Syrie: le nettoyage ethnique en pays alaouite se confirme

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Massacre à Al-Bayda (Photo: Archives/Al-Arabiya)
Massacre à Al-Bayda (Photo: Archives/Al-Arabiya)

Ce qu’on craignait s’est réalisé: après al-Bayda, Banias. Au moins 62 corps, dont 14 enfants, ont été découverts samedi dans un quartier de Banias, pris d’assaut la veille par les forces du régime de Bachar al-Assad, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), et le bilan pourrait s’alourdir.

«Des dizaines de corps d’habitants tués vendredi lors de l’assaut de l’armée et des membres alaouites de l’Armée de défense nationale [milice pro-Assad, ndlr]dans le quartier de Ras al-Nabaa à Banias, habité par des sunnites, ont été retrouvés samedi», rapporte l’OSDH, qui précise qu’on a «pu identifier 62 corps, dont 14 enfants, mais ce nombre peut augmenter, car des dizaines de citoyens sont toujours portés disparus».

Banias est une «enclave» à demi sunnite en pays alaouite.

Banias compte 40 000 habitants dont 50% de sunnites et 45% d’alaouites, la minorité dont est issue Bachar al-Assad. Les villages sunnites du sud de Banias abritent quant à eux environ 20 000 personnes.

Mais, à l’échelle de la province de Tartous, dont fait partie Banias, les sunnites ne sont que 10% , contre 80% d’alaouites.

Le régime du président syrien Bachar al-Assad, lui-même issu de la minorité alaouite, s’est toujours appuyé sur la minorité alaouite, chiite et laïcisante, contrairement à la majorité sunnite, qui représente l’orthodoxie dans l’islam et pour qui les autres groupes sont des hérétiques.

Le pays alaouite (Tartous, Lattaquié) pourrait être le dernier bastion où, en cas de défaite, les forces d’Assad trouveraient refuge et, pour cette raison, le régime, incapable d’y tolérer la présence d’alliés potentiels des rebelles, pourrait être tenté de procéder dès maintenant à un nettoyage ethnique sur ce territoire.

La Coalition de l’opposition affirme, pour sa part, que «la multiplication des tueries se transforme en opération de nettoyage ethnique qui ressemble à celle menée par les forces serbes en Bosnie il y a vingt ans», faisant allusion au conflit en ex-Yougoslavie.

Ce début de nettoyage ethnique provoque en outre un exode de la population sunnite vivant en pays alaouite.

Après ces massacres, al-Bayda vendredi et Banias aujourd’hui,, des centaines de familles fuyaient samedi les quartiers sunnites.

La France, pour sa part, a immédiatement exprimé son indignation suite aux massacres perpétrés contre les populations sunnites de la ville portuaire de Banyas. «Elle condamne avec la plus grande force cet acte odieux, qui illustre l’intensification de la violence en Syrie et est constitutif d’un crime de guerre.», dit un communiqué du ministère français des Affaires étrangères, publié vendredi.

Les États-Unis, à leur tour, se sont dits ce samedi «horrifiés» par ces massacres, prévenant que «les responsables de violations des droits de l’homme devront rendre des comptes».

Raid israélien

L’aviation militaire israélienne aurait mené un raid en Syrie, selon des responsables américains cités par les médias, rapporte ce matin l’AFP.

«Les agences américaines et occidentales du renseignement ont examiné des données classifiées montrant qu’Israël a très probablement mené un raid aérien dans la période de jeudi à vendredi» alors que ce pays faisait voler des avions de combat au-dessus du Liban», annonce la chaîne d’information continue CNN, citant deux responsables américains.

La chaîne de télévision NBC, pour sa part, affirme que «la principale cible d’Israël était une cargaison d’armes destinées au Hezbollah au Liban».

Israël n’a pas confirmé l’attaque, mais un responsable de la Défense israélienne a déclaré à la presse qu’«Israël suivait la situation en Syrie et au Liban, tout particulièrement au sujet du transfert d’armes chimiques et d’armes spéciales».

Pour sa part, le président américain a estimé samedi, lors d’un entretien au Costa Rica, dernière étape de sa tournée en Amérique latine, qu’Israël avait le droit de vouloir se protéger contre un transfert d’armes syriennes au Hezbollah libanais, refusant toutefois de confirmer ou d’infirmer un raid israélien visant des armements syriens.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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