Égypte: Morsi s’accroche, l’armée insiste, les heurts se poursuivent

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Sur fonds de violences, alors que 16 personnes ont été tués dans la nuit de mardi à mercredi lors d’une attaque contre un groupe de manifestants, l’armée égyptienne insiste pour dire qu’elle ne mène pas un coup d’État militaire mais exécute la volonté du peuple.

Mise à jour 03/07/13 à 13h00

Les forces de sécurité égyptiennes ont imposé une interdiction de voyager au  président Morsi, au chef des Frères musulmans Mohammed Badie  et à son adjoint Khairat Al-Chater, rapporte l’AFP.

 Al-Ahram pour sa part cite une source anonyme qui dit que les forces armées ont prolongé leur échéance dans un effort pour parvenir à un consensus et ainsi éviter de nouvelles violences. La source a expliqué que les chefs militaires ont offert de reporter leur déclaration de  quelques heures pour éviter  des effusions de sang  et garantir la sécurité du président.

 La source a nié que Morsi ait  été arrêté ou assigné à résidence  contrairement aux rumeurs qui circulent, affirmant que la Garde républicaine protège encore le président

En même temps, rapporte encore Al-Arham, un  grand nombre de véhicules blindés de l’armée sont désormais deployés  dans les environs du palais présidentiel, de la mosquée voisine Rabaa Al-Adawiya et de  l’emblématique place Tahrir.

Des blindés et des troupes sont aussi déployés un peut partout en Égypte, non seulement dans les grandes villes comme le Caire et Alexandrie , mais aussi à Suez et dans la péninsule du Sinaï.

Mise à jour 03/07/13 à 11h29

Vers 17h, heure du Caire, à la Place Tahrir, dans la capitale,  la foule d’anti-Morsi envahit de nouveau la place centrale pendant qu’à Alexandrie des  milliers d’anti-Morsi convergent vers le  squares  Al-Qaid , dans le centre-ville et vers le  quartier Sidi Gaber. De  grandes foules marchent  aussi le long du front de mer.

D’autres milliers de milliers de manifestants, cette fois des partisans de Morsi, sont regroupés près de la mosquée de Rabaa Al-Adawiya, à Nasr City, dans la capitale, et attendent eux aussi la déclaration de l’armée.

Mise à jour 03/07/13 à 10h24

L’armée égyptienne n’a pas d’heure précise pour faire une déclaration dit-elle à l’instant sur sa page Facebook.

L’armée avait finalement donné Morsi et à l’opposition jusqu’à à 16h30 aujourd’hui pour résoudre leurs divergences, faute de quoi l’armée imposerait sa propre «feuille de route».

Sur la page de son porte-parole, l’armée déclare que le chef de l’armée, le général Al-Sissi, est encore en réunion avec des rerprésentants religieux, politiques et de la jeunesse et qu’une déclaration sera faite dès que se terminera la réunion.

Mise à jour 03/07/13 à 10h00

Le ministre de la Défense Abdel-Fattah El-Sissi réunira ce mercredi les commandants généraux des forces armées égyptiennes au siège du ministère de la Défense pour discuter des récents développement à l’approche de l’échéance lancée par l’armée au président islamiste de se soumettre à la volonté du peuple ou de se démettre.

L’ultimatum de 48h lancée par l’armée arrive à échéance à 16h aujourd’hui, heure du Caire ( 9h, heure de Montréal).

Mohamed ElBaradei, délégué par le Front de salut national (FSN) pour négocier au nom de l’opposition, a également été appelé à participer à la réunion.

Les Représentants du parti des Frères musulmans, le Parti de la liberté et de Justice (FJP), du mouvement Tamarod (rebelle), du parti salafiste ultra-conservateur Nour, du Grand Imam d’Al-Azhar, et du pope copte orthodoxe Tawadros II devraient se joindre à la réunion.

