Égypte: face aux menaces de l’armée, les Frères musulmans évitent un nouvel affrontement

0
Rassemblement d'opposants au président égyptien Mohamed Morsi, le 28 juin 2013 à Alexandrie (Photo: AFP)
Rassemblement d’opposants au président égyptien Mohamed Morsi, le 28 juin 2013 à Alexandrie (Photo: AFP)

Après l’appel de l’armée, menaçant de représailles en cas d’attaque des lieux stratégiques du pouvoir, des partisans des Frères musulmans ont finalement renoncé à se rendre au quartier général des renseignements militaires égyptiens. Une retenue qui contraste avec le week-end sanglant ayant touché le pays.

Selon un journaliste de l’agence Reuters, plusieurs milliers de manifestants s’étaient rassemblés, ce lundi matin, à proximité de la mosquée Rabaa al Adaouia, dans le nord-est du Caire, lieu symbolique de la mobilisation des partisans du président déchu, Mohamed Morsi. Mais s’ils devaient se rendre à plusieurs kilomètres de leur lieu de départ, ils ont finalement renoncé à se rendre au quartier général des renseignements militaires égyptiens.

Et pour cause, l’armée avait diffusé un communiqué en exhortant les manifestants à «ne pas s’approcher des installations militaires en général et du siège des renseignements militaires en particulier».

Une mise en garde qui intervient deux jours seulement après la mort de 72 partisans des Frères musulmans lors d’affrontements avec les forces de l’ordre et des habitants du Caire, à l’issue de manifestations rivales, entre pro et anti-Morsi.

Catherine Ashton en visite pour une «issue pacifique»

La situation a amené la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a retourné du côté de la capitale égyptienne. Arrivée ce dimanche soir, elle a souhaité une «issue pacifique», appelant à «un processus de transition politique totalement inclusif, et associant tous les groupes politiques, y compris les Frères musulmans».

Lors de cette visite diplomatique, elle rencontrera notamment le vice-président Mohamed ElBaradei, ce dernier assurant dans un communiqué qu’il comptait profiter de sa venue pour «affirmer le souci de l’Égypte de parvenir à une issue pacifique à la crise actuelle». Les Frères musulmans ont également indiqué que certains de leurs dirigeants rencontreraient la responsable européenne.

De l’aveu de nombreux observateurs, la situation actuelle laisse craindre l’impossibilité d’une solide transition démocratique. Assurant vouloir rétablir l’ordre sécuritaire dans le pays, l’armée entend réprimer toute tentative de déstabilisation du pouvoir actuel.

Le Conseil de défense nationale a ainsi promis des «décisions et mesures décisives et fermes» si les manifestants «outrepassent leur droit à l’expression pacifique et responsable de leur opinion».

Présidé par le chef de l’État par intérim Adly Mansour, et notamment composé du ministre de la Défense et chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, le Conseil a sommé les pro-Morsi qui campent sur deux sites au Caire de «renoncer clairement et définitivement à la violence sous toutes ses formes».

Un campement comme «source de terrorisme»

Pour autant, les autorités de transition «utilisent tous les canaux pour trouver une solution afin d’épargner le sang et sauver la face» des manifestants de Rabaa al-Adawiya, comme l’a déclaré le conseiller du président par intérim, Moustapha Hegazy.

«Attristée» par le drame de samedi, la présidence intérimaire a confié «ne pouvoir dissocier cela du contexte de terrorisme». Le conseiller présidentiel a ainsi qualifié de «source de terrorisme» le campement dressé par les pro-Morsi. Le ministre de l’Intérieur Mohamed Ibrahim a promis son démantèlement «très prochainement», réaffirmant qu’il était prêt à la «plus grande fermeté».

L’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch, est montée au créneau pour fustiger le «mépris criminel» des autorités «pour la vie humaine». L’ONG souhaitait ainsi dénoncer «une volonté choquante de la part de la police et de certains politiques de faire monter d’un cran la violence contre les manifestants pro-Morsi».

Une violence qui alerte le secrétaire d’État américain, John Kerry. Ce dernier s’est déclaré «très inquiet» par cette dernière «explosion de violence», qui porte à plus de 300 le nombre de tués dans les troubles en un peu plus d’un mois.


Égypte : pas de désescalade en vue – 28 juillet 2013 (Vidéo: Euronews)

À lire aussi:

Égypte: les islamistes déterminés malgré les menaces du pouvoir >>

Égypte: des dizaines de pro-Morsi tués, le pouvoir reste ferme >>

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.