Égypte: les islamistes tentent de sauver leur rêve et leurs chefs de sauver leur peau

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Mise en place de barbelés devant le QG de la garde républicaine le 5 juillet 2013 au Caire (Photo: Mohamed el-Shaded/AFP)
Mise en place de barbelés devant le QG de la garde républicaine le 5 juillet 2013 au Caire (Photo: Mohamed el-Shaded/AFP)

En Égypte, les islamistes se massent aujourd’hui samedi pour une nouvelle démonstration de force face à l’armée qui a renversé leur président, sur fonds de violences qui ont fait au moins 37 morts ces dernières 24 heures, alors que leurs chefs pourraient tenter de sauver ce qui reste de leur rêve et, en même temps, trouver une porte de sortie pour eux-mêmes alors qu’ils sont de plus en plus coincés.

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Mise à jour, 07/07/13 à 8h28

Les nouvelles autorités égyptiennes semblaient dimanche revenir sur le choix de Mohamed ElBaradei comme Premier ministre, pour ne pas s’aliéner les salafistes, au moment où partisans et opposants du président islamiste déchu Mohamed Morsi se mobilisaient dans la rue, rapporte maintenant l’AFP.

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Mise à jour, 06/07/13 à 16h58

Mohamed ElBaradei, un ténor de l’opposition au président Mohamed Morsi, a été choisi samedi pour diriger un gouvernement de transition en Egypte où le camp islamiste était mobilisé en masse pour une nouvelle démonstration de force face à l’armée qui a évincé le chef de l’Etat, rapporte l’AFP.

C’est dans un climat de vives tensions alourdi par la flambée de violences qui a fait 37 morts en 24 heures, que M. ElBaradei, ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), doit prêter serment après avoir été désigné par le président civil intérimaire, Adly Mansour.

Devant le palais présidentiel au Caire, des dizaines de personnes en liesse ont afflué à l’annonce de la nouvelle par la télévision d’Etat, brandissant des drapeaux égyptiens sur fond de chants patriotiques.

L’opposition à M. Morsi avait chargé M. ElBaradei de la représenter dans la transition politique. Rentré en Egypte en 2010 après une carrière internationale, il avait soutenu le soulèvement populaire qui avait chassé Hosni Moubarak du pouvoir en 2011 et avait ensuite réclamé le départ de M. Morsi.

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Les Frères musulmans, dénonçant ce qu’ils ont appelé l’«État policier» et le «coup d’État militaire», ont demandé à leurs partisans de se mobiliser «par millions» jusqu’au retour au pouvoir du président islamiste issu de leurs rangs, Mohamed Morsi, élu il y a un an lors de la première élection démocratique du pays, mais évincé mercredi par l’armée après des manifestations populaires monstres réclamant son départ.


Le portrait de Morsi tenu par un partisan des Frères musulmans le 5 juillet 2013 au Caire (Photo: Mahmud Hams/AFP)

Les partisans des Frères musulmans se rassemblent donc encore par milliers, notamment près d’une mosquée de Bilal Ibn Rabah à Nasr City, un faubourg du nord-est du Caire, qu’occupent les partisans du président déchu depuis déjà une dizaine de jours.

Les islamistes ont, en principe, appelé leurs partisans à manifester pacifiquement, mais l’AFP rapportait ce matin que des résidents de certains quartiers du Caire lui avaient confié avoir vu «des partisans islamistes armés de sabres, de bâtons et d’armes automatiques lors d’une nuit marquée par de graves violences.»

Les accès à la place Tahrir étaient quant à eux sont contrôlés par les opposants au président déchu, armés de bâtons et des groupes d’anti-Morsi y passent la nuit dans un village de tentes, comme aux beaux jours de la révolution qui avait renversé le régime Moubarak en 2011.

Le mouvement Tamarrod (Rébellion) , à l’origine des manifestations monstres du 30 juin, appelle aussi à de nouveaux rassemblements dimanche pour soutenir l’éviction par l’armée du président islamiste.

