INTERVIEW | Colonel Guy Maillet, commandant sortant du CMR Saint-Jean (VIDÉO)

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Le colonel Guy Maillet fait le "salut" (Photo: Mario Poirier)
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À l’occasion de la passation de commandement du Collège militaire royal de Saint-Jean entre le colonel Guy Maillet et le colonel Jennie Carignan, qui a eu lieu début juillet, 45eNord.ca a rencontré le commandant sortant.

45eNord.ca: Un grand jour pour vous?

Colonel Guy Maillet: Oui, c’est un grand jour, mais moins grand que lorsqu’on prend le commandement.

Vous venez donc de quitter vos fonctions de commandant du CMR Saint-Jean, premières impressions?

J’ai un mélange d’émotions disons. Je suis triste de quitter, j’ai adoré mon travail ici, j’ai une équipe extraordinaire et on a fait de bonnes choses. Je suis très fier des élèves-officiers qu’on a réussi à produire au cours des trois dernières années. Mais je quitte pour Paris, nouvelle aventure, je suis excité. Donc, c’est pour ça que j’ai des émotions partagées, mais c’est une bonne journée pareil.

Lorsque vous avez pris le commandement du Collège il y a trois ans, que pensiez-vous qu’allez être vos défis?

Lorsque j’ai pris le Collège… le CMR Saint-Jean est une unité qui est encore très jeune [le Collège a fermé en 1995 et réouvert en 2008] et j’ai pris la succession du colonel François Pion, qui, lui a démarré le Collège. Il avait fait un travail extraordinaire, mais je m’étais donné pour objectif d’acquérir une maturité, dans nos procédures administratives, dans nos programmes, puis je pense qu’au bout de trois ans on a fait beaucoup de chemin, puis le CMR Saint-Jean a maintenant cinq ans et je pense qu’on est aussi bon que si on avait 60 ans.

Avez vous eu des contacts avec les élèves-officiers qui sont maintenant au Collège militaire royal du Canada (CMRC), à Kingston?

Oh oui, tout à fait. Je suis allé plusieurs fois à Kingston au cours des dernières années, puis les élèves-officiers qu’on a produit réussissent très bien, non seulement au niveau académique, mais aussi au niveau des personnes, du leadership. Et ils manquent beaucoup le CMR Saint-Jean, ils s’ennuient du CMR Saint-Jean. C’est certain qu’ici on est un peu plus petit. Il y a une atmosphère de groupe plus resserré, Kingston c’est beaucoup plus gros, c’est trois fois plus gros que le CMR Saint-Jean, donc ils n’ont pas le même sentiment d’appartenance, et pour eux, pour le reste de leur carrière, le CMR Saint-Jean va toujours rester le point de départ. Ils vont s’en rappeler pendant longtemps.

Quand vous avez pris le commandement, vous pensiez quels allaient être vos meilleurs moments?

Je voulais amener le CMR Saint-Jean a un niveau de maturité et aussi peut-être le faire rayonner un peu plus. Ça a pris beaucoup de temps à faire passer la nouvelle que le CMR Saint-Jean était réouvert. On a mis beaucoup d’emphase au cours des trois dernières années sur le rayonnement, et je pense qu’on a fait beaucoup de chemin sur ce projet. Mais ces projets là, c’est des projets à très long terme, et il reste toujours du travail à faire. Bien que le CMR Saint-Jean est très bien préparé, le colonel Carignan va hériter d’une unité en ordre, bien administrée, solide, avec une bonne réputation, mais il reste toujours du travail à faire.

Quels sont les moments forts que vous retenez de ces trois années passées à la tête du Collège?

Il y a eu plusieurs moments forts. On a reçu nos drapeaux du Gouverneur Général, il y a eu bien sûr l’épisode des inondations [de 2011], nous le CMR Saint-Jean avons été touchés, il y a eu bien sûr trois cérémonies de graduation de fin d’année où on a dit au revoir à une centaine d’élèves-officiers et on les a lancé sur la route pour le CMRC à Kingston, il y a eu les cérémonies du 60e l’année dernière qui se sont clôturées avec un grand gala, sous la présidence du président du club de hockey Canadiens, Geoff Molson, où le ministre était là, le chef de la Défense nationale… donc il y a eu de très très bons moments.

On entend souvent que le bilinguisme fait défaut dans les Forces armées canadiennes. Que fait-on au CMR Saint-Jean pour «palier» à ce défaut?

Le CMR Saint-Jean est un peu unique. Le commissaire aux langues officielles, dans un rapport qui date de 2009, citait le CMR Saint-Jean comme étant un exemple de comment on devrait promouvoir le bilinguisme dans les Forces canadiennes et au Canada. Nous, notre population est presque égale entre francophones et anglophones, 50/50. On va jumeler les élèves-officiers dans leur chambre, un anglais, un français. On a des politiques de langues, on a des laboratoires de langues où les jeunes vont et passent plusieurs heures par semaine à apprendre la deuxième langue. On fait beaucoup de choses, et c’est certain que les élofs lorsqu’ils quittent ici, ils ont un pied d’avance sur les [autres] élèves-officiers qui arrivent à Kingston.

Au cours de votre mandat, comment avez-vous décidé d’aborder les élèves-officiers? En tant que commandant, en étant leur «ami»…?

J’ai eu une approche de «portes ouvertes», j’aime beaucoup discuter, parler avec les gens. Lorsque je les rencontrai à leur arrivée, je leur disais: «Je veux vous connaître, mais j’ai un peu de difficulté à retenir les noms et les visages, donc lorsque je vais vous rencontrer, donnez moi la main et racontez moi une anecdote sur vous.» Et ça a bien marché!

Je les voyais souvent, je suis très matinal, j’allais au gymnase tous les matins et je voyais tous les élèves-officiers faire de l’entraînement physique. J’avais des dîners, des déjeuners avec eux-autres. J’en sélectionné des petits groupes et on avais des discussions. J’essayai de comprendre c’est quoi leur vie, c’est quoi leur défi, comment on pourrait améliorer les choses. Donc j’ai eu un contact avec les élèves-officier assez régulier. Je pense qu’ils avaient certainement pas peur du commandant… ça a très bien était.

Selon vous que vont être les défis que va rencontrer le colonel Carignan?

Il y a plusieurs mois, lorsque j’ai rencontré le nouveau commandant pour la première fois, elle m’a demandée si je restais pour un autre deux années, quelles seraient mes trois priorités. J’ai beaucoup réfléchi, et ma première priorité ça serait de continuer nos efforts pour améliorer les résultats académiques de nos jeunes. Bien qu’ils réussissent, ils ont toujours de la difficulté. Un tiers des élèves-officiers ont au moins une reprise par session. Il y a deux ans, on a produit une stratégie, 17 petites initiatives pour aider et il faut continuer à mieux mettre en place cette stratégie.

Priorité numéro deux, c’est de développer un programme qui va permettre aux élèves-officiers d’encore mieux assimiler les valeurs et l’éthique qu’on recherche chez les officiers dans les Forces armées canadiennes. On a un excellent programme de sport, un excellent programme académique, un très bon programme de leadership, mais j’aimerai travailler sur l’aspect développer plus l’être humain.

Ma troisième priorité serait de travailler à créer une meilleure cohésion de groupe au sein du CMR Saint-Jean, car la division des élèves-officiers est très impliquée dans notre mission, la division des études est aussi très impliquée, mais les autres divisions de soutien se sentent parfois distancées de la mission du Collège. Il y a donc un travail à mener pour qu’ils se sentent à part entière parti prenante de notre mission.

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