INTERVIEW | Kyle Matthews, directeur adjoint de l’institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne

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Kyle Matthews et le personnel du MIGS (Photo: Archives/W2I Project)
Kyle Matthews et le personnel du MIGS (Photo: Archives/W2I Project)

À l’occasion d’une prochaine formation sur la prévention des atrocités de masse, 45eNord.ca est allé à la rencontre du directeur adjoint de l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne (MIGS), Kyle Matthews.

45eNord.ca: Le MIGS c’est quoi exactement? Qu’est ce que vous faites?

Kyle Matthews: Le MIGS est un institut basé à Concordia et a été fondé en 1986. On fait des recherche sur la manière dont on peut prévenir les atrocités de masse, les génocides comme au Rwanda. On est comme un think tank dans une université parce que nous on travaille pas seulement avec les professeurs, mais aussi avec des gens de l’ONU, de think tanks à Washington, des parlementaires à Ottawa. On fait donc beaucoup de recherches pour aider les gouvernements à réfléchir pour mettre en place des politiques pour prévenir les atrocités de masse. Depuis 2007, Romeo Dallaire est sénateur. Il était à Harvard, puis quand il est revenu au Canada, il a dit qu’il voulait avoir un lien avec un centre de recherche, parce qu’il savait que c’était très important, et dans les universités tu peux travailler de façon non partisane, puis d’entraîner les nouvelles générations de leaders qui vont entrer dans le gouvernement. Alors c’est vraiment depuis 2007 que l’institut à agrandi et on est devenu l’institut le plus connu sur les droits de la personne au Canada.

Prévenir des atrocités de masse… c’est une tâche pour vous?

La tâche est immense, et en étant basé dans une université il y a des choses qu’on peut faire et qu’on ne peut pas faire. Nous on fait des programmes pour les membres de parlements, pas seulement au Canada, mais à Ottawa on rencontre de façon régulière environ 80 parlementaires de tous les partis pour savoir ce que font les autres gouvernements. Par exemple, Obama il a mis trois nouveaux politiques et il y a désormais quelqu’un à la Maison blanche qui a la responsabilité des questions sur les atrocités de masse. C’est complètement nouveau. On montre ce que font les autres gouvernements et on leur dit « voilà ce que fait tel gouvernement, tu devrais peut-être réfléchir à le faire ». On fais aussi de l’entraînement pour les membres de l’ONU. On va souvent avec l’ONU pour entraîner leur personnel dans les différents pays qui sont en crise comme en Afrique de l’ouest, en Asie-Centrale, alors on fais un jeu très important d’amener la connaissance qu’on fabrique à l’université et de l’amener sur le terrain.

C’est un jeu d’ombre que vous faites finalement?

Le conflit qui a commencé au Mali début janvier, nous on a pris position que les gouvernements occidentaux ne faisaient pas grand chose et ils ne sont pas vraiment intéressés à intervenir, même sans soldats. Alors nous on est allés parler aux médias pour donner des raisons pourquoi on avais intérêt à aider les Français, en disant qu’il y a certains groupes armés qui ont comme objectifs de tuer des gens et créer du chaos en Afrique pour un projet religieux, et on a dis on peut être aveugle à ça, ça va nous affecter dans le futur et même un de nos anciens collègues qui fait parti du conseil d’administration, c’est Bob Fowler. C’est l’ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et avant cela il était sous-ministre à la Défense nationale, et il a été kidnappé durant quatre mois par AQMI en décembre 2008, alors on a quelqu’un qui a eu une expérience profonde avec cette région et on voit nous maintenant si une crise arrive si le Canada peut jouer un rôle, on essaie de rencontrer ceux qui peuvent prendre la décision ou de regarder cette crise avec plus d’intérêt. Mais ce qu’on voit c’est que les gouvernements sont élus pour trois, quatre années puis ils ont une vision à très court terme et ne regarde pas à plus long terme que si on réagit pas que ces atrocités de masse peut créer des états en faillite, ce qui créera des problèmes sur la sécurité internationale à long terme.

C’est ce qui s’est passé au Mali: un état en faillite et des islamistes organisés…

Au Mali on voyait que cela prendrait huit, neuf mois pour réagir, que l’Union Africaine a donné 5 000 soldats, mais n’avait pas la capacité de les envoyer jusqu’au Mali. Le Canada n’a pas à être le leader, mais on peut aider ces pays africains qui demandaient notre appui. Moi j’ai été au Sénat du Canada, et l’ambassadrice du Mali me disait en décembre qu’on doit prendre l’action, qu’on était proche d’un désastre et les groupes islamistes commettaient des atrocités contre les femmes notamment. Ces groupes là avaient intérêt à créer du chaos pour faire une sorte d’Afghanistan en Afrique. On a poussé les gens à réagir et le Canada a joué un rôle un petit peu plus que les autres.

Peut-on vraiment intervenir bien avant que la crise n’arrive?

Les gouvernements occidentaux ils réfléchissent de la manière suivante: soit on ne fais absolument rien, soit on attend à la dernière minute et on envoi l’armée. On cherche donc à créer des équipes au sein des gouvernements qui feront plutôt de la prévention. On n’a clairement pas la capacité militaire pour en envoyer au Nigeria, au Mali, en RDC, … on doit commencer à penser en amont à l’aide humanitaire, à l’aide au développement, et ce, bien avant que la crise ne commence. Mais depuis que le Canada, la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis ont signé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, rien n’a été fait pour créer la capacité dans nos gouvernements pour avoir la responsabilité de réagir. S’il y a une crise, à Ottawa, il n’y a pas une équipe spéciale qui décide de mettre en commun toutes les ressources. On devrait vraiment créer des équipes qui met ensemble tous nos experts, de l’armée, de la diplomatie pour pouvoir travailler en équipe, plus crédible, pour prévenir ces crises.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT