Séoul et Pékin veulent une dénucléarisation de la péninsule coréenne

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La Chine et la Corée du Sud ont rappelé, ce jeudi, leur volonté de dénucléariser la péninsule coréenne (Photo: Archives/KCNA)
La Chine et la Corée du Sud ont rappelé, ce jeudi, leur volonté de dénucléariser la péninsule coréenne (Photo: Archives/KCNA)

Réunis ce jeudi à Pékin, les représentants sud-coréen et chinois aux pourparlers à six pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne ont rappelé leur volonté d’interdire les installations nucléaires sur les territoires coréens, exigeant ainsi un effort diplomatique de la part de Pyongyang.

Le fond est commun mais la forme diverge. Lim Sung-nam et Wu Dawei, représentants respectifs de la Corée du Sud et de la Chine aux pourparlers à six, ont évoqué, ce jeudi, les quelques désaccords persistants entre Séoul et Pékin à propos du voisin nord-coréen. Comme le rappelle l’agence sud-coréenne Yonhap, les dirigeants chinois aimeraient une ouverture immédiate des pourparlers à six, réunissant ainsi autour de la table la Corée du Nord, les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud,  la Russie et le Japon. Des discussions qui ont débuté à partir du retrait de Pyongyang du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) en 2003.

«La Chine estime que la situation actuelle est assez positive à la vue de l’ambiance moins tendue selon une perspective militaire et de l’éventualité accrue d’un dialogue», souligne l’agence Yonhap. La fin des manœuvres militaires conjointes entre la Corée du Sud et les États-Unis, ce mardi, a notamment dessiné les contours d’un apaisement diplomatique mesuré. Mais pour l’heure, l’efficacité de ces rencontres à six n’a pas convaincu Séoul ou Washington.

À l’issue de leur rencontre, ce jeudi, les deux représentants sud-coréen et chinois ont ainsi appelé à un effort diplomatique de la part de Pyongyang. Si Séoul a ainsi réclamé «un changement d’attitude sincère» de son voisin nord-coréen, selon Yonhap, la rencontre de ce jour a permis d’affirmer les positions conjointes des deux pays.

Séoul, Washington et Pékin quasiment main dans la main

Le Secrétaire d’État américain John Kerry et le Président chinois Xi Jinping avaient rappelé, le 13 avril dernier, leur volonté d’avancer ensemble pour régler les tensions coréennes (Photo: Archives/Department of State)

Une vision également partagée par les États-Unis, comme l’a rappelé le secrétaire d’État John Kerry lors de sa visite à Pékin, à la mi-avril. «L’heure est critique», avait-t-il confié à cette occasion, emboitant ainsi le pas aux déclarations précédentes du président chinois Xi Jinping. Ce dernier avait assuré, quelques jours plus tôt, qu’«aucun pays n’a le droit de semer le chaos dans une région et dans le monde pour des motifs égoïstes».

Aux côtés de John Kerry, le conseiller d’État Yang Jiechi, véritable chef de la diplomatie chinoise, avait souligné que «cette question doit être traitée et résolue pacifiquement, par le dialogue et la consultation». Jusqu’alors principal allié diplomatique de Pyongyang, Pékin semble ainsi vouloir contraindre le régime de Kim Jong-Un à une ouverture pacifiée des négociations pour résoudre durablement les troubles et l’instabilité régnant depuis plusieurs mois sur la péninsule.

Le représentant sud-coréen Lim Sung-nam a ainsi appelé la Chine à jouer un «rôle constructif» au cœur de cette situation, faisant notamment référence au complexe industriel intercoréen de Kaesong, où l’activité est actuellement à l’arrêt depuis la fermeture décrétée par Pyongyang et le retrait total des travailleurs sud-coréens.

Pyongyang pourrait mettre en marche un réacteur nucléaire à eau légère

Car la préoccupation reste de mise au cœur de la région. Si les invectives respectives semblent se faire plus rares ces derniers jours, de nouvelles craintes ont surgi, ce jeudi, à l’issue des révélations de chercheurs américains. Ces derniers, membres de l’Institut «US-Korea» de l’Université John Hopkins de Washington, ont affirmé que Pyongyang pourrait commencer à faire fonctionner dans les prochaines semaines un réacteur nucléaire à eau légère. S’appuyant sur des images satellites prises en mars et en avril, démontrant selon eux la tenue des travaux finaux à l’intérieur du réacteur, les ressources nord-coréennes pourraient permettre au régime de Kim Jong-Un de faire fonctionner le réacteur pendant plusieurs années.

Si les chercheurs, Jeffrey Lewis et Nick Hansen, ont également assuré que la Corée du Nord aura besoin de plusieurs mois pour que la centrale devienne complètement opérationnelle, le voisin sud-coréen s’est montré préoccupé par ces informations. «S’il s’agit bien d’un réacteur à eau légère, il y aurait des obstacles considérables à son utilisation pour développer des armes nucléaires», a tempéré, ce jeudi, le porte-parole du ministère de la Défense, Kim Min-Seok, lors d’un point de presse à Séoul. Avant de se montrer plus méfiant, jugeant que «si c’est un réacteur d’une autre sorte, il pourrait être utilisé pour produire plus de plutonium».

Si la Corée du Nord a besoin du nucléaire pour subvenir aux besoins énergétiques de sa population, les manœuvres récentes amènent les dirigeants sud-coréens, chinois et américains à se montrer des plus méfiants quant à la stratégie menée par Kim Jong-Un. Tout en exigeant de ce dernier des efforts enfin significatifs.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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