INTERVIEW | Colonel Jennie Carignan, commandant entrant du CMR Saint-Jean (VIDÉO)

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À l’occasion de la rentrée des nouveaux élèves-officiers ce dimanche et de la passation de commandement du Collège militaire royal de Saint-Jean entre le colonel Guy Maillet et le colonel Jennie Carignan, qui a eu lieu début juillet, 45eNord.ca a rencontré le commandant entrant.

45eNord.ca: Vos premières impressions alors que vous venez de prendre le commandement du CMR St-Jean?

Colonel Jennie Carignan: Très heureuse d’être ici, très fière d’avoir été sélectionnée pour ce grand défi. C’est sûr que quand on joint les Forces, j’avais 17 ans, j’ai été élève-officier, je suis passé par le Collège militaire aussi, jamais, jamais on ne pense qu’un jour c’est quelque chose qui va nous arriver. Donc, très, très heureuse d’être ici, mais très consciente des responsabilités que je vais avoir pendant mon mandat.

Justement, quels sont les défis auxquels vous allez faire face au cours des prochaines années au CMR?

En premier lieu, ici, notre focus, c’est les élèves-officiers. C’est de leur donner tout ce qu’ils ont besoin pour se développer dans les Forces canadienne: exercer un leadership qui est absolument requis à travers toutes les opérations qu’on fait. Ça, c’est la première chose.

La deuxième chose, comme mère de famille je suis parfaitement consciente qu’il y a beaucoup de parents qui nous confient leurs enfants, ils arrivent ici très jeunes, alors on veut s’assurer qu’on en prend bien soin.

Je pense que, à première vue, c’est vraiment les deux gros défis que je vois.

Vous avez été déployée en Afghanistan, en Bosnie, sur le plateau du Golan. Vous avez commandé tout récemment le Secteur du centre.

Je n’ai pas commandé le Secteur du centre, j’étais le chef d’état-major, le bras droit… du commandant.

En quoi c’est différent de commander un collège finalement?

L’organisation est différente. Les ressources à notre disposition sont différentes. On doit passer par différents canaux pour arriver à faire nos opérations. Donc ça, c’est différent. La mécanique est différente, mais, fondamentalement, la base, les principes, restent toujours les mêmes: c’est de leader, de gérer une équipe vers un but commun qui est ici de produire une éducation hors pair pour nos élèves-officiers .

Donc, à la base, c’est la même chose qu’on fait au niveau des unités, au niveau de la formation. Donc, de ce côté-là, il n’y a pas de différence.

Aujourd’hui, vous prenez les commandes du CMR, également vous avez une nouvelle «adjudante-chef», qui est là aussi… c’est presque toute l’équipe qui change. Comment est-ce que vous voyez ces prochains mois, la prochaine rentrée finalement?

C’est de connaître son équipe, de se familiariser avec leurs propres défis.

C’est premièrement de prendre connaissance et d’apprendre. Je suis pas le genre de personne qui arrive et qui change tout en partant. J’aime beaucoup prendre conscience des dynamiques avant de faire des changements. J’écoute beaucoup mes commandants de divisions, j’écoute beaucoup mes experts., et puis à ce moment-là en équipe, on prend des décisions pour aller vers l’avant. Disons que c’est un gros travail de familiarisation dans les premiers mois d’un début de commandement.

Est-ce que le colonel Maillet vous a donné quelques conseils avant de partir?

Absolument, ah oui! ah oui! Je lui avais demandé trois priorités sur lesquelles il voudrait travailler s’il restait pour un autre trois ans. Quelles seraient les priorités sur lesquelles il travaillerait. On est ici pour une très courte période de temps, deux ou trois ans, donc, c’est très important de toujours poursuivre dans la lancée parce que ça fait trois ans qu’il est ici, il connaît très bien l’organisation, les défis et ce qui s’en vient dans le futur. Donc, il faut vraiment se baser là-dessus comme point de départ. C’est sûr qu’on prend le temps d’échanger beaucoup pendant notre semaine de passation.

Pour la première fois de son histoire, une femme est à la tête du CMR St-Jean, souhaitez-vous faire votre priorité de l’égalité homme-femme?

Oui, on me le mentionne souvent, mais, dans mes activités quotidiennes, je ne me préoccupe pas trop de ça, parce que justement, j’ai tendance à faire des choses pour les bonnes raisons, alors, peu importe le sexe de la personne, on a des choses à faire, on a des mandats à remplir, on a des opérations à accomplir, donc, c’est important d’aller vers ça.

Oui, absolument, je me rends compte du modèle, et tant mieux si ça peut attirer nos jeunes filles qui sont au secondaire à dire «Oui, mais la carrière militaire, c’est quelque chose de possible.»

La carrière militaire et la famille? On ne peut pas s’empêcher de voir dans votre biographie que c’est quand même assez exceptionnel que vous fassiez une carrière militaire avec quatre enfants, quatre jeunes enfants.

Oui, puis, ça, les enfants, la famille, ça fait partie de la vie, ça aussi. Moi, je pourrais pas faire l’un ou l’autre, sans avoir les deux en même temps.

Très tôt dans ma carrière, on m’a dit que je devais faire une croix là dessus. Ça, c’est fin des années 80. Mais je me suis toujours battu contre ça, j’ai toujours été complètement contre ce principe-là. Mes confrères masculins ont des familles, eux, pourquoi, moi, je devrais laisser ça de côté pour la carrière militaire? Alors, j’ai toujours fait à ma tête, j’ai jamais écouté les conseils qu’on me donnait de ce côté-là.

Et occupé des fonctions opérationnelles, et été en déploiement?

Oui, oui, mais d’être partie, ça demande d’accepter de laisser ses enfants en arrière, mais j’ai un mari absolument extraordinaire. Éric a énormément contribué à ma carrière, ça, on peut pas mettre un signe de piastre là-dessus. Éric , il est impliqué là dedans à part entière. C’est un ancien militaire aussi. Il a servi pendant 22 ans. Maintenant, il est dans l’enseignement. Il fait carrière dans l’enseignement comme professeur de mathématiques. Donc, absolument, oui!

Si vous aviez quelque chose à dire aux élèves-officiers qui vont arriver prochainement, qu’est-ce que vous leur diriez?

Je vais avoir beaucoup de choses à leur dire, c’est certain. Je pense que la première chose que je vais leur dire, c’est qu’ils sont ici pour devenir des guerriers. Ici, on forme des guerriers qui sont capables de penser par eux-mêmes. Donc, on veut leur fournir le bagage nécessaire pour parfois prendre des décisions difficiles très, très rapidement.

L’aspect militaire est donc important, l’aspect leadership est important, et l’aspect études académiques et sportives est extrêmement important.

Donc, quatre composantes qui sont absolument prioritaires dans le type d’éducation qu’on fournit ici.

Mais, en bout de ligne, c’est des militaires qui sortent du Collège, donc on produit des guerriers qui sont capables de penser et de raisonner dans des situations qui sont très différentes d’une fois à l’autre et qui sont parfois très volatiles et dont les conditions changent très rapidement.

Avec justement cet environnement mondial qui change très rapidement, on l’a vu depuis l’engagement en Afghanistan, ça n’a plus rien à voir avec ce que c’était auparavant.

Oui, et on va leur demander de se déployer dans toutes sortes d’endroits dans le monde qui est très différent de la culture que l’on connaît ici et ils doivent être capables de faire fonctionner leur équipe, de leader leurs équipes dans des contextes qui sont extrêmement difficiles et volatiles.

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Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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