Début de la cour martiale de l’informateur de WikiLeaks, Bradley Manning

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Bradley Manning à Fort Meade, dans le Maryland, le 15 mars 2012 (Photo: Archives/Brendan Smialowski/AFP)
Bradley Manning à Fort Meade, dans le Maryland, le 15 mars 2012 (Photo: Archives/Brendan Smialowski/AFP)

Depuis qu’il a été arrêté en mai 2010 en Irak pour l’une des plus importantes fuites de documents confidentiels de l’histoire des États-Unis, le soldat Bradley Manning était détenu au secret. Il va finalement comparaître à partir de ce lundi devant une cour martiale.

À la veille de l’ouverture des débats qui devraient durer près de trois mois, le Réseau de soutien de Bradley Manning a dit que «le procès du siècle est sur le point de commencer». Le procès aura lieu sur la base militaire de Fort Meade (Maryland), non loin de Washington.

Le soldat Manning risque la réclusion criminelle à perpétuité étant accusé notamment de «collusion avec l’ennemi», en l’occurrence Al-Qaïda, pour avoir livré au site internet WikiLeaks des milliers de documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan, ainsi que plus de 250 000 dépêches du département d’État.

Les autorités américaines disent que Bradley Manning, qui était à l’époque analyste du renseignement en Irak, a «sciemment» mis le pays en danger en danger en communiquant ces documents secrets.

Si le jeune homme de 25 ans a déclaré qu’il «endossait l’entière responsabilité de ses actions», il a cependant indiqué n’avoir jamais voulu «nuire» aux États-Unis. «Je croyais que la publication [des documents]pourrait provoquer un débat public sur nos forces armées et notre politique étrangère en général», a-t-il plaidé devant la juge, lors d’une de ses deux interventions en présence des médias.

Il plaidera coupable de dix chefs d’accusation, dont «la transmission intentionnelle» d’une vidéo d’une bavure d’un hélicoptère de combat tirant sur des civils en Irak en juillet 2007, ou encore de mémorandums relatifs à la guerre en Irak, en Afghanistan et aux détenus de Guantanamo. En revanche, il s’opposera aux accusations de «collusion avec l’ennemi» ou «publication sur internet de renseignements militaires en sachant qu’ils seront accessibles à l’ennemi», les plus lourdes des 22 charges.

En plaidant en parti coupable de ces accusation, la peine maximale encourue passe de 162 à… 154 ans.

Le procès en cour martiale, qui doit durer jusqu’à la fin août, devrait attirer tous les jours un rassemblement de soutien devant la base militaire de Fort Meade, où se trouve le siège de la National Security Agency (NSA), l’un des principaux services de renseignements des États-Unis.

La juge Lind a d’ores et déjà annoncé que sur la centaine de témoins convoqués par l’accusation, 24 d’entre eux, parmi lesquels plusieurs ambassadeurs, responsables du Pentagone et du renseignement, s’exprimeraient à huis-clos.

Un membre du commando qui a participé à l’assaut contre le bunker d’Oussama ben Laden devrait s’exprimer «partiellement déguisé» et dans un «endroit sécurisé». Il devrait indiqué que des documents diffusés par WikiLeaks ont été retrouvés dans la cache de Ben Laden, attestant que les informations dévoilées par Manning étaient bien arrivées entre les mains d’Al-Qaïda.

Conditions «cruelles» d’incarcération

Véritable icône de la paix, selon ses partisans, Bradley Manning, qui s’était dit victime de quolibets quand il servait dans l’armée en tant qu’homosexuel, a été mis à l’isolement pendant près de neuf mois à la prison militaire de Quantico, dans des conditions que le rapporteur de l’ONU sur la torture avait qualifiées de «cruelles, inhumaines et dégradantes».

En raison de ces conditions d’incarcération «plus rigoureuses que nécessaire», la juge militaire lui a accordé près de quatre mois de remise de peine. Sympa!

Les fuites

  • La première information publiée par WikiLeaks, le 18 février 2010, que Manning a reconnu avoir divulguée, est un câble diplomatique de l’ambassade américaine en Islande.
  • Publiés par étapes de février 2010 à septembre 2011, plus de 250 000 câbles du département d’Etat, émanant d’ambassades et de consulats américains à l’étranger et datant de 1966 à 2010, ont été en partie retranscrits par cinq publications majeures à compter de novembre 2010 (The New York Times, The Guardian, Der Spiegel, Le Monde, El Pais).
  • Manning a admis «la transmission intentionnelle» d’une vidéo – car elle lui «faisait horreur» – montrant des civils tomber sous les tirs d’un hélicoptère de combat américain en Irak en juillet 2007. Baptisée «dommages collatéraux» par WikiLeaks, cette vidéo a été rendue publique par Assange lors d’une conférence de presse en avril 2010 à Washington.
  • Le soldat a également reconnu avoir fourni une vidéo confidentielle d’une bavure dans le village de Granai, en Afghanistan, où plus d’une centaine de civils avaient été tués dans une attaque aérienne américaine en mai 2009.
  • Plus de 90 000 documents relatifs à la guerre en Afghanistan ont été publiés en juillet 2010, suivis en octobre par près de 400.000 autres relatifs au conflit en Irak, notamment des rapports confidentiels du Pentagone révélant des abus, tortures et meurtres parmi les civils.
  • Rendus publics à partir d’avril 2011, les dossiers confidentiels des 779 détenus passés par les geôles de Guantanamo révèlent qu’une majorité d’entre eux étaient incarcérés sans charge et dévoilent leur état mental ou le contenu de leurs déclarations, comme pour Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau autoproclamé du 11-Septembre.

Avec AFP

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Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
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