TPIY: Jadranko Prlic, ancien dirigeant des Croates de Bosnie condamné à 25 ans

0
De G à D, Jadranko Prlic, Bruno Stojic, Slobodan Praljak, Milivoj Petkovic, Valentin Coric et Berislav Pusic devant le TPIY, le 29 mai 2013 à La Haye (Photo: Jiri Buller/Pool/AFP)
De G à D, Jadranko Prlic, Bruno Stojic, Slobodan Praljak, Milivoj Petkovic, Valentin Coric et Berislav Pusic devant le TPIY, le 29 mai 2013 à La Haye (Photo: Jiri Buller/Pool/AFP)

Six anciens hauts responsables de l’entité croate de Herceg-Bosna, créée en temps de guerre, dont l’ancien président du gouvernement des Croates de Bosnie, Jadranko Prlic, ont été aujourd’hui déclarés coupables par la Chambre de première instance III du Tribunal, de crimes contre l’humanité, de violations des lois ou coutumes de la guerre et d’infractions graves aux Conventions de Genève, perpétrés entre 1992 et 1994.

Jadranko Prlic, 53 ans, a été condamné à l’unanimité ce mercredi à 25 ans de prison pour avoir forcé le transfèrement de populations musulmanes en Bosnie dans le but de créer une «grande Croatie» et d’avoir répandu la terreur dans ces communautés.

Les six accusés ont tous été déclarés coupables, le Juge Antonetti, qui présidait, étant toutefois en désaccord quant à la forme de responsabilité pour leur participation à une entreprise criminelle commune visant à chasser la population musulmane des territoires revendiqués par les dirigeants croates de Bosnie et de Croatie.

Quatre des accusés ont été déclarés coupables de 22 des chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité sont, outre Jadranko Prlić, Bruno Stojić, qui était à la tête du département de la défense (20 ans d’emprisonnement), Milivoj Petković, chef de l’état-major principal, puis commandant général adjoint des forces armées (20 ans) et Valentin Ćorić, chef de l’administration de la police militaire, puis ministre de l’Intérieur (16 ans).

Quant aux deux autres accusés, Slobodan Praljak, ancien ministre adjoint de la Défense de Croatie, déclaré coupable sur 20 chefs, et Berislav Pušić, responsable de l’échange de prisonniers, coupable sur 18 chefs, ils ont écopé, le premier de 20 ans d’emprisonnement et le second de 10 ans.

Outre les six accusés, un certain nombre de personnes, a précisé la Cour, ont participé et contribué à l’entreprise criminelle commune, dont : Franjo Tudjman, Président de la République de Croatie ; Gojko Šušak, ministre de la Défense de la République de Croatie ; Janko Bobetko, général de haut rang de l’Armée de la République de Croatie ; et Mate Boban, Président de la Communauté croate (et de la République) de Herceg-Bosna.

Tortures et sévices

Un nombre considérable des éléments de preuve présentés concernaient des centres de détention où beaucoup de musulmans, dit encore le tribunal, étaient emprisonnés et détenus dans des conditions effroyables et privés des ressources les plus élémentaires, telles que de la nourriture, de l’eau et des soins médicaux adéquats.

Beaucoup de détenus, poursuit le tribunal, ont été victimes de traitements inhumains et de violences physiques et psychologiques, y compris de sévices et de violences sexuelles. Certains ont été utilisés pour effectuer des travaux forcés sur les lignes de front, et un certain nombre d’entre eux ont ainsi été blessés ou tués.

Même si la guerre de Bosnie, au cours de laquelle périrent quelque 100.000 personnes, a essentiellement opposé les musulmans aux Serbes, les Croates et musulmans se sont aussi férocement combattus.

Le procès Prilć et consorts, qui a débuté le 26 avril 2006,a été l’un des plus longs et des plus complexes dont le Tribunal a été saisi.

Depuis sa création, le Tribunal a mis en accusation 161 personnes pour des crimes de guerre perpétrés sur le territoire de l’ex-Yougoslavie entre 1991 et 2001, et les procédures à l’encontre de 136 d’entre elles ont pris fin.


Jugement – Prlić et consorts – 29 mai 2013 (Vidéo: TPIY)

À lire aussi:

Vingt-deux ans de prison pour Mićo Stanišić, ex-ministre de l’Intérieur serbe de Bosnie >>

Bosnie: 45 ans de prison pour le «monstre de Grbavica» >>

Procès pour le massacre de Srebrenica: le juge ordonne l’évacuation de Mladic >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.