Égypte: l’armée appuie les revendications du peuple

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La place Tahrir au Caire lors de la manifestation pour célébrer les deux ans de la révolution (Photo: @kikhote, Twitter)
La place Tahrir au Caire lors de la manifestation pour célébrer les deux ans de la révolution (Photo: @kikhote, Twitter)

L’armée égyptienne a prévenu lundi qu’elle interviendrait si les revendications du peuple n’étaient pas satisfaites dans les 48 prochaines heures, au lendemain de manifestations massives pour le départ du président Mohamed Morsi.

Cette annonce a été accueillie par une explosion de joie des manifestants anti-Morsi rassemblés place Tahrir au Caire, qui estiment que l’armée pousse ainsi le président vers la sortie.

Dans un message lu à la télévision, le commandement militaire a «réitéré sa demande pour que les revendications du peuple soient satisfaites» et a «donné (à toutes les parties) 48 heures, comme dernière chance de prendre leurs responsabilités face aux circonstances historiques auxquelles le pays fait face».

«Si les revendications du peuple ne sont pas satisfaites durant cette période, (les forces armées) annonceront une feuille de route et des mesures pour superviser leur mise en oeuvre», selon cette déclaration.

Les manifestants réclamant le départ du président islamiste Mohamed Morsi ont explosé de joie sur la place Tahrir au Caire après la déclaration de l’armée affirmant que «les demandes du peuple devaient être satisfaites», selon un journaliste de l’AFP sur place.

«Morsi n’est plus notre président, Sissi avec nous», ont scandé les manifestants, en référence au général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée et ministre de la Défense, dont la photo est apparue à l’écran pendant la lecture de la déclaration télévisée du commandement militaire.

Obama appelle «toutes les parties à la retenue»

Le président américain Barack Obama a pour sa part appelé «toutes les parties à la retenue», lors d’une conférence de presse à Dar es Salaam (Tanzanie). Il a ajouté «qu’on ne peut pas parler de manifestation pacifique quand il y a des agressions contre des femmes».

Le président américain, qui effectue en Tanzanie la dernière étape d’une tournée en Afrique subsaharienne, ne s’est pas prononcé explicitement sur les appels de l’opposition égyptienne au départ de M. Morsi, mais il a appelé le gouvernement égyptien à faire davantage pour ramener la concorde dans le pays.

«Ce qui est clair aujourd’hui, c’est que, même si M. Morsi a été élu démocratiquement, il faut faire plus pour créer les conditions dans lesquelles chacun a le sentiment que sa voix est entendue» en Égypte, a déclaré Barack Obama.

Démission de quatre ministres

Quatre ministres égyptiens ont présenté plus tôt leur démission, au lendemain de manifestations massives contre le président islamiste Mohamed Morsi, a indiqué à l’AFP un haut responsable gouvernemental.

Les ministres du Tourisme, de l’Environnement, des Communications, et des Affaires juridiques et parlementaires ont remis ensemble leurs lettres de démission au premier ministre Hicham Qandil, selon la même source.

Le ministre du Tourisme, Hicham Zaazou, avait déjà voulu démissionner le mois dernier en raison de la nomination comme gouverneur de la région très touristique de Louxor d’Adel al-Khayyat, membre d’un parti islamiste lié à un groupe radical ayant revendiqué en 1997 une attaque qui avait coûté la vie à 58 touristes étrangers près de cette ville.

Le président Morsi avait nommé M. Khayat le 16 juin, en même temps que 16 autres nouveaux gouverneurs, dont sept de son mouvement des Frères musulmans.

M. Zaazou était revenu sur sa décision après le départ du gouverneur controversé.

Les démissions de lundi interviennent au lendemain de manifestations monstres appelant au départ du président Morsi, qui ont fait 16 morts selon le ministère de la Santé.

Al-Azhar «inquiète» des violences

La grande institution islamique Al-Azhar, principale autorité sunnite, a par ailleurs exprimé son inquiétude face à la présence d’hommes armés dans les manifestations «pacifiques» qui secouent le pays pour réclamer la démission du président islamiste Mohamed Morsi.

«Al-Azhar suit ce qui se passe avec une profonde inquiétude, en particulier les informations sur les victimes et l’arrestation de passeurs d’armes qui semblent avoir infiltré les rassemblements pacifiques», a indiqué dans un communiqué l’institution basée au Caire, qui dit redouter un «nouveau bain de sang».

Dimanche, au moins 16 personnes ont été tuées dans les manifestations en Égypte, dont huit dans des affrontements entre opposants et partisans de M. Morsi dans la capitale égyptienne, selon le ministère de la Santé.

«Al-Azhar ne peut pas ignorer ce qui se passe ou rester les bras croisés pendant que ces groupes infiltrent les rangs des manifestants pacifiques, apportant toutes sortes d’armes dans le but de plonger le pays dans des confrontations qui mèneront Dieu seul sait où», a poursuivi l’institution.

Al-Azhar a exhorté tous les acteurs de l’État à «prendre des mesures immédiates pour désarmer et arrêter ces gens» et a lancé un appel général au calme.

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