L’Égypte rompt avec Damas et invite les Égyptiens à se battre aux côtés des rebelles

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Mohamed Morsi annonce la rupture de l'Égypte et du régime de Damas à la Conférence de soutien à la Syrie au Caire, le 15 juin (Photo: AFP)
Mohamed Morsi annonce la rupture de l’Égypte et du régime de Damas à la Conférence de soutien à la Syrie au Caire, le 15 juin (Photo: AFP)

Le président égyptien Mohamed Morsi a annoncé samedi soir avoir coupé «définitivement» les relations avec le régime en place en Syrie, déchirée par une guerre civile meurtrière, rapporte le quotidien égyptien Al-Arham.

L’annonce de Morsi, comme plusieurs autres des déclarations qu’il a faites durant une conférence islamiste organisée en «soutien du soulèvement syrien» dans le Stade couvert de 20 000 places du Caire rempli à craquer, a été accueillie par des applaudissements et des cris d’approbation chez ses auditeurs.

«Nous avons décidé de fermer l’ambassade syrienne au Caire», a déclaré Morsi, faisant ainsi de l’Égypte, le troisième pays arabe, après la Libye et la Tunisie, à rompre ses liens avec le régime de Damas.

«L’émissaire égyptien à Damas sera également retiré», a aussi déclaré le président égyptien.

«Le peuple de l’Égypte et son armée n’abandonneront pas les Syriens jusqu’à ce que leurs droits leur soient accordés et qu’un nouveau gouvernement élu soit choisi,», a-t-il encore ajouté, affirmant avoir demandé une réunion d’urgence de la Ligue arabe pour discuter des moyens possibles de soutenir la Syrie.

Tout en exhortant les puissances mondiales à faire respecter une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie (comme celle que l’OTAN avait imposée à la Libye lors du soulèvement contre Mouammar Kadhafi), Mohamed Morsi a rappelé, sans y voir de contradiction, son refus d’une intervention étrangère dans la guerre civile en cours en Syrie, visant cette fois le mouvement chiite libanais Hezbollah qui combat ouvertement aux côtés des forces de Damas.

«Le Hezbollah doit quitter la Syrie, il n’y a pas de place pour le Hezbollah en Syrie», a conclu le président égyptien.

Avant que le président Morsi ne prenne la parole, des prédicateurs sunnites tels que Mohamed Hassan et Mohmaed Abdel-Maqsoud, avaient «chauffé» la foule, clamant qu’il fallait mener la «guerre sainte» le djhad, et que tous les musulmans qui en étaient capables devaient y prendre part, et appelant le président égyptien, lui-même issu des Frères musulmans, à ne pas laisser les chiites en Égypte, les décrivant comme «impurs».

Un conflit de plus en plus confessionnel et régional

La Syrie est en proie depuis mars 2011 à une guerre civile qui, si on schématise, oppose la minorité alaouite au pouvoir à la majorité sunnite.

Alors que le conflit prend une tournure de plus en plus confessionnelle, d’influents oulémas sunnites ( NDLR, les «oulémas» sont des «docteurs de la loi» dans l’Islam) de plusieurs pays arabes, dont l’Égypte, ont appelé les sunnites à soutenir leurs frères syriens et à mener une guerre sainte en Syrie.

Tout récemment, avec l’entrée en jeu du Hezbollah libanais aux côtés des forces du régime de Damas et la reconquête de la ville-frontière de Qousseir, le vent semblait tourner en faveur du régime.

Les rebelles ne cessaient de perdre du terrain et les forces du régime se tournaient vers Alep, la métropole du Nord dont l’opposition et le régime de Bachar Al-Assad se disputent le contrôle depuis un an.

Mais, ces victoires sur le terrain semblent plutôt maintenant devoir coûter cher au régime, provoquant un sursaut chez ses opposants.

La semaine dernière, les puissances occidentales, les États-Unis en tête, décidaient de soutenir davantage l’opposition syrienne, Washington annonçant même pour la première fois un soutien militaire, et maintenant, c’est tout l’Islam sunnite qui semble aujourd’hui se lever contre Bachar Al-Assad.

Des milliers d’islamistes ont défilé vendredi au Caire contre le régime syrien, à l’appel d’oulémas sunnites.

Lors de cette manifestation placée sous le slogan «soutien au peuple syrien» et organisée par des partis et mouvements islamistes, le Saoudien Mohamed al-Oreifi a appelé «au jihad pour la cause d’Allah en Syrie» et a exhorté les musulmans à «s’unir contre leur ennemi».

De son côté, le chef le chef du Hezbollah chiite libanais, Hassan Nasrallah a répondu à ses détracteurs en disant que le Hezbollah, après avoir aidé le régime de Damas à reconquérir Qousseir, va rester impliqué dans le conflit.

«Avant Qousseir, c’est comme après Qousseir. Rien n’a changé», a dit Hassan Nasrallah, ajoutant «Là où nous devons être, nous y serons», dans son discours télévisé, où il affirmait vouloir défendre la Syrie et le Liban, affirmant, à l’instar du régime syrien, qu’une «guerre mondiale» est menée contre la Syrie.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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