Syrie: la France propose de classer le Front Al-Nosra comme «organisation terroriste»

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Un membre de la brigade Hamzah agite un drapeau du Front Al-Nosra, le 25 février 2013 à Deir Ezzor (Photo: Archives/Zac Baillie/AFP)
Un membre de la brigade Hamzah agite un drapeau du Front Al-Nosra, le 25 février 2013 à Deir Ezzor (Photo: Archives/Zac Baillie/AFP)

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a proposé, dans un entretien au journal Le Monde, paru ce jeudi, de classer le Front Al-Nosra comme «organisation terroriste au sens de l’ONU». L’occasion pour la France d’apporter son soutien envers «l’opposition modérée» actuellement aux prises avec le régime de Bachar Al-Assad.

Pour la première fois depuis le début du conflit syrien, la France a tenu à se montrer ferme vis-à-vis des rebelles du Front Al-Nosra. «Nous proposons de classer comme ‘organisation terroriste’ au sens de l’ONU le Front Al-Nosra, opposé à Bachar Al-Assad mais filiale d’Al-Qaïda», a ainsi déclaré le ministre français des Affaires étrangères.

Il s’agirait d’«une procédure commune avec les Anglais pour déposer la demande de classification devant le comité des sanctions des Nations unies», selon une source diplomatique citée par l’AFP. Pour Laurent Fabius, l’idée est d’appuyer «l’opposition modérée», à savoir la Coalition nationale syrienne (CNS). Cette dernière «doit s’élargir, s’unifier et garantir clairement à chaque communauté le respect de ses droits en cas de changement de régime», selon le ministre français.

Car, pour l’heure, le positionnement diplomatique des différents acteurs internationaux sur le conflit syrien reste ambigu. Quand la Russie continue de fournir des armes au régime de Bachar Al-Assad, la France et la Grande-Bretagne envisagent d’en faire de même avec la rébellion. Mais la présence de djihadistes dans les rangs de cette dernière a remis en cause leur volonté commune. La récente proposition franco-britannique entend ainsi distinguer clairement les acteurs de la rébellion.

Le Front Al-Nosra dément la blessure de son chef près de Damas

Déjà classé sur la liste des organisations terroristes des États-Unis depuis le 11 décembre dernier, le Front Al-Nosra a annoncé, le 10 avril dernier, qu’il prêtait allégeance au chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. Une manière d’officialiser la présence de combattants extrémistes dans les rangs de l’opposition. En première ligne des combats, l’organisation extrémiste tente de démontrer sa puissance et sa force de frappe en attaquant de toute part le régime de Bachar Al-Assad. Avec un but ultime, celui d’instaurer un État islamique en Syrie.

Quelques heures après l’annonce, ce mercredi, de la blessure de son chef Abou Mohammed al-Joulani près de Damas, l’un des dirigeants d’Al-Nosra, Al-Gharib al-Muhajir al-Qahtani, a d’ores et déjà démenti les informations révélées par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). «Chers frères, ce que certaines chaînes ont rapporté concernant la blessure du cheikh al-Joulani à Damas n’est pas vrai, Dieu merci», a-t-il déclaré sur Twitter.

La branche plus modérée, regroupée autour de la CNS et de l’Armée syrienne libre (ASL), tente, pour sa part, de poursuivre la lutte féroce contre les forces du régime syrien. Pour Laurent Fabius, la perspective de livrer des armes est toujours une option mais la méfiance reste de mise. «D’un côté, il n’est pas question que les résistants et les civils continuent d’être bombardés : ils demandent légitimement les moyens de se protéger. De l’autre, on ne peut pas leur fournir d’armements susceptibles de tomber dans les mains du régime ou de mouvements terroristes», a-t-il rappelé.

Du côté de Londres, la décision semble prise puisque les dirigeants britanniques ont fourni à leurs homologues européens, la semaine dernière, un document de quatre pages plaidant pour la fourniture d’armes à la CNS.

«Il faut bouger et bouger vite», selon le chef de la diplomatie française

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, recevait le vice-président de la coalition syrienne, Riad Seif, le 28 janvier dernier (Photo: Archives/Ministère des Affaires étrangères/Frédéric de La Mure)
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, recevait le vice-président de la coalition syrienne, Riad Seif, le 28 janvier dernier (Photo: Archives/Ministère des Affaires étrangères/Frédéric de La Mure)

En ce qui concerne les suspicions de plus en plus tenaces d’utilisation d’armes chimiques au cours du conflit, Laurent Fabius a tenu à se montrer prudent sur la question. «Il existe des indices en ce sens mais pas de preuves. Nous creusons cette question importante», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’«il faut bouger et bouger vite».

Car la situation reste urgente et les négociations doivent se multiplier pour espérer mettre un terme à cette tragédie syrienne. C’est en tout cas ce que propose le chef de la diplomatie française. Ce dernier espère ainsi un «Genève II, faisant suite à la réunion de Genève en juin 2012 qui avait failli réussir».  Un accord de transition avait alors été trouvé entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne), l’Union européenne, des pays représentant la Ligue arabe, la Turquie et les secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l’ONU.

Pour autant, celui-ci n’a jamais été appliqué mais la France semble avant tout militer pour une solution politique. «Il n’y aura pas de victoire militaire en Syrie telle qu’est la situation aujourd’hui. Il faut appeler les uns et les autres à se mettre à la table des discussions», a ainsi déclaré le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ce mercredi, sur BFM TV. «Nous faisons partie du noyau de ceux qui peuvent peser», a renchéri Laurent Fabius.

Ce dernier a ainsi rejeté toute accusation d’attentisme à l’égard du conflit syrien. Évoquant la «grande conférence des amis de la Syrie à Paris», la reconnaissance de la Coalition nationale syrienne ou encore l’accréditation d’un ambassadeur de la CNS à Paris, le ministre français a rappelé son soutien à l’opposition. Une opposition affaiblie par ses divisions. Mais aussi par un soutien international qui peine à se concrétiser, notamment sur le plan financier. L’insurrection attend désormais des preuves du bon vouloir de ses alliés déclarés. Sous peine de subir, des semaines et des mois durant, les agressions du régime syrien.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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