Égypte: les islamistes réclament le retour de Morsi et les Américains sa libération

0
Des partisans du président déchu Mohamed Morsi près de la mosquée Rabaa al-Adawiya, le 12 juillet 2013 au Caire (Photo: Marwan Naamani/AFP)
Des partisans du président déchu Mohamed Morsi près de la mosquée Rabaa al-Adawiya, le 12 juillet 2013 au Caire (Photo: Marwan Naamani/AFP

Alors que les partisans du président islamiste Mohamed Morsi augmentent la pression pour obtenir son rétablissement et qu’à la Place Tahrir, au centre de la capitale, des manifestants célèbrent au contraire la «troisième vague» de la révolution et le départ du président évincé, les Américains joignent leur voix aux Allemands pour réclamer la libération du président déchu.

Des milliers de partisans du président déchu Mohamed Morsi se sont rassemblés dans le centre du Caire pour exiger sa réintégration, conduisant à la congestion du trafic alors que les manifestants se sont installés dans la rue pou l’Iftar (la rupture du jeûne à la fin de la journée pendant le mois du Ramadan), rapporte l’agence égyptienne MENA.

Les manifestants condamnent ce qu’ils considèrent comme un «coup d’État» contre Morsi et les Frères musulmans – dont de nombreux dirigeants restent en garde à vue – et réclament le retour de Morsi à son poste et le rétablissement de la chambre haute du parlement dissoute par l’armée.

Après l’éviction de Morsi, l’armée a en effet suspendu la Constitution, dissout la Chambre haute du parlement, qui était dominée par les Frères musulmans, établit une feuille de route pour la transition vers la démocratie en collaboration avec les groupes d’opposition et nommé le chef de la Cour constitutionnelle de l’Égypte, Adly Mansour, président intérimaire.

Mansour a depuis publié une déclaration constitutionnelle définissant un cadre pour les amendements constitutionnels, et prévoyant des élections présidentielles et législatives anticipées.

Le bureau du président a également l’intention de lancer une initiative visant à favoriser la «réconciliation nationale» le courant de cette semaine.

Le sit-in pro-morsi se poursuit

Un nombre important de partisans de Morsi campent donc près de la mosquée Rabaa Al-Adawiya à Nasr City depuis le 28 Juin.

Les manifestants à Rabaa s’étaient à l’origine rassemblés le mois dernier pour s’opposer aux appels à la démission que lançaient à Morsi ses opposants, mais depuis son éviction leur objectif est maintenant d’obtenir le retour et le rétablissement de leur président.

Vendredi, les manifestants ont brandi des drapeaux, chanté des hymnes patriotiques et scandé des slogans pro-Morsi.

Sur la scène, on pouvait apercevoir une grande banderole «anti-coup» en anglais.

Un imam a prononcé un sermon du vendredi à la foule dans laquelle il a pleuré pour les «martyrs islamistes» et exhorté les manifestants assemblés à poursuivre leur sit-in.

Lundi, 53 personnes, dont un officier, sont mortes devant le siège de la Garde républicaine lors d’affrontements entre militaires et manifestants pro-Morsi.

Le prédicateur islamiste Safwat Hegazy a prononcé un discours sur la scène principale à Rabaa Al-Adawiya dans lequel il a juré que les manifestants allaient maintenir leurs manifestations jusqu’au retour du président islamiste ou «mourraient en martyrs», poursuivant en clamant que poursuivi en disant que les militaires allaient céder aux pressions «qu’ils le veuillent ou non.»

Toujours au Caire, des manifestants islamistes de la capitale et d’autres villes d’Égypte se sont rassemblés aussi au Square Nahdet, dans le quartier de Gizeh, rapporte pour sa part le quotidien progouvernemental Al-Arham.

Les Frères musulmans affirmaient en outre sur leur compte Twitter que des milliers de personnes s’étaient également rassemblés vendredi à Alexandrie, la deuxième ville d’Égypte, pour manifester contre ce qu’il qualifient de «coup d’État militaire».

Mais les groupes qui s’opposent à l’ancien président Morsi ont également appelé à des rassemblements de masse vendredi.

Le Front de salut national, la campagne «Tamarrod» (Rébellion) et le Front du 30 juin ont tous appelé à des rassemblements publics sur la place Tahrir et au palais présidentiel d’Ittihadiya.

En outre, au moins 90 personnes ont été tuées et près de 2 000 blessés dans des troubles politiques au cours de la semaine qui vient de s’écouler, ce qui accroît la polarisation pendant la transition du pays vers la démocratie.

Washington et Berlin demandent la libération de Morsi

Le Département d’État américain a appelé vendredi l’armée égyptienne et la présidence à libérer le président déchu, Morsi, qui reste en garde à vue, après des appels en ce sens de l’Allemagne.

Toutefois, à la mosquée Rabaa Al-Adawiya tard vendredi soir, un des leaders des Frères musulmans, Mohamed El-Beltagi, a déclaré: «notre demande n’est pas simplement la libération de Morsi», mais sa réintégration comme le dirigeant légitime du pays et le licenciement de ministre de la Défense Abdel- Fattah El-Sisi.».

Morsi est détenu dans un lieu inconnu depuis son éviction. Les États-Unis avaient déjà condamné les arrestations «arbitraires» de certains des principaux dirigeants des Frères musulmans.

À lire aussi:

L’Égypte tente de se diriger vers la démocratie, mais les islamistes appellent au soulèvement>>

 

Égypte: les Frères musulmans appellent à un «soulèvement» après un nouveau bain de sang>>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.