Pakistan: les talibans revendiquent l’attaque meurtrière d’alpinistes étrangers dans l’Himalaya

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Vue en date du 22 juin 2003 du Nanga Parbat dans l'Himalaya pakistanais (Photo: Archives/Zulfikar Ali/AFP)
Vue en date du 22 juin 2003 du Nanga Parbat dans l’Himalaya pakistanais (Photo: Archives/Zulfikar Ali/AFP)

Neuf alpinistes étrangers ont été tués par balle dans la nuit de samedi à dimanche dans l’Himalaya pakistanais par des insurgés islamistes déguisés en policiers qui ont revendiqué l’opération spectaculaire destinée à venger la mort d’un chef taliban tué par un tir de drone américain.

Cinq Ukrainiens et un nombre encore indéterminé de Chinois ont été abattus. Un Pakistanais a également trouvé la mort tandis qu’un Chinois a survécu, selon des sources officielles.

Le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP) a revendiqué l’attaque survenue dans une région habituellement épargnée par la violence endémique qui sévit depuis des années au Pakistan.

Dans un appel téléphonique à l’AFP, un porte-parole du TTP, Ehsanullah Ehsan, a précisé que l’opération avait été menée par une faction jusqu’ici inconnue, «Junood ul-Hifa», pour venger la mort du numéro deux des talibans pakistanais, Wali ur-Rehman, tué en mai par un tir de drone américain

Le Premier ministre Nawaz Sharif a promptement condamné cette attaque contre un camp de base du Nanga Parbat, 9e sommet du monde (8 126 mètres), à environ 1 280 mètres d’altitude.

La province du Gilgit-Baltistan (nord) avait été épargnée jusqu’à présent par les attentats attribués aux insurgés islamistes, en guerre contre les autorités dont ils dénoncent l’alliance stratégique avec les États-Unis. Des centaines d’attentats qui ont tué plus de 6 000 personnes depuis six ans à travers le pays.

«De tels actes cruels et inhumains ne sauraient être tolérés et tous les efforts seront entrepris pour faire du Pakistan un lieu sûr pour les touristes», a déclaré dans un communiqué Newaz Sharif, entré en fonctions il y a quelques semaines seulement.

«Il y avait neuf étrangers et un Pakistanais. Les faits se sont produits vers 22h00 (6h00 à Montréal). C’étaient des alpinistes», a indiqué à l’AFP un responsable de la police du district de Diamer, Mohammed Naveed.

«Des hommes armés sont arrivés et ont ouvert le feu sur eux. Nous avons eu la confirmation qu’ils ont été tués», a-t-il ajouté.

Les premières informations officielles avaient fait état de 10 touristes étrangers.

Selon le ministre de l’Intérieur Chaudhry Nisar, les assaillants étaient habillés comme une police paramilitaire locale et avaient pris deux guides en otage pour les emmener jusqu’au camp.

«Nous avons envoyé des hélicoptères sur place pour récupérer les corps. Une opération de recherche a été lancée (contre les tireurs). Tous les points d’entrée et de sortie (de la région) ont été fermés», a déclaré M. Naveed.

Le Gilgit-Baltistan a été le théâtre par le passé de violences meurtrières contre la minorité chiite mais ses régions de la chaîne himalayenne, prisées des touristes, sont réputées sures.

«La zone est isolée dans les montagnes. Il n’y a aucune connexion routière et elle n’est accessible qu’à dos de mule ou de cheval, ou à pied», a expliqué le chef du gouvernement provincial, Syed Mehdi Shah, interrogé par Geo TV.

Il s’est voulu rassurant quant à la sécurité des touristes présents dans la région. Tous les visiteurs étrangers se déclarent à la police locale et les autorités sont donc en mesure de les contacter.

Nawaz Sharif a transmis le soutien «du peuple et du gouvernement du Pakistan» aux familles des victimes.

M. Sharif est devenu début juin le premier Pakistanais de l’histoire à devenir Premier ministre une troisième foi, après la large victoire de son parti, la Ligue musulmane (PML-N), aux élections législatives du 11 mai et plus de 13 ans après qu’il eut été déposé par un coup d’État militaire.

Pendant la campagne électorale, M. Sharif s’était dit ouvert à l’idée de négociations de paix avec les rebelles du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP).

Mais cette proposition semble faire peur à la très puissante armée, qui combat les rebelles. Une fois élu, M. Sharif a indiqué vouloir faire d’un priorité la fin des tirs de drones américains visant les talibans et leurs alliés d’Al-Qaïda dans le nord-ouest.

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