Les affrontements entre pro et anti-Morsi, ainsi qu’entre pro-Morsi et soldats, ont fait plus 30 morts et plus d’un millier de blessés, essentiellement au Caire et à Alexandrie (nord), les deux plus grandes villes du pays, dans les dernières 24 heures.

Dans la péninsule instable du Sinaï (nord-est), zone peu peuplée et difficile à contrôler que les islamistes radicaux semblent vouloir utiliser comme tremplin, cinq policiers et un soldat ont été tués dans des attaques menées par des militants islamistes et, ce samedi, un prêtre chrétien a été tué par des hommes armés non identifiés.

Honte aux vaincus

Les militaires acclamés par des manifestants le 5 juillet 2013 près de la place Tahrir au Caire (Photo: Mohamed El-Shahed/AFP)

Entre temps, le passé révolutionnaire récent des Frères musulmans, avant qu’ils ne soient catapultés au pouvoir après la chute de Moubarak, après 30 ans de semi-clandestinité, revient les hanter.

Après avoir évincé le président islamiste, l’armée et les nouvelles autorités ont lancé une campagne ciblant les Frères musulmans, procédant à plus de 300 arrestations.

Le numéro 2 de la confrérie, Khairat al-Chater, a été arrêté, tandis le président islamiste déchu est toujours détenu par l’armée et que le Guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Badie, quoique libéré de sa détention provisoire, est sous le coup, avec huit autres chefs de la confrérie, d’une accusation d’«incitation au meurtre».

Les procureurs égyptiens se préparent à interroger le président déchu Mohamed Morsi, et des personnalités clés de la confrérie des Frères musulmans, notamment le chef du FJP, la vitrine politique de la confrérie, Saad El-Katatni, le chef adjoint Essam El-Erian et d’autres hauts responsables des Frères musulmans, sur l’assassinat de manifestants et les attaques sur les prisons lors du soulèvement de 2011.

Les dirigeants des Frères seront également interrogés sur leur rôle présumé dans des attaques de postes de police et de prisons – avec l’aide de membres du groupe chiite Hezbollah, du groupe palestinien Hamas et de Bédouins du Sinaï – au cours de la révolution de 2011.

Tout en continuant à se battre, les Frères musulmans chercheraient donc aussi une porte de sortie qui leur permettrait d’échapper aux poursuites et aux «persécutions», laissent entendre certaines sources en Égypte, rapportait ce matin le quotidien progouvernemental Al-Arham.

Le président par intérim Adly Mansour tient des consultations sur les efforts de réconciliation visant à mettre fin à la polarisation politique en Égypte.

Le président civil par intérim, le président de la Haute Cour Constitutionnelle Adly Mansour, a eu de entretiens avec le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, et diverses personnalités politiques ainsi que le groupe Tamarrod (rébellion), qui est à l’origine des manifestations qui ont conduit à l’éviction du président islamiste.

Monsour devrait aussi rencontrer le «Parti pour la liberté et de justice (FJP), la vitrine politique des Frères musulmans.

C’est Mohamed Tousson, une personnalité de premier plan du FJP devrait être présent à la «réunion de réconciliation» convoquée par Mansour, rapporte encore Al-Arham, qui note toutefois qu’avant l’éviction de Morsi, le 30 juin, le ministre de la Défense et chef de l’armée, Abdel Fattah El-Sisi, avait invité la direction du FJP à une réunion de toutes les forces politiques, civiles et religieuses avant l’annonce de l’éviction, mais que les représentants du FJP ne s’étaient pas présentés, même s’il avaient pourtant confirmé antérieurement leur présence à la réunion.

Les Frères musulmans auraient bien pris conscience qu’ils n’avaient pas d’aide à attendre de personne, surtout pas de l’Amérique, quand, refusant de qualifier l’éviction du président islamiste de «coup d’État», ce qui aurait contraint les États-Unis à mettre un terme à leur aide à l’Égypte, la Commission du Congrès américain sur les affaires étrangères a préféré parler d’«une mise en accusation populaire».


Égypte: des dizaines de milliers de pro-Morsi dans la rue, heurts sanglants (Vidéo: BFMTV)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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