Syrie: risque de contagion et d’éclatement au Liban, prévient Ban Ki-moon

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Une livraison de denrées alimentaires du PAM à Alep en Syrie (Photo: OCHA/Gemma Connell)
Une livraison de denrées alimentaires du Programme Alimentaire Mondial, à Alep en Syrie (Photo: OCHA/Gemma Connell)

Dans le conflit syrien, il importe, estime le Secrétaire général de l’ONU, d’éviter la contagion et le débordement du conflit, surtout au Liban, qui aurait tout intérêt à se tenir loin de ce conflit qui risque de le faire replonger dans un passé douloureux.

Ban Ki-moon, faisant part dimanche de son extrême préoccupation devant l’intensité des combats en Syrie et les risques accrus de contagion au Liban, a demandé à toutes les parties de s’accorder sur une solution politique au conflit. «Le Secrétaire général est très inquiet par la participation du Hezbollah au conflit en Syrie, alors que le Liban a connu des tensions croissantes la semaine dernière», a indiqué le porte-parole du Secrétaire général.

Après que le chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, Hassan Nasrallah, eut annoncé dans un discours à ses partisans son soutien au président syrien Bachar al-Assad, deux roquettes Grad de 122 mm se sont abattus sur le quartier de Chiyah, en banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.

«Tous les acteurs régionaux doivent agir de manière responsable, s’abstenir de toute rhétorique incendiaire afin d’apaiser les tensions», a déclaré Ban Ki-moon, ajoutant «Une stricte adhésion à la Déclaration de Baabda permettra de préserver la sécurité et la stabilité du Liban», et exhortant tous les responsables libanais à renouveler leur engagement en sa faveur.

La Déclaration de Baabda

La Déclaration de Baabda de juin 2012, qui tient son nom du palais présidentiel libanais où elle a été adoptée, vise la préservation de la neutralité du Liban.

La Déclaration de Baabda prévoit, notamment:

  • de tenir le Liban à l’écart de la politique des axes et des conflits régionaux et internationaux, et lui éviter les répercussions négatives des crises et des tensions régionales
  • d’œuvrer à maîtriser la situation le long de la frontière libano-syrienne et ne pas permettre l’établissement d’une zone tampon au Liban ni l’utilisation du territoire libanais comme lieu de regroupement, de passage ou comme base pour le trafic d’armes et de combattants, sans que cela n’affecte le droit à la solidarité humanitaire et à l’expression politique et médiatique garantie par la Constitution et la loi.

Par ailleurs, Les Accords de Taëf d’octobre 1989, destinés à mettre fin à la guerre civile libanaise qui a duré de 1975 à 1990, prévoyaient quant à eux qu’il fallait «éviter à tout prix que le Liban devienne une source de menace à la sécurité de la Syrie, ou la Syrie une source de menace à la sécurité du Liban»

« En vertu de quoi», disaient les Accords de Taëf « le Liban ne permettra pas qu’il soit un passage ou un foyer pour toute formation, État ou organisation qui aurait pour but de remettre en question sa sécurité ou celle de la Syrie. De même que la Syrie, soucieuse de la sécurité du Liban, de son indépendance et de son unité ainsi que l’entente de ses fils, ne permettra aucune action susceptible de menacer la sécurité du Liban, son indépendance et sa souveraineté.»

La Déclaration de Baabda demande donc aussi aux parties de «Demeurer attachés à l’accord de Taëf et poursuivre la mise en œuvre de toutes ses dispositions, […] en prenant en compte toute volonté d’évolution, d’amendement ou d’explication par le consensus et conformément et […] après avoir préparé le terrain pour cela dans le cadre du dialogue.»

Ce respect des Accords de Taëf doit également s’interpréter à la lumière de l’article de la Déclaration de Baabda, qui «réaffirme la confiance dans le Liban en tant que patrie définitive et dans la formule de coexistence».

Baabda ou l’éclatement

En un mot comme en mille, c’est le respect de la lettre et de l’esprit de Baabda, ou le risque de retour du Liban à un passé douloureux.

Ban Ki-moon rappelle aussi, quant à lui, qu’il est toujours opposé à l’acheminement d’armes et de combattants en Syrie, «quelle qu’en soit la partie à l’intérieur du pays qui en bénéficie» et qu’il a demandé de manière répétée le respect de la souveraineté et de l’intégrité de tous les pays de la région.

À la veille de «Genève 2», la conférence internationale sur la Syrie qui doit bientôt se tenir à l’initiative des États-Unis et de la Russie, le Secrétaire général demande «à tous les pays, organisations et groupes de cesser leur soutien à la violence en cours et, bien au contraire, d’user de leur influence pour parvenir à une solution politique qui mette un terme à la tragédie syrienne.»

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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