Égypte: manifestations monstres contre le président Morsi

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Un manifestant porte un carton sur lequel est inscrit « dehors » à l’adresse du président Morsi, au Caire, le 29 juin 2013 (Photo: Khaled Desouki/AFP)
Un manifestant porte un carton sur lequel est inscrit « dehors » à l’adresse du président Morsi, au Caire, le 29 juin 2013 (Photo: Khaled Desouki/AFP)

Cinq personnes ont été tuées dimanche dans des heurts entre partisans et adversaires du président islamiste égyptien Mohamed Morsi, en marge de manifestations monstres à travers tout le pays à l’appel de l’opposition pour réclamer son départ.

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Mise à jour, 01/07/13 à 8h33

L’opposition égyptienne a donné jusqu’à mardi au président islamiste Mohamed Morsi pour qu’il quitte le pouvoir, le menaçant en cas de refus d’une campagne de désobéissance civile, au lendemain de manifestations monstres.

Au moins seize personnes ont été tuées dimanche dans tout le pays en marge de manifestations, dont huit dans des affrontements entre pro et anti-Morsi au Caire, a indiqué lundi le ministère de la Santé dans un nouveau bilan.

Des affrontements similaires avaient déjà fait huit morts, dont un Américain, en milieu de semaine dernière.

L’armée et la police sont déployées dans le pays pour éviter des dérapages graves, notamment autour des établissements vitaux.

Le siège du mouvement des Frères musulmans, dont M. Morsi est issu, a été en partie incendié dans la nuit dans le quartier du Moqattam au Caire, avant d’être occupé et pillé lundi matin.

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L’armée estime à «plusieurs millions» le nombre de manifestants anti-Morsi descendues dans la rue, un an jour pour jour après son investiture, a déclaré à l’AFP une source militaire.

Des centaines de milliers de personnes manifestent contre le président Morsi, le 30 juin 2013 au Caire (Photo: Mahmud Khaled/AFP)

«Il s’agit de la plus grande manifestation dans l’histoire de l’Égypte», a ajouté cette source sous couvert de l’anonymat.

Une personne a été tuée à Beni Suef et trois autres dans la province d’Assiout, au sud du Caire, lors d’affrontements qui ont aussi fait des dizaines de blessés aux abords de locaux des Frères musulmans, selon les services de sécurité

Au Caire, le QG de la confrérie islamiste, dont est issu M. Morsi, a été attaqué dans la soirée avec des cocktails molotov et des tirs de chevrotine.

Sur la place Tahrir, site emblématique de la révolte contre M. Moubarak début 2011 puis de nombreux autres rassemblements politiques, la foule a afflué en brandissant des cartons rouges à l’adresse du président.

«Je suis ici parce que Morsi, pour qui j’ai voté, m’a trahi et n’a pas tenu ses promesses. L’Égypte va être libérée une nouvelle fois à partir de Tahrir», affirmait Mohammed Samir, venu de Mansourah, dans le delta du Nil, pour manifester dans la capitale.

Les manifestants se sont également massés aux abords du palais présidentiel, dans le quartier d’Héliopolis, et sur d’autres places de la capitale, en scandant «dégage» et «le peuple veut la chute du régime».

Des manifestations anti-Morsi ont aussi lieu à Alexandrie (nord), deuxième ville du pays, à Menouf et Mahallah, dans le delta du Nil, ainsi qu’à Port-Saïd et Suez, sur le canal du même nom, ou encore dans la ville natale de M. Morsi, Zagazig, au nord-est du Caire.

La présidence a réagi en affirmant que «le dialogue est la seule façon pour parvenir à une entente» et qu’elle était «ouverte pour lancer un véritable et sérieux dialogue national».

Mais la principale coalition de l’opposition égyptienne a appelé les manifestants à rester dans la rue jusqu’à la démission du régime «dictatorial» du président Morsi, accusé de gouverner au seul profit des islamistes et de laisser l’économie s’effondrer.

Redoutant de graves troubles, l’armée et la police se sont déployées à travers le pays pour renforcer la protection des installations vitales, notamment le canal de Suez.

Les militaires se sont dit récemment prêts à intervenir si le climat dégénérait, après que des heurts eurent déjà fait huit morts, dont un Américain, dans les jours qui ont précédé les rassemblements de dimanche

«Jour du jugement»

Un manifestant égyptien tient une pancarte réclamant le départ du président Mohamed Morsi le 30 juin 2013 au Caire (Photo: Gianluigi Guercia/AFP)
Non loin du palais présidentiel, des militants islamistes campent depuis vendredi dansle quartier de Nasr City pour défendre la «légitimité» du premier chef de l’Etat égyptien librement élu. Ils étaient 25 000 dimanche soir, selon l’armée.

Cette journée constitue le point d’orgue de la campagne Tamarrod (rébellion en arabe), le mouvement à l’origine des appels à manifester massivement pour réclamer le départ de M. Morsi le jour même de l’anniversaire de son investiture.

Tamarrod, soutenu par de nombreuses personnalités et mouvement de l’opposition laïque, libérale ou de gauche, assure avoir collecté plus de 22 millions de signatures pour une présidentielle anticipée, soit plus que le nombre d’électeurs de M. Morsi en juin 2012 (13,23 millions).

Après un an d’une présidence mouvementée, déjà marquée par plusieurs crises, M. Morsi vit son «Jour du jugement», titraient dimanche certains journaux.

L’instabilité persistante en Égypte, pays le plus peuplé du monde arabe avec plus de 80 millions d’habitants, pèse lourdement sur une économie marquée par une inflation et un chômage en hausse, et une chute de sa monnaie.

Les adversaires de M. Morsi dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir destinée à instaurer un régime dominé par les islamistes, ainsi que son incapacité à relancer l’économie.

Ses partisans en revanche soulignent qu’il puise sa légitimité dans la première élection présidentielle libre de l’histoire de l’Égypte. Ils accusent l’opposition laïque de faire le jeu des nostalgiques de l’ancien régime.

Samedi, le président américain Barack Obama demandait à M. Morsi et à l’opposition d’engager un dialogue «plus constructif».

Craignant des dérapages, le département d’État a annoncé le départ d’une partie de son personnel diplomatique et plusieurs pays, dont la France et la Grande-Bretagne, ont diffusé des consignes de prudence à leurs ressortissants.

La crainte d’une aggravation de la crise provoque en outre depuis plusieurs jours une ruée des automobilistes sur les stations service, et pousse de nombreux Egyptiens à stocker des vivres.

Dimanche, premier jour de travail de la semaine, de nombreuses entreprises et bureaux étaient fermés par mesure de sécurité.


Égypte: manifestation monstre au Caire contre Morsi(Vidéo: AFP)

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