Égypte: des milliers de manifestants à Tahrir pour réclamer le départ du président

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 Des manifestants égyptiens réunis place Tahrir au Caire, le 30 juin 2013 (Photo: Gianluigi Guercia/AFP)

Des milliers de manifestants égyptiens réunis place Tahrir au Caire, le 30 juin 2013 (Photo: Gianluigi Guercia/AFP)

Mise à jour 30/06/13 à 11h56

Des dizaines de milliers d’Egyptiens sont descendus dans la rue au Caire et en province dimanche, premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président Mohamed Morsi, pour l’accuser de gouverner au seul profit des islamistes et réclamer sa dé démission.

Sur la place Tahrir dans le centre du Caire, site emblématique de la révolte qui fit chuter le régime de Hosni Moubarak en février 2011, la foule a afflué en scandant «le peuple veut la chute du régime».

De nombreux manifestants brandissaient des cartons rouge portant l’inscription « dégage » à l’adresse du président, issu du mouvement des Frères musulmans.

«C’est une deuxième révolution, et Tahrir en est le symbole», affirmait Ibrahim Hammouda, un charpentier de Damiette (nord) venu participer aux rassemblements dans la capitale.

Des manifestations anti-Morsi ont également lieu à Alexandrie (nord), deuxième ville du pays, à Menouf et Mahallah, dans le delta du Nil, ainsi qu’à Port-Saïd et Suez, sur le canal du même nom, ou encore dans la ville natale de M. Morsi, Zagazig, au nord-est du Caire.

Redoutant de graves troubles, l’armée et la police se sont déployées à travers le pays pour renforcer la protection des installations vitales, notamment du canal de Suez. Et alors que l’épreuve de force a déjà fait huit morts cette semaine, dont un Américain, les militaires se sont dit garants de la stabilité du pays si le climat de crise dégénérait.

Un manifestant porte le drapeau égyptien devant le palais présidentiel, au Caire, le 29 juin 2013 (Photo: Gianluigi Guercia/AFP)

Alors que des heurts entre pro et anti-Morsi ont fait huit morts cette semaine dont un Américain, les militaires se sont dit garants de la stabilité du pays si le climat de crise dégénérait.

Le gros des manifestations est attendu en fin d’après-midi et en soirée, avec plusieurs défilés anti-Morsi qui doivent converger vers le palais présidentiel à Héliopolis.

Non loin delà, dans le quartier de Nasr City, des militants islamistes campent depuis vendredi pour défendre la «légitimité» du premier chef de l’État égyptien à avoir été librement élu.

Le Parti de la liberté et de la justice, émanation des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi a appelé à une «mobilisation générale» pour défendre le chef de l’État, premier président égyptien à avoir été librement élu.

Les manifestations islamistes semblaient toutefois, dimanche après-midi, nettement moins nombreuses qu’au cours des derniers jours, et largement éclipsées par celles de l’opposition.

«Jour du jugement»

Un manifestant porte un carton sur lequel est inscrit « dehors » à l’adresse du président Morsi, au Caire, le 29 juin 2013 Photo: Khaled Desouki/AFP)
Cette journée constitue le point d’orgue de la campagne Tamarrod (rébellion en arabe), le mouvement à l’origine des appels à manifester en masse pour réclamer le départ de M. Morsi, le jour même de l’anniversaire de son investiture.

Tamarrod, soutenu par de nombreuses personnalités et mouvement de l’opposition laïque, libérale ou de gauche, assure avoir collecté plus de 22 millions de signatures pour une présidentielle anticipée, soit plus que le nombre d’électeurs de M. Morsi en juin 2012 (13,23 millions).

Après un an d’une présidence mouvementée, déjà marquée par plusieurs crises, M. Morsi vit son «Jour du jugement», titraient dimanche certains journaux.

Le quotidien al-Tahrir, né dans le sillage de la révolte qui a chassé début 2011 le président Hosni Moubarak, y allait lui d’un franc «Dégage» barrant sa Une tout en rouge.

Les clivages sont profonds en Égypte, pays arabe le plus peuplé avec plus de 80 millions d’habitants où le climat persistant de crise pèse lourdement sur une économie marquée par une inflation et un chômage en hausse, et une chute de sa monnaie, la livre égyptienne.

L’opposition a refusé l’appel au dialogue, jugé de «pure façade», lancé cette semaine par M. Morsi pour qui la polarisation extrême du pays pourrait conduire au «chaos».

Les adversaires de M. Morsi dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir destinée à instaurer un régime idéologiquement et politiquement dominé par les islamistes, ainsi que son incapacité à relancer l’économie.

Ses partisans en revanche soulignent qu’il puise sa légitimité dans la première élection présidentielle libre de l’histoire de l’Égypte. Ils accusent l’opposition laïque de vouloir un «coup d’Etat», et de faire le jeu des nostalgiques de l’ancien régime.

Mohamed El Baradei, l’une des figures de l’opposition, a appelé samedi M. Morsi à «écouter le peuple» et à laisser se tenir une présidentielle anticipée avant la fin de son mandat en juin 2016.

Samedi, plusieurs parlementaires de la chambre haute (Choura), de tendance laïque, ont démissionné pour afficher leur soutien aux manifestations anti-Morsi.

Le président américain Barack Obama a exprimé samedi son «inquiétude» face à la crise en Égypte et appelé M. Morsi et l’opposition à engager un dialogue «plus constructif».

Mesures de précaution

Des opposants au président égyptien Mohamed Morsi manifestent devant le palais présidentiel, au Caire, le 29 juin 2013 (Photo: Gianluigi Guercia/AFP)
Le même jour, le président américain Barack Obama demandait à M. Morsi et à l’opposition d’engager un dialogue « plus constructif ».

Craignant des dérapages violents, le département d’État a annoncé le départ d’une partie de son personnel diplomatique et conseillé aux Américains de différer tout voyage non-indispensable en Egypte.

Plusieurs pays, dont la France et la Grande-Bretagne, ont diffusé des consignes de prudence à leurs ressortissants, leur recommandant d’éviter les rassemblements ou de limiter leurs déplacements.

La crainte d’une aggravation de la crise provoque en outre depuis plusieurs jours une ruée des automobilistes sur les stations service, et pousse de nombreux Egyptiens à faire des provisions.

Dimanche, premier jour de travail de la semaine, de nombreuses entreprises et bureaux étaient fermés par mesure de sécurité.


Égypte: des milliers de manifestants anti-Morsi place Tahrir (Vidéo: AFP)

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