Colombie: un attentat à la bombe pourrait faire dérailler les négociations avec les FARC

0
Plusieurs processus de paix ont échoué par le passé, celui-ci sera-t-il différent? (Photo: SDP Noticias.com)
Plusieurs processus de paix ont échoué par le passé, celui-ci sera-t-il différent? (Photo:  Archives/SDP Noticias.com)

Dix-sept personnes ont été blessées, dix civils , dont trois dans un état grave, et sept policiers, sur la route qui mène de Santander de Quilichao à San Pedro, deux municipalités situées dans le département de Cauca, dans le sud-ouest de Colombie, quand une bombe a explosé au passage d’une patrouille à 10h30 samedi matin.

Selon le commandant de la police du département du Cauca, le colonel Ricardo Alarcon, rapporte le journal El Pais de Cali, les auteurs de l’attentat seraient des membres de la Quinta Compañía de la Columna Jacobo Arenas des FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie.

Toujours selon la même source, les guérilleros auraient pris en otage un homme et l’auraient obligé à appeler la police de Santander pour dire qu’il était prisonnier..

Un groupe de 12 policiers se seraient alors mis en route à moto pour le lieu de l’enlèvement et les guérilleros ont alors activé 60 kg de charges explosives R1 qu’ils avaient précédemment disposé sur la route qu’allaient emprunter les policiers.

Parmi les victimes civiles qui, elles, circulaient en voiture près du lieu de l’explosion, se trouve une jeune fille mineure.

Toujours selon la police du Cauca, les FARC auraient tendu récemment une autre embuscade de ce genre dans la municipalité de Dagua, dans le département de Cauca aussi, au cours de laquelle quatre personnes ont été blessées et un policier serait disparu.

Que les FARC soient les auteurs de cet attentat, comme le dit la police, ou non, il pourrait tout de même compromettre les négociations de paix entre le mouvement révolutionnaire communiste et le gouvernement colombien.

Des négociations qui progressaient trop bien

Les négociations en cours à La Havane depuis novembre 2012 entre la guérilla communiste et le gouvernement de Colombie progressaient plutôt bien et ont déjà permis d’aboutir le mois dernier à un accord sur la question agraire à l’origine du conflit qui déchire la Colombie depuis près d’un demi-siècle.

«L’accord [sur le développement rural]a pour objectif de remédier aux conséquences du conflit et de dédommager les victimes de spoliations et de déplacements forcés», avait alors indiqué , en présence des délégations des deux parties, le diplomate cubain Carlos Fernández de Cossío, dont le pays, avec la Norvège, est garant des pourparlers.

L’accord de mai portait aussi sur «l’accès et l’usage de la terre, les terres improductives, la régularisation de la propriété, la délimitation des terres agricoles et la protection des zones de réserve», selon le communiqué commun publié par le diplomate cubain et le représentant du gouvernement de la Norvège.

En outre, le mois précédent, le procureur général de Colombie, Eduardo Montealegre, avait estimé que si ces négociations débouchaient sur un accord, il pourrait y avoir une suspension de peines pour les guérilleros des FARC, même en cas de crime contre l’humanité.

Il restait aux parties à s’entendre sur la réinsertion des guérilleros dans la société, et les questions relatives au trafic de drogue, à l’abandon des armes et celle des réparations pour les victimes.

Fondées en 1964, à l’issue d’une insurrection paysanne, les Farc, la plus ancienne guérilla d’Amérique latine, comptent encore aujourd’hui, selon les autorités, quelque 8 000 combattants repliés dans les régions rurales.

Le conflit en les FARC et l’État colombien, qui dure depuis près de cinquante ans, a fait quelque 600 000 morts, 15 000 disparus et près de quatre millions de personnes déplacés, selon les estimations officielles.

À lire aussi:

Un des chefs des FARC se rend à La Havane pour les négociations de paix>>

FARC et militaires colombiens: pas d’accusations en cas de crimes>>

Le gouvernement colombien et les FARC annoncent un accord sur le développement rural>>

Colombie: en 40 ans, près de 40 000 cas d’enlèvements>>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.