Syrie, c’est l’escalade: l’Iran enverrait 4 000 soldats d’élite

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Les forces navales des Pasdaran déployés à Bandar Abbas dans le sud de l'Iran (Photo: Archives/AFP))
Les forces navales des Pasdaran déployés à Bandar Abbas dans le sud de l’Iran (Photo: Archives/AFP))

Les autorités iraniennes auraient décidé d’envoyer en Syrie un contingent de 4 000 soldats, probablement des membres du groupe d’élite des «Gardiens de la Révolution», en appui aux troupes du président Bachar Al-Assad, rapporte dimanche The Independent se référant à ses propres sources.

Depuis quelques semaines, c’est l’escalade des deux côtés: le Hezbollah chiite libanais a joint ses forces à celles du régime syrien pour combattre les rebelles, voyant les rebelles perdre du terrain, l’Amérique s’est décidé à leur fournir des armes, ce nouveau soutien militaire a incité le monde sunnite à s’engager davantage en faveur des insurgés sunnites syriens qui combattent les chiites en Syrie, ce qui, à son tour, semble provoquer une riposte de l’Iran chiite qui menace, si on en croit The Independant, d’envoyer ses soldats d’élite au combat.

Le conflit syrien est décidément de moins en moins…syrien!

Le quotidien britannique de centre gauche, propriété de l’oligarque russe Alexandre Lebedev, affirme en effet dans un article signé par Robert Fisk, grand reporter et correspondant au Proche-Orient depuis plus de trente ans, que «Téhéran est complètement prêt à protéger le régime du président Bachar Al-Assad et propose même d’ouvrir un front supplémentaire contre Israël sur le plateau du Golan», se référant à des sources au sein des organes de sécurité de la République islamique.

Selon la source du quotidien, qui n’est bien sûr jamais citée nommément, la décision d’envoyer des renforts en Syrie aurait été prise bien avant la victoire du modéré Hassan Rohani à la présidentielle iranienne du 14 juin.

Depuis l’entrée en guerre du mouvement chiite libanais Hezbollah aux côtés des forces du régime de Damas, celles-ci avaient gagné du terrain, incitant les alliés de la rébellion à s’engager à leur tour davantage dans leur soutien aux insurgés, majoritairement sunnites, s’engageant ainsi bien malgré eux dans cette nouvelle «guerre de religion».

Les récentes victoires du régime syrien ont galvanisé ses ennemis.

C’est dans cette logique que, le 13 juin, les autorités américaines ont annoncé leur intention de fournir des armes aux insurgés syriens, marquant un nouveau tournant dans la guerre civile qui, à sa troisième année maintenant, déborde des frontières syriennes et devient une «guerre de religion» qui risque d’enflammer toute la région.

Fisk écrit dans The Independant « Dans les années à venir, les historiens vont se demander comment l’Amérique, après sa défaite en Irak et le retrait humiliant de l’Afghanistan prévu pour 2014 (sic) a pu avec autant d’insouciance prendre parti pour un côté dans une lutte islamique titanesque qui remonte au décès du Prophète Mahomet au 7e siècle», ajoutant « Les effets profonds de ce grand schisme entre les sunnites, qui croient que le père de l’épouse de Mahomet était le nouveau calife du monde, et chiites, qui considèrent son gendre Ali comme son successeur légitime [NDLR, schisme qui ensanglanté le monde musulman] continuent dans la région à ce jour».

Moyen-Orient, sunnites contre chiites

Une lutte commencée au 7e siècle se poursuit alors que les missiles et les roquettes ont remplacé les sabres.

Alors que le conflit en Syrie prend une tournure de plus en plus confessionnelle, le monde sunnite s’est donc engagé pour sa part encore davantage pour les insurgés et contre le régime syrien, des milliers d’islamistes ont défilant vendredi au Caire contre le régime de Damas, à l’appel d’oulémas sunnites.

Lors de cette manifestation placée sous le slogan «soutien au peuple syrien» et organisée par des partis et mouvements islamistes, le Saoudien Mohamed al-Oreifi a appelé «au jihad pour la cause d’Allah en Syrie» et a exhorté les musulmans à «s’unir contre leur ennemi».

Et samedi, à la Conférence de soutien de la Syrie, où le président égyptien Mohamed Morsi (sunnite issu des Frères musulmans) a annoncé la rupture des relations avec le régime de Damas et invité les Égyptiens à se battre avec leurs frères syriens, d’influents oulémas sunnites de plusieurs pays arabes, dont l’Égypte ( NDLR, les «oulémas» sont des «docteurs de la loi» dans l’Islam) ont appelé les sunnites à soutenir leurs frères syriens et à mener ni plus ni moins que le djihad, la guerre sainte, en Syrie.

Par contre, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah chiite libanais qui combat aux côtés des forces du régime de Bachar Al-Assad en Syrie, a répondu à ses détracteurs en disant que le Hezbollah, après avoir aidé le régime de Damas à reconquérir Qousseir, va rester impliqué dans le conflit.

«Avant Qousseir, c’est comme après Qousseir. Rien n’a changé», a dit Hassan Nasrallah, ajoutant «Là où nous devons être, nous y serons», dans un discours télévisé, où il affirmait vouloir défendre la Syrie et le Liban.

Et voilà maintenant que l’Iran, qui a toujours été impliqué dans ce conflit, s’engagerait encore plus ouvertement et plus à fond aux côtés des forces de Bachar Al-Assad avec l’envoi de 4 000 soldats d’élite, s’il faut en croire The Independant.

Après avoir dégénéré et s’être régionalisé, il faut voir peut aller ce conflit qui a déjà fait près de 100 000 morts et des millions de déplacées.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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