Élections maliennes: forte participation au Sud, méfiance et désorganisation au Nord

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Des Maliens prennent part au vote lors de l'élection présidentielle, le 28 juillet 2013 à Bamako (Photo:  Habibou Kouyate/AFP)
Des Maliens prennent part au vote lors de l’élection présidentielle, le 28 juillet 2013 à Bamako (Photo: Habibou Kouyate/AFP)

Au premier tour de l’élection présidentielle qui se déroulait dimanche 28 juillet, les Maliens ont voté sans incidents et en nombre dans le Sud, alors que dans le Nord, où l’organisation était parfois déficiente et où l’élection a dû avoir lieu sous haute surveillance, la participation était nettement plus faible.

Cette élection présidentielle doit en principe restaurer l’ordre constitutionnel interrompu le 22 mars 2012 par un coup d’État militaire qui avait précipité la chute du Nord du Mali aux mains de Ansar Dine et du MUJAO, des groupes islamistes liés Al-Qaïda, alliés dans un premier temps à la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), que les groupes djihadistes ont évincé par la suite.

L’élection s’est déroulée six mois après le début en janvier d’une intervention militaire internationale menée par la France pour stopper une avancée vers le Sud des islamistes armés qui menaçaient de s’emparer de tout le Mali.

Si aucun des candidats n’obtient la majorité absolue, un second tour entre les deux arrivés en tête aura alors lieu le 11 août.

Les résultats provisoires et officiels doivent être publiés au plus tard vendredi, mais les premiers résultats collectés par des journalistes maliens dans des bureaux de vote à travers le pays donnaient une nette avance à l’un des favoris, Ibrahim Boubacar Keita, qui pourrait même l’emporter dès le premier tour, rapportait l’agence France-Presse.

Ibrahim Boubacar Keita, 69 ans, ex-Premier ministre et personnage important de la vie politique malienne, était l’un des deux grands favoris avec Soumaïla Cissé, 63 ans, ancien ministre des Finances et ex-président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa).

Un des candidats les plus connus, Tiébilé Dramé, qui avait représenté le gouvernement malien aux négociations en juin à Ouagadougou entre Bamako et la rébellion touareg, et qui avait demandait un report du scrutin, avait retiré sa candidature pour protester contre la mauvaise préparation du scrutin.

Certains observateurs avaient, comme Tiébilé Dramé, déploré la forte pression exercée par la France sur le régime de transition à Bamako pour qu’il organise au plus vite des élections au plus vite, craignant que cette précipitation qui n’aboutisse aboutir à un scrutin bâclé et à des résultats contestés.

Les observateurs nationaux indépendants ont constaté une grande mobilisation des électeurs dans le Sud où se trouve Bamako, rapportait l’AFP dimanche, ce qui est particulièrement étonnant quand on sait que le taux d’abstention lors des dernières élections au Mali était de près de 70%.

Des Maliens font la queue devant un bureau de vote, le 28 juillet 2013 à Tombouctou (Photo: Serge Daniel/AFP)

Dans le Nord, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest, le MUJAO, l’un des groupes jihadistes qui ont occupé le Nord pendant neuf mois, avait menacé de frapper les bureaux de vote et mis en garde garde «les musulmans maliens contre la participation à ces élections».

Dans le Nord, par contre, où les bureaux de votes étaient moins nombreux, sécurité oblige, et l’organisation déficiente, la participation a été beaucoup plus faible

L’ONU a déployé au Mali la «Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali», la MINUSMA , devenue pleinement opérationnelle le 1er juillet dernier, et dans dans les villes du Nord, Kidal, Gao et Tombouctou, le vote s’est tenu sous la surveillance de Casques bleus de la force de l’ONU, la Minusma, et de l’armée malienne assistés par les 3 200 soldats français restés au Mali.

À Kidal, chaque électeur était contrôlé et fouillé par des soldats togolais de la force la MINUSMA à l’entrée de chaque bureau et la participation y a été toutefois très faible, rapportait l’AFP.

À Gao, où le MUJAO a commis plusieurs attentats-suicides après la libération de la ville fin janvier par des soldats français et africains, le scrutin était également très surveillé par les forces de sécurité maliennes et la MINUSMA.

À Tombouctou, enfin, de nombreux électeurs ont cherché en vain leur nom sur les listes puisque, selon un observateur national, «le travail d’identification n’a pas été fait, des électeurs ne savent pas où voter».

Tout cela n’a pas empêché le président par intérim, Dioncounda Traoré, qui n’était pas candidat , a déclaré que c’était «le meilleur scrutin» que le Mali ait connu depuis son indépendance de la France en 1960.

Dioncounda Traoré, et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, admettant que cette élection présidentielle serait imparfaite, avaient d’ailleurs prévenu qu’il faudrait néanmoins en accepter les résultats.


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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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