Syrie: la rébellion condamne l’acte d’éviscération d’un de ses soldats

0
Des rebelles syriens exhibent leurs armes dans les rues d'Alep, le 22 mars 2013 (Photo: Archives/Bulent Kilic/AFP)
Des rebelles syriens exhibent leurs armes dans les rues d’Alep, le 22 mars 2013 (Photo: Archives/Bulent Kilic/AFP)

Depuis plusieurs jours, une vidéo qui n’a pu être authentifiée montre un homme se présentant comme un combattant rebelle attrapant et mordant le cœur d’un soldat syrien. Un acte de cannibalisme qui a déclenché un tollé au sein de la Communauté internationale mais aussi de la rébellion.

«Tout acte contraire aux valeurs pour lesquelles le peuple syrien verse son sang […] ne passera pas sous silence et le coupable sera puni sévèrement, même s’il s’agit d’un membre» de la rébellion, a affirmé dans un communiqué le commandement de l’état-major de l’Armée syrienne libre (ASL). Pour la principale composante de la lutte contre le régime de Bachar al-Assad, cette barbarie affichée est inconciliable avec les desseins de la rébellion.

«Les auteurs» de cette vidéo seront détenus et jugés, a-t-elle précisé, avant de saluer «tout rôle joué par les journalistes citoyens pour révéler ce genre d’actes, dans l’intérêt de notre cause». Le communiqué précise également l’ouverture imminente d’une enquête sur cette «vidéo mise en ligne sur les réseaux sociaux et dans laquelle la personne, qui prétend être membre de l’ASL, commet un acte monstrueux contre le cadavre attribué à un soldat du régime criminel». «Personne ne peut justifier de tels actes ignobles», a renchéri Anas Abou Zeid, commandant rebelle à Raqqa, cité par l’AFP.

Pour sa part, la Coalition nationale syrienne (CNS) a «fermement» condamné cet acte, «s’il est avéré». «La Coalition souligne qu’un tel acte est contraire aux valeurs morales du peuple syrien, de même que les valeurs et les principes de l’Armée syrienne libre», ajoute le communiqué de l’opposition.


Un rebelle syrien se rend coupable d’un acte d’éviscération sur un soldat (Vidéo: France24)

Le combattant assure avoir une autre vidéo d’exaction

Le magazine américain Time a, de son côté, attesté que cette vidéo n’a pas été trafiquée. Le journal a même interrogé l’auteur présumé de cet acte, identifié sous le nom de Khalid Al-Hamad. Dans un entretien effectué via Skype, le combattant syrien a assuré avoir agi de la sorte après avoir découvert dans le téléphone portable du soldat tué des vidéos montrant ce dernier en train d’«humilier» une femme nue et ses deux filles.

«Moi-même j’ai une autre vidéo […]. J’y découpe un ‘chabih’ [milicien pro-régime]avec une scie. La scie qu’on utilise pour couper des arbres. Je l’ai découpé en petits et en grands morceaux», a-t-il ajouté. Il s’en prend ainsi aux alaouites, minorité de laquelle est issue le président syrien Bachar al-Assad, pour répondre aux massacres perpétrés par les forces du régime, notamment à Baba Amr, quartier symbolique de la ville de Homs (centre) que l’armée a repris au prix d’une offensive sanglante.

Sur les images, le combattant découpe le cœur et le foie du soldat avant de lancer: «Nous jurons devant Dieu que nous mangerons vos cœurs et vos foies, soldats de Bachar». «Oh héros de Baba Amr, massacrez les alaouites et découpez leur cœur pour le manger», ajoute-t-il ensuite.

«Ce n’est pas nous qui avons commencé, ce sont eux qui ont commencé. Notre devise, c’est œil pour œil, dent pour dent», a martelé, dans son entretien avec le Time, celui qui a pris pour nom de guerre Abou Sakkar.

Washington se dit «horrifié» par cette vidéo

Après avoir fait le tour du monde, la vidéo a déclenché une vague de consternation. Washington s’est notamment dit «horrifié» par de telles images. «Nous avons dit très clairement que toutes les parties au conflit devaient respecter le droit humanitaire international», a rappelé un porte-parole du département d’État américain, en précisant avoir parlé de cet acte aux chefs rebelles. Ces derniers ont ainsi assuré que ce «genre d’agissements n’était pas représentatif de la grande majorité de l’opposition armée».

Mais pour Human Rights Watch (HRW), le Conseil de sécurité des Nations Unies doit avant tout saisir la Cour pénale internationale (CPI) afin de lutter contre l’impunité de telles atrocités. L’ONG internationale a également appelé, ce lundi, toute partie le pouvant à «empêcher cette brigade d’obtenir des armes».

«On ne sait pas si la brigade dépend du commandement de l’Armée syrienne libre mais la Coalition de l’opposition syrienne et l’Armée syrienne libre devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour que ceux qui commettent des crimes de guerre répondent de leurs actes et pour empêcher de tels abus par quiconque se trouve sous leur commandement», a ajouté Human Right Watch.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.