Aaron Yoon, le jeune Canadien arrêté l’an dernier en Mauritanie, aurait été torturé par la police

0
Aaron Yoon, 24 ans, un jeune catholique converti à l’Islam, aurait fait partie du groupe de Canadiens partis à l’étranger participer à des activités terroristes (Photo: CBC)
Aaron Yoon, 24 ans, un jeune catholique converti à l’Islam, aurait fait partie du groupe de Canadiens partis à l’étranger participer à des activités terroristes (Photo: Archives/CBC)

Alex Neve, responsable de la branche canadienne d’Amnesty International, a rencontré récemment Aaron Yoon et croit que le jeune Canadien de 24 emprisonné en Mauritanie depuis 2001 pour activités terroristes et croit dit vrai lorsqu’il affirme avoir été torturé par la police de ce pays et avoir signé une fausse confession.

Yoon avait voyagé au Maroc avec Ali Medlej et Xris Katsiroubas, les deux terroristes canadiens qui sont morts en participant avec un groupe terroriste lié à Al-Qaïda à la prise d’otage et à l’attaque du site gazier d’In Amenas, en Algérie, en janvier dernier, qui s’est terminé par la mort de 37 otages et de 29 terroristes.

Les jeunes Canadiens venaient tous trois de London, dans la province d’Ontario, où ils avaient fréquenté ensemble la même école secondaire.

Au moment des événements d’In Amenas, Yoon était déjà en prison en Mauritanie, où il avait été arrêté et condamné en juillet 2012 à deux ans de prison après avoir été reconnu coupable d’avoir des liens avec un groupe terroriste et de présenter un danger pour la sécurité nationale.

Les procureurs mauritaniens, qui accusent Yoon d’avoir des liens les terroristes d’In Amenas, veulent maintenant le faire condamner à 10 ans de plus.

Amnesty international a mené une enquête sur place à l’occasion de laquelle elle a pu rencontrer Aaron Yoon.

Dans l’ordre, de gauche à droite, Mujahid Enderi, Xristos Katsiroubas, Aaron Yoon et Ali Medlej(Photo: montage Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Aaron Yoon, prétend s’être rendu dans la région pour des études religieuses et affirme qu’il ne savait pas comment Medlej et Katsiroubas avaient pu se lier avec des groupes terroristes.

Yoon a déclaré aux chercheurs d’Amnesty International qu’il a signé une fausse confession après avoir été torturé par la police.

Amnesty International, qui avait déjà fait état d’acte de torure en Mauritanie dans le passé, a réaffirmé, après une mission de recherche de 10 jours en juin dans ce pays d’Afrique du Nord, que La police en Mauritanie utilise encore la torture pour obtenir des aveux des hommes, femmes ou enfants qu’elle interroge.

La délégation d’Amnesty International en Mauritanie a interviewé en juin environ 60 détenus, dont des femmes et des enfants, dans trois prisons de la capitale, Nouakchott.

«Les prisonniers, accusés de crimes de droit commun ou de crimes liés au terrorisme, nous ont parlé de la torture qu’ils avaient subi pendant leur garde à vue», a déclaré Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada, qui faisait partie de la délégation.

À propos de Yoon, que Neve a rencontré lui-même à plusieurs reprises, le responsable canadien d’Amnesty International a déclaré mardi à son retour au Canada: «Je dirais que ses allégations de torture étaient vives et détaillées. Elles sont certainement crédibles et totalement conformes à la tendance plus large que nous connaissons. La torture est très courante en Mauritanie au cours de la première période de détention.»

Yoon a déclaré aux chercheurs d’Amnesty que c’est après la seconde séance de torture qu’il a craqué et signé une fausse confession.

«La première fois, c’était juste une pluie de coups», a précisé Neve, décrivant comment Yoon a dit avoir été battu à coups de poing et de bâton pendant environ une heure avant de perdre connaissance.

La deuxième fois, les mains et les pieds de Yoon ont été menottés derrière son dos, attachés les uns aux autres et ensuite serrés, a dit Neve. Sans défense et couché sur le ventre, Yoon a encore été battu pendant environ 20 minutes, a dit le représentant d’Amnesty International.

«Il était brisé», a déclaré Alex Neve. «Il était prêt à signer n’importe quoi. Et c’est ce qu’il a fait.»

Yoon a comparu brièvement dans un tribunal mauritanien le mois dernier et un jugement sur l’ augmentation, qui pourrait passer de 2 à 10 ans, devait être rendu le 9 juin, mais la décision a été reportée.

Le ministère canadien des Affaires étrangères, pour sa part, n’a pas commenté l’affaire, du moins pour l’instant.

Amnesty International

Rapport 2013, Amnesty International (en français)

Amnesty International note qu’après que la Mauritanie eut adopté une nouvelle loi antiterreur en juillet 2010, les forces de sécurité ont reçu des pouvoirs supplémentaires pour détenir des suspects dans leur lutte continue contre des organisations comme Al-Qaida au Maghreb islamique.

L’organisation indique que «La torture comme moyen d’investigation et de répression est profondément ancrée dans la culture des forces de sécurité et est cautionnée par les pouvoirs publics au plus haut niveau», même si la Mauritanie a ratifié en octobre la Convention contre les disparitions forcées et le Protocole facultatif à la Convention contre la torture [ONU].

D’ailleurs, à propos de la Mauritanie, «Cette année encore», peut-on lire dans le Rapport 2013 d’Amnesty International, «de nombreuses informations ont fait état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements infligés dans des lieux de détention, notamment dans les postes de police de Ksar et de Tevragh-Zeina ainsi que dans la prison pour femmes de Nouakchott.», ajoutant qu’«Aucune enquête n’a été ordonnée sur les allégations de torture et de mauvais traitements infligés pendant des gardes à vue et des interrogatoires.»

Amnesty International se montre également profondément préoccupé par le fait que les tribunaux ont déclaré que des «aveux extorqués sous la torture et les autres mauvais traitements sont admissibles comme preuve, même s’ils sont par la suite rétractés»

Amnesty International fait état de méthodes de torture comme brûlures de cigarettes, chocs électriques, privation de sommeil, tirer les cheveux et des menaces de s’en prendre aux familles des détenus.

L’organisation dresse également un portrait sombre des conditions de vie dans une grande prison.

Certains détenus dormaient sur des matelas à même le sol, tandis que d’autres dormaient sur des tas de chiffons, «entourés par la vermine et les insectes».

«Les hommes, pressés l’un contre l’autre dans une chaleur étouffante, peuvent rarement quitter leurs cellules ou respirer l’air frais».


Il y a deux mois, Yoon a pu donner une entrevue au téléphone au réseau anglais de la télévision publique canadienne (Vidéo: Archives/CBC)

À lire aussi:

La Mauritanie a condamné à deux ans Yoon, l’ami des deux ravisseurs canadiens d’In Amenas>>

Attaque islamiste d’In Amenas: l’identité du quatrième Canadien dévoilé>>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.