Libye: la transition entravée par l’instabilité, la violence et la chasse aux sorcières

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Des Libyennes manifestent à Tripoli en faveur du désarmement des milices ( Photo: Archives/Iason Athanasiadis/INSMIL)
Des Libyennes manifestent à Tripoli en faveur du désarmement des milices ( Photo: Archives/Iason Athanasiadis/INSMIL)

Les défis sécuritaires et la faiblesse des institutions entravent la transition en Libye a déclaré devant le Conseil de sécurité mardi 17 juin Tarek Mitri, le Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), rapporte le service d’information de l’ONU.

«Le peuple libyen continuera à subir, dans les mois à venir, les lourdes conséquences de plusieurs décennies d’un régime brutal et, de ce fait, la gestion de la transition sera plus difficile que nous ne le pensions», a dit Tarek Mitri.

Le chef de la MANUL a aussi noté dans sa déclaration que les affrontements qui ont eu lieu à Benghazi, le 8 juin dernier, lors d’un des plus grands rassemblements depuis la révolution ont causé la mort de nombreuses personnes.

«Ce qui avait démarré comme une manifestation pacifique s’est soldée par des échanges de tirs, tuant de nombreux manifestants», a –t-il rappelé, précisant que les revendications des manifestants insistaient, notamment, sur le démantèlement des brigades « Boucliers de Libye », composées principalement de formations révolutionnaires et placées sous le contrôle opérationnel du chef d’état-major de l’armée libyenne.

Au lendemain de ces violences qui avaient fait plus de 30 morts et 100 blessés, le chef d’état-major de l’armée libyenne avait démissionné et les autorités avaient annoncé un plan qui doit mener à la dissolution de tous les groupes armés avant la fin de l’année.

Lors d’une conférence de presse, le vice-président du Congrès général national (CGN), avait alors annoncé que l’assemblée libyenne avait décidé de donner au gouvernement deux semaines pour mettre en place un plan visant à dissoudre les groupes armés qui dépendent des ministères de la Défense et de l’Intérieur et à intégrer leurs membres de manière individuelle au sein des forces régulières.

Mais, le 15 juin, de violents affrontements opposant les Forces spéciales et un groupe de manifestants armés qui s’attaquaient à des installations de l’armée et de la police, «dans ce qui semblait être des représailles aux événements du 8 juin » selon le représentant de l’ONU, ont fait encore d’autres morts.

Il semblerait en effet que «Bouclier de Libye» et des groupes d’islamistes aient mobilisé leurs membres ce 15 juin pour venger leur «défaite» du week-end précédent en s’attaquant aux forces régulières.

Le chef de la MANUL iniste donc pour dire que la question de la sécurité des frontières demeure une priorité pour la Libye, pour les pays voisins, ainsi que pour la communauté internationale.

«Le Gouvernement libyen doit axer ses efforts sur l’élaboration d’une stratégie nationale, qui tienne compte des questions de l’intégration des révolutionnaires, de l’amélioration de la coordination entre les institutions, de la formation ou encore de l’efficacité opérationnelle », a dit le représentant de l’ONU.

En outre, en ce qui a trait à la situation politique, le chef de la MANUL est note la « polarisation croissante » suscitée par la loi prévoyant d’écarter des postes de direction au sein des institutions du pays les personnes associées à l’ancien régime de Mouamar Khadafi ou ayant commis des violations des droits de l’homme.

«Cette loi, qui a été promulguée le 5 mai, aura des répercussions sur le processus politique et sur l’administration», a expliqué Tarek Mitri, soulignant les lacunes de cette loi au regard des normes internationales.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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