’intervention chargée de «neutraliser les groupes armés» opérant dans l’est du pays. Une force en cours de déploiement du côté de Goma pour assurer la sécurité dans la région.

Mais les dissensions internes entre une faction prête à négocier et une autre plus offensive, notamment contre la mission onusienne, minent pour l’heure l’efficacité diplomatique et militaire du M23. Bien qu’infirmant les accusations à son encontre, le Rwanda reste au cœur de la tourmente. Le journal congolais Le Potentiel a rapporté, ce mardi, que les FARDC auraient localisé trois missiles sol-air «livrés» à la rébellion du M23 par l’armée rwandaise, selon une source requérant l’anonymat. De nouvelles révélations qui alimentent les soupçons d’implication rwandaise dans ce conflit régional voisin.

À lire aussi:

Le général rebelle Bosco Ntaganda est maintenant détenu >>

RDC: l’ONU crée une force d’intervention rapide pour combattre les rebelles >>

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.