Syrie: les rebelles syriens pris en étau à Qousseir

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Image tirée d'une vidéo de Youtube montrant les bombardements de la ville de Qousseir en Syrie, le 26 mai 2013 (Photo: Al-Qusayr Media Center/AFP)
Image tirée d’une vidéo de Youtube montrant les bombardements de la ville de Qousseir en Syrie, le 26 mai 2013 (Photo: Al-Qusayr Media Center/AFP)

Des troupes d’élite syriennes et des combattants du mouvement libanais Hezbollah encerclaient mercredi les rebelles retranchés dans le nord de Qousseir, ville clé au menu des débats du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

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Mise à jour, 29/05/13 à 15h18

L’armée syrienne, épaulée par le Hezbollah libanais, a annoncé s‘être emparée de l’aéroport de Dabaa, prémice d’une offensive de tous les côtés contre les rebelles à Qousseir, au moment où Washington exigeait «le retrait immédiat» du Hezbollah de Syrie.

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Dans le même temps, la Russie a estimé que la levée par l’Union européenne de l’embargo sur les livraisons d’armes aux insurgés posait «de sérieux obstacles» à la conférence internationale de paix sur la Syrie baptisée «Genève-2», qu’elle prépare pour juin avec les Etats-Unis.

Le régime y a donné son accord de principe et l’opposition, rongée par ses divisions, n’est toujours pas parvenue à prendre une décision, alors que les violences ont fait plus de 94.000 morts depuis mars 2011 selon une ONG, dévasté le pays et poussé à la fuite plus de cinq millions de Syriens.

Une prise totale de Qousseir (centre-ouest), à la frontière de régions libanaises fiefs du mouvement chiite Hezbollah, allié de Damas, constituerait un grand avantage pour le pouvoir avant la conférence internationale.

Carte de localisation de la ville stratégique de Qousseir en Syrie (illustration: AFP)

La télévision d’Etat syrienne et la chaîne Al-Manar du Hezbollah ont annoncé que les forces du régime avaient repris aux rebelles l’ancien aéroport militaire de Dabaa, bloquant ainsi la seule route permettant de sortir de la ville par le nord, secteur dans lequel sont retranchés les rebelles.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a cependant rapporté que des combats acharnés se déroulaient encore dans cet aéroport situé à 6 km de Qousseir, ainsi que dans la ville, visée par des raids aériens.

Selon Rami Abdel Rahmane, chef de l’OSDH, «le Hezbollah et les forces spéciales de la garde républicaine, qui sont les mieux entraînées de l’armée syrienne, ont envoyé des renforts à Qousseir» pour prendre le nord et l’ouest, défendus avec acharnement par les rebelles.

Guerre confessionnelle

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a estimé que le Hezbollah avait déployé 3 000 à 4 000 combattants en Syrie.

A Genève, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a commencé à se pencher sur un projet de résolution non contraignante condamnant l’intervention de «combattants étrangers» à Qousseir, en allusion au Hezbollah, fer de lance de l’assaut lancé le 19 mai contre la cité désormais contrôlée à 80% par l’armée.

Le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Navi Pillay, a estimé que «le nombre croissant de soldats étrangers qui traversent la frontière de part et d’autre ne fait qu’encourager la violence confessionnelle».

Capture d’écran d’une vidéo déposée sur Youtube, le 26 mai 2013, et montrant des combats dans la ville de Qousseir, dans le centre de la Syrie ((Photo: Al-Qusayr Media Center/AFP)

Les États-Unis se sont dits «réellement préoccupés par l’augmentation spectaculaire» du rôle du Hezbollah en Syrie et du risque afférent de déstabilisation de la région.

Selon M. Abdel Rahmane, «des combattants sunnites libanais» se battent en outre du côté des rebelles, donnant au conflit «de plus en plus une dimension confessionnelle».

Le régime en Syrie est dirigé par la communauté minoritaire alaouite, une branche du chiisme, tandis que la majorité de la population syrienne et des rebelles sont des sunnites.

Le contrôle de Qousseir est essentiel pour la rébellion, cette ville se trouvant sur le principal point de passage des combattants et des armes en provenance et en direction du Liban. Et aussi pour le régime car la cité est située sur la route reliant Damas au littoral, sa base arrière.

La décision de l’Union européenne de lever l’embargo sur les armes à l’opposition armée, a accentué les divisions internationales, les Russes la dénonçant et les Américains la soutenant. Cette décision, qui ne sera pas immédiatement appliquée, conforte néanmoins Moscou dans ses livraisons d’armes au régime de Damas.

Le Royaume-Uni a par ailleurs informé la semaine dernière l’ONU de nouveaux cas présumés d’utilisation d’armes chimiques «depuis avril »»dans le conflit.

De son côté, l’Iran, allié régional de la Syrie qui n’est pas invité à la conférence de Genève-2, a dit souhaiter une «solution politique» en Syrie, lors d’une conférence internationale organisée à Téhéran en l’absence des parties en conflit.

La Coalition nationale de l’opposition, toujours dans l’impasse après une semaine de concertation à Istanbul concernant son élargissement et sa participation à des négociations à Genève, a reçu mercredi la visite du ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu.


Syrie: un «cauchemar» se profile selon Navi Pillay (Vidéo: AFP)

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