Dans le même temps, le président islamiste Mohamed Morsi s’accroche et a réaffirmé mardi soir sa «légitimité» et appellé l’armée à retirer son ultimatum lui demandant de «satisfaire les revendications du peuple» ou de se démettre.

Morsi a déclaré lors d’une allocution télévisée que le peuple l’avait choisi «lors d’élections libres et équitables» et qu’il «continuerait à assumer la responsabilité» du pays, ajoutant que la «légitimité» est «la seule garantie contre l’effusion de sang», mais ajoutant du même souffle qu’il était prêt à donner son sang pour défendre la légitimité de son gouvernement.

Morsi avait avait déjà rejeté lundi soir la demande du commandement militaire et a rencontré mardi le ministre de la Défense et chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi.

Bien que rien n’ait filtré de ces entretiens, sur sa page Facebook le commandement miltaire insistait en fin de soirée pour dire encore une fois que l’armée ne prenait partie pour aucune faction, qu’elle ne voulait pas «s’investir politiquement», qu’elle ne menait pas un coup d’État militaire et que, si le président ne pouvait plus gouverner, c’est parce qu’il n’avait plus le soutien du peuple.

Dans sa dernière communication, le commandement militaire souligne que, tout comme le maréchal Tantawi avait remis le pouvoir à Mohamed Morsi il y a un an parce que c’était la volonté du peuple, il est de son devoir d’intervenir aujourd’hui en raison de la «piètre performance» du président qui a amené l’Égypte au bord de la guerre civile.

Incontestablement, l’armée joue la carte patriotique.

Des hélicoptères de l’armée ont fait flotter le drapeau égyptien au dessus des manifestants assemblés dans la capitale hier (Vidéo: EgyUpCom)

Quant à lui, le mouvement Tamarrod (rébellion), qui est à l’origine des manifestations qui secouent le pays et a réuni 22 millions de signatures sur un pétition réclamant le départ de Mohamed Morsi, a déclaré après l’allocution de Morsi que, pour le comprendre, il ne fallait pas recourir au service« d’un analyste politique,  mais d’un psychanalyste», ajoutant que le président islamiste lui avait paru «instable et nerveux».

Pendant ce temps, les manifestations et les heurts meurtriers se poursuivent.

Mardi soir, les anti-Morsi occupaient en masse la mythique place Tahrir, dans le centre du Caire, ainsi que les abords du palais présidentiel dans le quartier d’Héliopolis, scandant le célèbre «Dégage!».

En revanche, des dizaines de milliers de partisans du président islamiste sont toujours rassemblés à Nasr City ainsi que devant l’université du Caire, sur l’autre rive du Nil.

Seize personnes ont d’ailleurs  été tuées dans la nuit de mardi à mercredi lorsque des hommes non identifiés ont attaqué un rassemblement de partisans de Mohamed Morsi au Caire, a annoncé le ministère de la Santé.

L’attaque, qui a eu lieu aux abords de l’Université du Caire, a également fait 200 blessés selon la même source.

D’autres affrontements faisant plusieurs  morts et blessés ont aussi eu lieu dans le quartier de Guizeh, dans le sud du Caire, dans d’autres quartiers de la périphérie et dans la province de Beheira.

De son côté, le mouvement de rébellion Tamarrod annonçait sur compte Twitter à 5h mercredi heure du Caire que l’armée avait déjà commencé à s’assurer du contrôle des endroits stratégiques du pays, cette information n’ayant pu toutefois pu être confirmée pour l’instant.

L’armée devrait finalement  préciser sa «feuille de route» mercredi alors qu’expire à 16h, heure du Caire, (9h, heure de Montréal)l’ultimatum qu’elle avait lancé à Morsi de se soumettre (à la volonté du peuple) ou de se démettre.

Selon le quotidien Al-Ahram, cette «feuille de route» devrait prévoir, notamment, la nomination d’un conseil présidentiel et une suspension de la Constitution pour une période de transition, placée sous la supervision de l’armée et pouvant durer jusqu’à un an.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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