Kaboul prêt à boycotter les négociations de paix avec Washington et les talibans

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Le président afghan Hamid Karzai a décidé de suspendre ses négociations sur un accord de sécurité avec Washington (Photo: Archives/Pete Souza/White House)
Le président afghan Hamid Karzai a décidé de suspendre ses négociations sur un accord de sécurité avec Washington (Photo: Archives/Pete Souza/White House)

Le gouvernement afghan a annoncé, ce mercredi, qu’il suspendait ses négociations d’accord bilatéral de sécurité avec Washington et a menacé de ne pas participer aux discussions de Doha en compagnie des talibans. En cause, le récent rapprochement diplomatique entre américains et insurgés.

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Mise à Jour 26/06/13 à 9h15

La Maison Blanche a déclaré mardi que le président afghan Hamid Karzaï, jusque-là opposé à l’ouverture d’une représentation politique officielle des talibans au Qatar, était parvenu à s’entendre avec Barack Obama en faveur d’une telle démarche, rapporte l’AFP.

Lors d’un appel téléphonique, les deux dirigeants ont affirmé «leur soutien à un bureau à Doha en vue de mener des négociations entre le Haut conseil pour la paix (HCP) et des représentants officiels des talibans», écrit la Maison Blanche dans un communiqué.

Le HCP est une instance gouvernementale créée par M. Karzaï pour tenter de rallier les talibans à la paix.

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«Il y a une contradiction entre ce que le gouvernement américain dit et ce qu’il fait en ce qui concerne les discussions de paix», a notamment déclaré le porte-parole du gouvernement afghan Aimal Faizi. S’exprimant ce mercredi face à un journaliste de l’AFP, ce dernier a évoqué le mécontentement général régnant à Kaboul quant aux agissements de Washington.

Pour preuve, le gouvernement afghan a décidé de suspendre ses négociations d’accord bilatéral avec les États-Unis. Cet accord a initialement pour but de définir le rôle et l’ampleur de la présence américaine sur le sol afghan à l’issue du retrait des troupes internationales à la fin 2014. Le nombre de bases américaines conservées en Afghanistan doit également être au coeur des discussions.

Ce mardi, l’organisation rebelle et les autorités américaines ont annoncé une «prochaine» reprise de leurs négociations. Des déclarations qui intervenaient peu après l’annonce de l’ouverture d’un bureau de représentation des talibans du côté de Doha, au Qatar.

Censés faciliter «le dialogue et l’entente avec les pays du monde», ce bureau a attisé le courroux de Kaboul. Et pour cause, le gouvernement du président Hamid Karzaï craint d’être marginalisé dans cette nouvelle organisation diplomatique.

L’ouverture du bureau de Doha dans le collimateur de Kaboul

Le Haut Conseil pour la paix (HCP), une instance créée par le président Karzaï pour tenter de négocier avec les insurgés, «ne participera pas aux discussions de paix au Qatar, à moins qu’elles ne soient menées par les Afghans», selon la présidence afghane.

Une condition semble-t-il peu réalisable à en croire les insurgés. Le porte-parole du bureau taliban à Doha, Mohammed Naïm, a notamment déclaré, ce mardi, que des discussions avec le gouvernement de Kaboul n’étaient pas à l’ordre du jour «pour le moment».

Une impasse qui a contraint le département d’État américain à revoir ses déclarations et ainsi démentir que des discussions avec les talibans aient été «programmées» dès cette semaine. Le secrétaire d’État John Kerry a pour sa part rendu public deux appels téléphoniques à destination du président Karzaï afin d’apaiser cet incident diplomatique.

Le président américain Barack Obama a assuré pour sa part qu’il s’attendait à des «tensions» avec le gouvernement afghan. En visite à Berlin ce mercredi, il a également évoqué son espoir de voir «le processus se poursuivre» malgré tout.

«Il n’y a pas de cessez-le-feu» pour les talibans

Ces divergences profondes s’expriment alors que les forces afghanes ont désormais pris le contrôle de la sécurité de l’ensemble du pays à la place de la force internationale de l’OTAN (ISAF) qui l’assurait depuis la chute du régime des talibans à la fin 2001. Une nouvelle étape importante dans le processus de retrait total des troupes internationales.

Avec l’achèvement de ce transfert d’autorité progressif, l’ISAF n’aura désormais plus qu’un rôle de soutien, notamment aérien en cas d’attaque sérieuse, et de formation des quelque 350 000 membres des forces de sécurité afghanes (soldats, policiers et paramilitaires).

Les États-Unis, qui lui fournissent les deux tiers de ses soldats, prévoient toutefois de laisser dans le pays un contingent de soldats dont ils n’ont pas encore précisé le nombre.

En attendant, pas question pour les talibans d’arrêter leurs offensives sur le sol afghan. «Il n’y a pas de cessez-le-feu [avec les Etats-Unis]. Ils nous attaquent et nous les attaquons», a ainsi affirmé sur Al-Jazeera un autre porte-parole taliban au Qatar, Mohammad Sohail Shaheen. Les contacts reprennent, les négociations approchent mais les invectives restent de mises dans la région.


Talibans et Américains négocient – 18 juin 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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